Hist. Litt. AngL, T. IV, p
roUaire, une « injustice profonde ». On s'en rend compte lorsqu'on examine les conditions du gouvernement de la société. On peut comparer, à cette fin, la société à un navire « qui voyage indéfiniment de port en port et dans différentes mers, et dont tous les habitants, passagers et matelots, sont les armateurs ; ils y sont intéressés à deux points de vue : P Inégalernenl comme armateurs, contribuant plus ou moins à l'équipement et à la cargaison, les uns pour un million, les autres pour cent mille francs, mille francs, vingt francs, un franc, d'autres enfin pour rien, n'ayant fourni aucun capital. 2" Inégalement comme entreteneurs, c'est-à-dire comme contribuant à payer les réparations, l'assurance, le charbon, Téquipage, chacun, si la loi est juste, proportionnellement à son capital d'armateur, mais ici tous payant, même ceux qui n'ont aucun capital de ce genre, par des taxes de consommation, un impôt sur le revenu ou salaire, des corvées aux pompes ou ailleurs.
3"^ Egalement, comme ayant leur vie et honneur également en danger en cas de naufrage ou de prise, et par conséquent ayant tous un droit égal d'être consultés dans ces grands cas parce qu'ils ont une chance égale d'encourir certains risques ». Dès lors, il y a deux systè-
mes de commandement qui sont légitimes et sa- , tisfaisants : celui où le commandement appartient à un état-niajor héréditaire, en vertu d'uiï droit historique et ancien ; celui où le comman^ dément appartient à rarmateiu*, possesseur ou bailleur de fonds, et au conseil d'armateurs, officiers ou simples passag^ers qui « par leur part de prise, ou leur habileté commerciale, ont acquis la majeure partie de la valeur, soit de la cargaison, soit du navire qu'ils ont réparé, radoubé, rebâti... »
Enfin, il y a un « dernier système, le plus injuste et le plus malfaisant de tous — celui où le matelot, le passager sans le sou, les vendeurs d'allumettes et de cirage, le peuple et la populace, bref le nombre domine. Alors le point de vue auquel tout est conduit est socialiste, et habituellement... le procédé par lequel tout est conduit est la huée, le tapage, la révolte perpétuelle, avec fausses manœuvres, voies d'eau, faux atterrissements, mauvais résultats financiers, accidents graves au navire...
« En résumé, le Gouvernement le plus juste et le plus capable de bien gérer la chose publique, doit cumuler ces trqis systèmes et faire usage de ces trois forces :
V De la royauté héréditaire et de l'aristocra-
lie héréditaire qui fournira le capitaine et le meilleur état-major, si elle reçoit l'éducation ap^ propriée, car elle a l'intérêt et l'éducation supérieure. 2"" De l'influence de la classe riche ou aisée, car elle est la plus intéressée daas toutes les questions de bon emploi du capital et à la réussite de la spéculation. 3* De l'influence du nombre, car il est un élément de force, et une recrue, par sélection, des membres des deux autres classes ou forces ^. »
Organisée sur la base de ces trois systèmes combinés, la société a toutes chances de marcher vers une destinée heureuse et prospère.
Ce qui domine une telle organisation sociale, c'est l'hérédité, la tradition, par conséquent l'adaptation la meilleure du principe du gouvernement aux forces naturelles et aux penchants innés; elle ne tend pas à contrecarrer ces forces naturelles, mais à les réglementer, à les ordonner harmonieusement dans les limites de leur compatibilité avec les besoins d'une société. De cette façon, les prérogatives et les droits de l'Etat seront restreints aux limites de sa mission. Son intervention ne sera donc pas
1. Vie, Tome III. Appendice. Notes préparatoires pour les Origines, pp. 348 à 351. — Nouveaux Essais de Critique. M. de Sacy, p. 194.
absorbante, et elle permettra l'application d un régime de décentralisation où l'initiative privée pourra s'épanouir pleinement.
Cette mission de l'Etat doit être déterminée par son but même :
(( A mon gré, ce but est de se protéger contre les bandits du dehors et du dedans. L'instruction, les cultes, la charité, l'opéra sont en dehors. Cette protection implique l'armée, la gendarmerie, la pohce, les tribunaux, l'impôt, rien de plus et tout au plus en outre, des encouragements aux autres sociétés qui, indirectement, aident à atteindre le but indiqué ^ »
Cette définition du but de l'Etat se justifie surtout historiquement.
(( Après le tumulte des invasions et de la conquête, au plus fort de la décomposition sociale, parmi les combats quotidiens que se livraient les forces privées, il s'est élevé dans chaque société européenne une force publique et cett« force publique qui s'est maintenue pendant des siècles, subsiste encore aujourd'hui. »
C'est l'Etat, ime grande épée publique; (( que deux intérêts ont forgée ; il en fallait une de cette taille, d'abord contre les glaives pa-