PhiL de VArt, T. II, pp. 246 à
<f II s'agit donc de vivre, et, pour l'individu, la vie a deux directions principales : ou il connaît, ou il agit ; c'est pourquoi on peut distinguer en lui deux facultés principales, l'intelligence et la volonté. D'où il suit que tous les caractères de la volonté et de l'intelligence qui aident l'homme dans l'action et la connaissance sont bienfaisants, et les contraires malfaisants.»
Mais il ne suffit pas de considérer l'homme isolé ; il faut aussi le voir dans son groupe.
« Quelle est la disposition qui rendra sa vie bienfaisante pour la société dans laquelle il est compris?... Où est le ressort intérieur qui le rendra utile à autrui ?
« Il en est un qui est unique ; c'est la faculté d'aimer : car aimer, c'est avoir pour but le boriheur d'un autre, se subordonner à lui, s'employer et se dévouer à son bien. Vous reconnaissez là le caractère bienfaisant par excellence... Nous sommes touchés à son aspect, quelle que soit sa forme, générosité, humanité, douceur, tendresse, bonté native ; notre sympathie s'émeut en sa présence, quel que soit son objet... Plus son objet est vaste, plus nous le trouvons beau. C'est que sa bienfaisance s'étend avec le groupe auquel elle s'applique. C'est pourquoi, dans l'histoire et dans la vie, nous
réservons notre admiration la plus haute pour les dévouements qui s'emploient au service des intérêts généraux: pour le patriotisme... pour le grand sentiment de charité universelle...
pour ce zèle passionné qui a soutenu tant d'inventeurs désintéressés... pour toutes ces vertus supérieures qui, sous le nom de probité, justice, honneur, capacité de sacrifice, subordination de soi-même à quelque haute idée d'ensemble, développent la civilisation humaine...^» Voilà donc deux échelles de caractères naturels, c'est-à-dire de « valeurs morales », parmi lesquels l'artiste aura à faire choix. Et selon que son œuvre exprimera un caractère plus ou moins élevé dans chacune de ces échelles, elle ira prendre rang à un échelon plus ou moins élevé dans l'échelle des valeurs artistiques. Il y a, en effet, ici une correspondance parfaite et J'on peut graduer l'échelle des valeurs artistiques de la même façon qu'on a gradué l'échelle des valeurs morales. En appliquant cette loi à la littérature on trouve que : « toutes choses égales d'ailleurs, selon que le caractère mis en relief par un livre est plus ou moins important, c'est-à-dire plus ou moins élémen-