‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 152 sur 181 · Vie, T. IV, p · texte numérisé non relu

Vie, T. IV, p

créditer de plus en plus et d'après laquelle l'apparition de ce grand ouvrage historique aurait marqué dans Tœuvre de Taine une orientation nouvelle et un changement de doctrine. Il y aurait désormais deux Taine : celui d'avant 1870, et celui des Origines.

Il y a, en effet, quelques contradictions à relever entre certaines théories et certaines affirmations qui se retrouvent datant de lune et de Tautre période. Nous avons rapporté plus haut un passage des notes préparatoires qui devaient rentrer dans le dernier volume des Origines, passage où Taine affirme très catégoriquement que le suffrage universel est une « profonde injustice ». Or, on lit dans la brochure Du sullrage universel et de la manière de voter, parmi les raisons que Taine allègue pour le maintien de ce régime électoral :

« Une troisième raison plus forte, c'est qu'il paraît conlorme à Véquité. Que je porte une blouse ou un habit, que je sois capitaliste ou manœuvre, personne n'a droit de disposer sans mon consentement, de mon argent ou de ma vie... Il est donc raisonnable qu'un paysan, un ouvrier vote tout comme un bourgeois ou un noble ; il a beau être ignorant, lourd, mal informé ; sa petite épargne, sa vie sont à lui et

non à d'autres ; on lui fait tort, quand on les -emploie sans le consulter, de près ou de loin, sur cet emploi ^. »

D'autre part, les Origines sont une condamnation sévère du régime issu de Ja Révolution. Pour Taine, cet événement a provoqué une déviation dans révolution naturelle de la France ^iepuis 1789 \

Or, l'on peut se demander comment, dans un système de déterminisme naturaliste, une pareille déviation est concevable. Rien n'échappe à l'empire des lois naturelles. Comment dès lors admettre l'idée d'un échec de ces lois?

D'ailleurs Taine lui-même n'écrivait-il pas vers 1865 : (( Plus je vois la France, plus elle me semble avoir la constitution qui lui convient^ ».

Il y a donc entre l'œuvre de Taine d'avant et l'œuvre d'après 1870, des contradictions, incontestablement. Mais est-ce à dire qu'elles permettent d'affirmer qu'il y a une contradiction dans la doctrine elle-même, et qu'il y aura désormais deux Taine?

Assurément, non. M. Paul Bourget, dans

1. Derniers Essais de Critique. Du suffrage universel et de la manière de voter, p. 151.

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