‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 165 sur 181 · Vie, T. I. — De la destinée humaine, pp. 21 à · texte numérisé non relu

Vie, T. I. — De la destinée humaine, pp. 21 à

Taine traversait une crise, mais elle n'était pas religieuse, elle était philosophique. La perte de la foi chez lui, « ne fut poirit une révolution sanglante, mais une découverte tranquille *. » Il voulait contrôler tous les <( acquis » de son intelligence et il abandonna tout ce qui ne faisait pas certitude raisonnée en elle. Tout croula devant cet esprit critique, mais parmi les ruines accumulées par lui, subsistait la volonté d*ua dogmatique par nature et par tempérament, du futur croyant de la science qui voulait des certitudes.

« Irrité de l'inutilité de mes efforts, je me jouais de ma raison ; je me complus à soutenir le pour et le contre ; je mis le scepticisme en pratique. Puis, fatigué des contradictions, je mis mon esprit au service de l'opinion la plus nouvelle et la plus poétique ; je défendis le panthéisme à outrance ; je m'attachai à en parler en artiste ; je me complus dans ce monde nouveau et, comme par jeu, j^'en explorai toutes les parties. Ce fut mon salut.

(( En effet, dès lors, la métaphysique me parut intelligible et la science sérieuse. J^arrivai à force de chercher, à une hauteur d'où je pou-

1. Victor Giraud, La personne et V œuvre de Taine, loe. cit., pp. 546-547.

vais embrasser tout Thorizoïi philosophique, comprendre Topposition des systèmes, voir la naissance des opinions, découvrir le nœud des divergences et la solution des difficultés ^. »

Dès ce moment, le panthéisme spinoziste donna à Taine cette sorte de sérénité scientifique qui imprègne toute sa philosophie, malgré son pessimisme pratique. Il resta toujours fidèle à l'influence de son « cher et vénéré Spinoza ^. » Si son œuvre a véritablement le caractère d'un système philosophique, c'est que le panthéisme de son maître n'a cessé d'inspirer ses « vues d'ensemble », et de réaliser, dans l'amas de ses théories, l'unité qui les organise et qui les soutient.

Mais cette influence de Spinoza ne devait pas dépasser la conception générale de la philosophie de ïaine ; « Spinoza n'est mon maître qu'à moitié », écrivait-il ^. C'est qu'en effet il n'aurait pu l'être jusqu'au bout. Par ses études de psychologie expérimentale, Taine allait être amené à donner à son panthéisme un caractère plus scientifique ; ses études sur la philosophie allemande lui avaient donné le goût de l'abstrac-

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