‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 4 sur 181 · Vie, T. IV, p · texte numérisé non relu

Vie, T. IV, p

cher tous les passages qui, de près ou de loin, louchent à la vie privée... ^ ». Mais quelque soin que Ton ait mis à exécuter cette volonté, là correspondance de Taine nous laisse cependant entrevoir l'homme derrière le philosophe ; on devine parfois le caractère, les mouvements du cœur et de la sensibilité à travers les idées et les théories, assez du moins pour soupçonner la hauteur morale et la délicatesse de cette nature d'élite. Mais pour la bien connaître, il faut entendre le jugement qu'ont porté sur elle les quelques amis qui en ont pu goûter le charme : (( Il vivait, — écrit M. Boutmy, — retranché derrière un mur percé d'une seule porte étroite, par où ne passaient que quelques amis sûrs. Ce seuil franchi, on trouvait une âme d'une qualité rare : une vie toute unie, une simplicité de goûts absolue, un amour de l'ombre et du silence, un bonheur fait de tendresses pour les siens, de quelques affections viriles et d'un labeur incessant ; une candeur presque juvénile, à côté de l'esprit le plus averti et le plus sagace, le plus nourri d'observations et d'expériences morales ; une humihté qui commençait toujours par se

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récuser ; une foi touchante, et sans cloute excessive, dans la supériorité de Thomme spécial, du praticien ; une sincérité parfaite envers soimême ^ »

Le jugement de M. Gabriel Monod est aussi significatif : « Taine... avait horreur de tout ce qui ressemble au bruit, à la réclame ; il fuyait le monde, non seulement parce que sa santé et son travail l'exigeaient, mais parce qu'il lui déplaisait d'être un objet de curiosité et de mode ^. »

Et sous la plume de M. de Vogiié, nous trouvons cet éloge ému : (( Si haute que fût l'intelligence de notre ami, pour connaître combien il était grand, c'est à l'âme qu'il le fallait mesurer. Ame charmante d'enfant, naïve, candide, sincère ; je répéterais ce dernier mot vingt fois que je ne l'aurais pas assez dit, car il peint tout l'homme. Fleur unique, produit d'une droiture naturelle, d'une culture savante et d'une vie sans tache, on la voyait trop peu, cachée derrière le chêne noueux qui se montrait seul à la foule. Dans les yeux de ce vieillard qui avait tout lu, tout su par les livres, on surprenait parfois le

1. Boutmy, op. cit.*, pp. 44-45. Michelet. Paris, G. Lévy, pp. 143-144.

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