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LA VIE DE TAINE

IL est peu d'hommes célèbres dont la vie intime soit moins connue que celle d'Hippoiyte Taine. Nul n a mis un soin plus jaloux à se garer des interviews, des indiscrétions et des instantanés. « En un temps où les illustres s'exhibent tout nus et se font crier aux enchères sur la place publique, il gardait une pudeur de vierge pour sa vie privée, il défendait son foyer contre les plus innocentes curiosités ^. » Il manifestait en celle matière une intransigeance qui ne connut jamais les compromis : « il avait, sur le secret dû à la vie privée, des délicatesses de fond presque infinies, qui étaient comme autant de points vulnérables, et ces délicatesse^ se tournaient en sévérités décidées lorsqu'on les

li 1. Eugène Melchior de Vogûé, Devant le SièeU. Paris, Colin,

offensait d*une certaine manière ^. » On Ta vu lors de la publicaiiçn du second volume du Journal des Goncourt, qui relatait les propos tenus par les convives des dîners de Magny auxquels assistait Taine ; <( J'avais écrit à M. de Goncourt, après son premier volume, pour le prier, en mémoire de notre ancienne camaraderie, de ne pas faire mention de moi dans lé \ second ; il Ta fait ; tout est rompu entre nous ; désormais, si je dînais encore en ville, je m'informerais au préalable, et je refuserais de dîner s'il y était admis ^. »

Cette volonté de maintenir Tintimilé de sa vie privée à Fabri de toute indiscrétion, Taine Ta affirmée jusqu'à son dernier jour. Sa volumineuse correspondance, dont la publication vient d'être achevée, ne pouvait, selon sa volonté, laisser pénétrer le secret de ce domaine réservé. Son testament porte, en effet, que « les seules lettres ou correspondances qui pourront être publiées, sont celles qui traitent de matières purement générales ou spéculatives, par exemple de philosophie, d'histoire, d'esthétique, d'art, de psychologie ; encore devra-t-on en retran-

1. Emile Boulmy, Taine, Scherer, Laboulaye Paris, Colin, 1901, p. 44.

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