‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 7 sur 181 · Vie, T. TV, p · texte numérisé non relu

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uniquement à une nomenclature de date? <. ' faits, le tableau dune vie que la modestie et la pudeur d une âme très haute ont décolort^ par avance pour la badauderie des curieux et dcf^ in discrets.

Hippolyte-Adolphe Taine naquit à Vouziers, le 21 avril 1828. Il appartenait à une famille de bonne bourgeoisie provinciale, de tradition catholique ; plusieurs de ses ascendants avaient exercé, dans ce coin perdu des Ardennes, des professions libérales. Son arrière grand-père manifestait déjà un goût prononcé pour les idées abstraites, goût qui s'est retrouvé, avant d'éclore en génie dans son arrière-petit-fîls, au premier plan des préoccupations intellectuelles de plusieurs des membres *de cette famille.

L'éducation du jeune Taine fut toute fami* liale, et ce n'est qu'après sa première communion qu'il fut envoyé dans un pensionnat à Rethel. Il y demeura jusqu'à la mort de son père, qui survint en 1840. En 1841, il fut envoyé à Paris, où sa mère vint bientôt le rejoindre. Il y suivit, avec les élèves de l'institution Mathé, les classes du collège Bourbon. Il mena pendant sept ans une vie laborieuse et recueillie, tout

imprégnée de Tardeur studieuse de son milieu familial. Dès cette époque, son labeur est énorme ; il promène sa curiosité intelligente sur les questions les plus variées. Il avait quinze ans lorsqu'il commença à perdre ses convictions religieuses.

En 1848, il entra à TEcole Normale où il ne tarda pas à s'imposer à ses condisciples par Tampleur de son érudition et Taménité de son caractère. Il faut lire le jugement que ceux-ci portaient sur lui dès ce moment.

« Notre cacique Taine — écrivait Francisque Sarcey — est bien Tesprit le plus absolu que ' j'aie connu : ce gaillard-là a des systèmes sur tout, et sa vie n'est qu'un long système. Il étudie sans cesse Aristote et Spinoza, il s'y plonge, il s'y enfonce, il leur trouve de l'esprit, de l'imagination ; grand bien lui fasse ! J'aime mieux le croire, comme on dit, que d'aller y regarder. Chez lui, ce n'est pas, comme on pourrait penser, affectation pure, la nature l'a ainsi fait : il est inexorablement logique et métaphysicien jusqu'à l'absurde. Dans toute chose, il remonte au principe, ou du moins ce qu'il croit l'être, et il en déduit rigoureusement, inflexiblement, avec une grande puissance de dialectique, les plus énormes sottises. On s'en moque un peu à

Técole, non pas moi, car j'aime Tentendre exposes ses théories ; il parle avec facilité, clarté, élégance, quoique toujours il reste un peu froid et monotone... II n'y a pas d'esprit plus étendu, plus flexible, plus actif. Il se répand sur mille études à la fois : mathématiques, philosophie, histoire, littérature française et étrangère, rien ne lui échappe ; il a tout vu, tout lu, il sait tout...

(( Il n'est pas très aimé parce qu'il a le caractère peu liant et que ses opinions répugnent un peu à tout le monde. On prétend qu'il a peu de cœur ; je me porterais garant du contraire. 11 n'étale pas une sensiblerie souvent fausse ei toujours exagérée sur les malheurs des ouvriers, sur la misère... mais au fond, je suis persuadé iju'il se dévouerait pour une noble cause plus aisément peut-être que tous les braillards qui ne tarissent pas sur la conduite des gouvernements... C'est un garçon que j'estime beaucoup, et avec qui je me lierais, s'il y avait moyen de former une liaison à l'Ecole normale ^ »

Cette période de l'Ecole normale fut très féconde en travaux de tous genres, mais spécia-

1. Journal de Jeunesse de Francisque Sarcey, recueilli et annoté par Adolphe Brisson. Bibliolhèque des Annales Politiques et Littéraires, pp. 68 à 70.

lement en recherches d'ordre philosophique.

C'est alors que Taine rencontra les premières influences qui furent décisives sur lorientation de sa pensée, celle de S^ilnoza et celle de Hegel. Le Taine de la vingtième année faisait déjà pressentir le Taine de la cinquantième.

Dès 1849, il avait commencé à préparer son agrégation en philosophie. La variété de ses travaux et leur nombre, sa remarquable érudition, ne l'empêchèrent pas en 1851 d'aboutir à un échec. M. Gabriel Monod a très bien mis au point la teneur de cet incident autour duquel diverses légendes se sont créées :

« Beaucoup de gens crurent et répétèrent que c'était M. Cousin qui présidait le jury et qu'il avait dit de Taine : « il faut le recevoir premier ou le refuser ; or il serait scandaleux de le recevoir premier. » On rejeta aussi sur son concurrent Aube la responsabilité de son échec. Après une leçon de Taine sur le Traité de la connaissance de Dieii^ de Bossuet, Aube, chargé d'argumenter contre lui, l'aurait perfidement pressé de dire son avis sur la valeur des preuves classiques de l'existence de Dieu. L'em* barras et le silence de Taine auraient entraîné sa condamnation... 11 n'est pas sans intérêt de rétablir sur ces divers points Texacte vérité.

Non seulement M. Cousin n'était pour rien dans l'échec de Taine, mais il s'en montra fort mécontent. Il était assez clairvoyant pour pressentir qu'une réaction se préparait contre l'éclectisme et pour deviner un redoutable adversaire dans ce jeune homme aussi absorbé dans ses spéculations qu'auraient pu l'être Descartes ou Spinoza. M. Aube, malgré la malice trop réelle de ses questions, n'avait pas davantage causé l'échec de son camarade, car Taine avait eu la note maximum 20 pour sa leçon et son argumentation sur Bossuet. La vérité est que ses juges avaient sincèrement trouvé ses idées déraisonnables, sa manière d'écrire et sa méthode d'exposition sèches et fatigantes. Ils le déclarèrent non seulement incapable d'enseigner la philosophie, mais même, peu fait pour réussir dans un concours d'agrégation ^. »

Ce jugement lui valut, de la part de ses amis et de ses maîtres, un concert de protestations et d'exhortations qui le consolèrent de ses déboires ^. Le 13 octobre 1851, il fut nommé à la suppléance de philosophie au collège de Ne- -vers. La solitude à laquelle il se trouva forcément réduit, lui permit de se livrer tout entier

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