LA POLITIQUE
TAiNE avait un idéal en politique. Il apparaît clairement à celui qui. parcourt les Originés de la France contemporaine. Ce grand travail historique n'a d'ailleurs été entrepris, de l'aveu même de Taine, que dans le but de découvrir cet idéal. Car il ne s'agit pas de créer en pareille matière, mais de rechercher dans le passé et par l'histoire, l'espèce et la nature des institutions qui se peuvent accommoder avec les caractères de la race et les données du milieu : « nous ne pouvons... chercher notre gouvernement ailleurs que dans notre nature et dans notre passé ^. »
1. Essais de Critique. M. Troplong et M. de Montalembert, p. 326.
Taine a donc forgé son idéal en politique d'après des données historiques. Sa philosophie sociale proprement dite, c'est-à-dire Tétude des lois qui régissent la naissance et la décadence des institutions sociales, laissait déjà entrevoir, sous une sympathie et une antipathie souvent trop accentuées, lorientation de sa Politique. Sans doute, les règles qu'il formule ne sont pas impératives ; il ne sied pas à im déterministe d'oublier les contraintes qu'imposent les lois de la nature. Mais laisser entrevoir une espérance indéfectible dans l'application de certains remèdes et prédire la décadence comme le résultat inévitable du maintien de certains principes, c'est faire entendre ce que l'on conçoit comme <( l'idéal dans la société ». — Telle est l'attitude de Taine dans les Origines ; et il est probable que ^'il lui avait été donné d'achever son œuvre, nous aurions trouvé au terme de l'examen historique, les conseils inspirés par la sagesse politique.
« Il lui restait à tracer le tableau de la famille et de la société françaises, dont il avait recueilli les éléments dès 1866, et à exposer le développement des sciences et de l'esprit scientifique au XTK^ siècle. Ce dernier livre eût été comme sa confession de foi philosophique et la conclu-
sion naturelle de l'ouvrage, car il y aurait indiqué les voies où la France devra un jour trouver la guérison de ses maux et la réparation de ses erreurs ^ »
Taiixe a fait une véritable apologie de la religion au point de vue social. Lorsqu'une religion a, pendant plusieurs siècles, saturé la sensibilité poétique et mystique d'une race, elle est devenue un préjugé héréditaire, c'est-à-dire une forme de la raison. Or, non seulement, « de tous les grands poèmes où la raison humaine s'est cachée sous Timaginalion humaine, la religion est le plus auguste ^, » mais il est aussi le plus bienfaisant, — Tel est le cas du christianisme qui, (( après dix-neuf siècles est encore, pour quatre cent millions de créatures humaines, l'organe spirituel, la grande paire d'ailes indispensables pour soulever l'homme au-dessus de lui-même *. » Et c'est un besoin, pour beaucoup de créatures humaines, de s'élever au-dessus d'elles-mêmes, au-dessus des misères d'une vie trop amère ou trop prosaïque,