‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 70 sur 181 · De l'Intelligence, Tome II, pp · texte numérisé non relu

De l'Intelligence, Tome II, pp

nerf et des centres nerveux, qui. par leur ébranlement la font naître ».

Mais cette distinction n'est que provisoire ; la rigueur de la méthode exige qu'on laisse de côté cet état du nerf, « pour étudier d'abord la sensation à part ». Cette étude une fois faite, le problème se pose : le phénomène psychologique est-il réellement différent du phénomène physiologique, ou n'y a-t-il là que deux aspects différents d'un même phénomène?

Taine avait résolu d'avance le problème ; nous trouvons ici des arguments en faveur de la solution que lui dictaient ses principes généraux. « Il se peut que la sensation et le mouvement intestin des centres nerveux ne soient au fond qu'un même et unique événement, con^ damné par les deux façons dont il est connu à paraître toujours et irrémédiablement double. »

Il se peut aussi que les deux phénomènes soient irréductibles l'un à l'autre : les deux hypothèses sont acceptables. Mais si nous choisissons la seconde, nous sommes obligés de rechercher l'explication de la dépendance entre les deux événements au delà de leur nature, puisque « leur nature ne fournit rien qui puisse fonder leur dépendance réciproque », au delà

même de la nature, puisque ces événements « font à eux deux toute la nature », par con- 8équent enfin « dans le surnatuel ». Or, « rien n'est moins conforme aux méthodes de Tinduclion scientifique ^ ».

Nous devons donc revenir à la première hypothèse ; plusieurs raisons militent d'ailleurs en sa faveur : d'abord, en soi, elle est aussi plausible que la première et elle a pour elle, « les analogies et quantité de précédents »

comme tant d'autres théories physiques et psychologiques. En outre, « elle est aussi peu hypothétique que possible », Enfin, « elle montre non seulement que les deux événements peuvent être liés entre eux, mais encore que toujours et forcément ils doivent être liés entre eux,,.

« Nous sommes donc autorisés à admettre que l'événement cérébral et l'événement mental ne sont au fond qu!un seul et même événement à deux faces, l'une mentale, l'autre physique, l'une accessible à la conscience, l'autre accessible aux sens ^ ».

Tels sont les. caractères de la sensation : elle

1. Be Vlnlelligence, Tome I, pp. 327-328. — Vie, Tome III, p. 255.

2. Ibidem, pp. 328-329, — Vie, Tome II, p. 183. — Dernière Essais de Critique, p. 187.

est un événement interne, distincte des images qui s'associent à elle pour constituer la perception extérieure, qui est une hallucination vraie ; elle est lune des faces d'un phénomène dont l'autre face est Tébranlement du nerf et le jeu des centres nerveux.

Mais la sensation n'est pas un élément quelconque de notre activité mentale : elle en est l'élément primordial ; elle constitue le rouage le plus important de notre mécanisme intellectuel. C'est elle que nous retrouvons à la base de nos idées les plus abstraites, non seulement pour les conditionner, mais pour les former.

Tout le mécanisme de l'intelligence se ramène à une opération relativement simple : la substitution. Cette opération se fait à plusieurs degrés, successivement, et finit par constituer une hiérarchie de signes substitués. « Un signe est ime expérience présente qui nous suggère l'idée d'ime expérience possible \ »

La première substitution est celle de l'image à la sensation. L'image est la répétition ou la résurrection de la sensation, et en la ressuscitant, elle la remplace ; elle est son substitut et par conséquent son signe. En effet, l'image,

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