Vie. T. rV, pp
Taine se prononce donc nettement en îaveur ^e la liberté de renseignement, et d'une liberté .absolue, écartant toute intervention de TEtat.
Toute la politique de Taine est imprégnée de cet esprit de libéralisme, conséquence assez lointaine mais très réelle, du caractère naturaliste de son système philosophique. A force d'affirmer que tout, dans la Nature, est déterminé par la Nature elle-même, qui, partout et toujours, déploie la force de ses lois immuables, il en arrive à dire : laissez faire la Nature ; lorsque vous vous substituez à elle, vous êtes maladroits et impuissants. Le naturalisme, en jnatière d'organisation sociale, cesl du traditionnalisme et c'est, en politique, du libéralisme.
La religion est une chimère menteuse et décevante, mais elle est bienfaisante, et, dans lai mission qu'elle remplit, elle est irremplaçable. Tout autre qu'elle échouerait dans l'œuvre de moralisation et de civilisation qu'elle accomplit au sein des sociétés humaines. N'intervenez pas dans cette œuvre délicate et difficile, car vous la détruiriez.
Ne souffrez que le moins possible l'intervention de l'Etat dans l'organisation sociale et politique de votre pays. Demandez-lui d'être un
bon gendarme, car il doit vous protéger, mais ne permettez pas qu'il soit, tout à la fois, pontife, éducateur, commerçant, industriel, artiste. Ce sont toutes affaires privées, où son monopole et son concours absorbant ne peuvent être que nuisibles- Qu'il laisse à chacun le soin de satisfaire ses besoins et ses goûls, avec la liberté d'obéir à l'évêque ou au rabbin, au pasteur protestant ou au grand-maître de la Loge, avec la faculté d'être généreux ou pingre, actif ou paresseux, savant ou ignorant. Soyez plus intransigeants encore en matière d'instruction ; laissez cette œuvre aux éducateurs naturels : seuls ils connaissent les besoins à satisfaire, et les dangers à éviter.
Laissez les hommes s'associer spontanément, lorsqu'ils ont entre eux des intérêts communs de profession, de famille ou de lieu. Ne touchez pas à ces associations, à ces « cellules sociales », de peur de blesser l'organisme national dont elles sont la condition de vie. En toutes choses, laissez faire la Nature. Elle connaît vos besoins, puisqu'elle les crée ; elle pourra ce que vous ne pouvez pas : les satisfaire ^. N entravez pas le jeu de ses lois ; vous trouverez la justice dans son dernier développement ^.