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de deux caractères. Premier caractère : la propriété d'être évoqué par la perception de tout individu de la classe. Second caractère : la propriété d'évoquer en nous les images des individus de cette classe et de cette classe seulement ^ ».
Le nom est un signe, c esl-à-dire qu'il se substitue à la qualité générale qu'il exprime ; il est l'aboutissant d'une tendance que fait naître en nous la vue de plusieurs objets présentant des caractères communs. Au premier stade de cette élaboration, le nom commun ne désigne qu'une qualité générale ; mais peu à peu, grâce à des expériences variées et nombreuses, « les noms se remplissent », deviennent plus coinpréhensifs ; tout d abord nous ne remarquions dans l'objet abstrait désigné par le nom commun, qu'une qualité ; l'expérience nous amène à en reconnaître plusieurs, et le, nom commun qui n'était que général, devient de plus collectif: <( il correspond, non plus à une qualité abstraite, mais à un groupe de qualités abstraites ».
Mais il n'y a là toujours qu une substitution simple ; après la substitution de l'image à la sensation, du signe verbal à l'ijnage ou à la
i. De Vlntelligence, Tome 1, pp. 51-52.
«ensation, il y a la substitution du signe verbal à un autre signe verbal. Pour l'acquisition de certaines idées générales, il nous faut, en effet, recourir à cette substitution à plusietirs degrés. « II y a des choses dont nous ne pouvous avoir expérience ; or, puisque ce sont les expériences qui, par leur caractère commun, éveillent en nous une tendance distincte, et ce nom que nous appelons une idée, il semble <iue nous ne devons jamais avoir une idée de «es choses-là. Nous en avons cependant une idée très exacte et très nette. » C'est qu'ici notre mécanisme intellectuel travaille <( non plus par une substitution simple, mais par une série de substitutions ^ ». Soit, par exemple, le nombre 36 ; il est évidemment trop élevé pour «que nous puissions avoir une expérience simultanée, distincte et claire des 36 unités qui le ^composent ; la tendance à nommer et le nom, ne surgiront pas. Il faut donc procéder ici par une voie détournée. Le nombre 4, et peut-être îe nombre 6, dont nous pouvons avoir Texpérience simultanée, claire et distincte des unités qui les composent, provoquent en nous une tendance à nommer et un nom : 4 ou 6. Ce
,1. De Vlnielligence, Tome I, pp. 56 à 60.
sont deux signes que je manie fort commode-»
ment ; j'ajoute une unité : en moi naît une tendance à nommer et un nom : 5 ou 7. Voilà deux nouveaux signes ; je continue l'opération de la même façon, substituant à tout signe augmenté d une unité, un nouveau signe, jusqu'à ce que j'arrive au signe 36. Grâce à une subs-^ titution à plusieurs degrés, je suis arrivé à faire naître en moi une tendance à nommer et le nom correspondant à une qualité générale qui, de prime abord, ne pouvait faire naître en moi le nom qui pût l'exprimer."
Par le même procédé, nous parvenons à nous faire une idée des objets de la géométrie et des séries infinies \ Grâce à lui, « il semble que les choses les plus éloignées de rexpérience et les plus inaccessibles à toute expérience nous soient présentes ; ce qui nous est présent, c'est un nom, substitut d'un caractère abstrait^ qui, lui-même, est le substitut de la chose^ souvent à travers plusieurs intermédiaires, Jusqu'à ce que, par une série d'équivalents, la chaîne rejoigne l'objet lointain que directement nous n'atteignons pas ».
Mais ne nous imaginons pas qu'il y ait là