‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 75 sur 181 · De Vlntelligence, Tome II, pp · texte numérisé non relu

De Vlntelligence, Tome II, pp

nexion nécessaire entre les deux données ; s*il y a une connexion invincible entre les deux idées correspondantes, la cause en est non dans la structure des données, mais dans la structure de notre esprit. Avec Kant, nous constatons une liaison invincible entre les deux idées.Mais, centre les deux données que ces idées ont pour objet et auxquelles il refuse toute liaison in-, trinsèque, nous avons démêlé une liaison intrinsèque ; car la première, d'une façon latente, contient la seconde ; d'où il suit que, le contenu ne pouvant être séparé du contenant, la liaison qui est insurmontable entre nos idées est indestructible entre leurs objets. — Selon Stuart Mill, qu'il y ait ou non connexion entre les deux données, nous sommes incapables de la connaître ; car les deux données ne sont liées que par induction ; et l'induction ne peut constater entre elles qu'une rencontre constante, c'est-à-dire une association de fait. Avec Stuart Mill, nous admettons que, à l'origine et dans beaucoup d'esprits, elles ne sont liées que par induction ; mais nous avons prouvé qu'elles peuvent l'être encore autrement ;... l'on forme par analyse la proposition qu'on a formée d'abord par induction. — Grâce à ce second procédé, la portée de notre esprit s'accroît à l'in-

fini. Nous ne sommes plus capables seulement de connaissances relatives et bornées ; nous sommes capables aussi de connaissances absolues et sans limites ; par les axiomes et leurs suites, nous tenons dès données qui non seulement s'accompagnent Tune l'autre, mais dont lune enferme l'autre... Puisque... les deux données sont telles, que la première enferme la seconde, nous établissons par cela même la nécessité de leur jonction ; partout où sera la première, elle emportera la seconde, puisque la seconde est une partie d'elle-même et qu'elle ne peut se séparer de soi... Leur liaison est donc absolue et universelle, et les propositions qui les concernent ne souffrent ni doutes, ni limites, ni conditions, ni restrictions \ »

Les idées sont donc associées, selon Taine, en vertu d'une connexion nécessaire ; nos axiomes, nos propositions générales, nos lois sont le fruit d'une analyse : l'un des deux termes est contenu dans l'autre, et la nécessité qui nous les fait réunir dans un couple est la nécessité du principe d'identité.

Et ceci nous amène à examiner la psychologie de Taine au point de vue critériologique.

1. De V Intelligence, Tome II, pp. 379 à 384. — Le même passage se trouve dans le tome V de VHist. Litt. Anglaise, pp. 405-406.

Taine. lo

La théorie sur la formation des idées semblait imposer des conclusions subjectîvîstes. Et en effet, si tous les éléments de nos connaissances se ramènent en dernière analyse à la sensation, qui elle-même est un simulacre interne, simplement représentatif de Tobjet extérieur, n'est-il pas naturel de conclure que nos connaissances n'ont qu'une valeur relative, puisque nous n'atteignons pas les choses ellesmêmes, et que nous sommes dès lors impuissants à contrôler l'exactitude de ces fantômes qui les reproduisent en nous.

Le subjectivisme et le scepticisme eussent été, sans doute, dans la logique du système. Mais nous n'avons à examiner ici que les conséquences que Taine a, en fait, prétendu déduire de ses principes.

Or, Taine est nettement objecliviste ; il le trahissait rien qu'à définir la perception extérieure une hallucination vraie; il entend par hallucination vraie, celle qui correspond aux choses extérieures. « Par vérité d'une perception — écrivait-il — j'entends sa convenance avec son objet ; je veux dire qu'elle soit subjectivement ce que l'objet est en soi ^ » — Dès lors l'hallu-

l. Vie, Tome I, p. 116.

cination est vraie, lorsque le simulacre qui la suscite reproduit fidèlement Tobjet extérieur.

Assurément le problème est délicat : nous n'atteignons pas les choses en soi, mais seulement des fantômes internes substituts des choses à connaître. Nous sommes donc dans Tillusion lorsque nous croyons saisir les choses ellesmêmes. Mais par un « mécanisme admirable 'qui nous trompe pour nous instruire, et nous conduit par Terreur à la vérité ^ », nous avons des connaissances conformes aux choses : « par cette correspondance, les événements du dedans cadrent avec ceux du dehors, el les sensations, qui sont les éléments de nos idées, se trouvent naturellement et d'avance ajustées aux choses, ce qui permettra plus tard à nos idées d'être conformes aux choses el partant vraies ^. » La certitude est donc possible et nous sommes assurés que nous connaissons les choses telles qu'elles sont.

Taine n'indique pas quels sont les fondements de cette certitude, comment s'établit la correspondance rigoureuse entre la connaissance et la chose, quels sont les moyens dont nous disposons pour contrôler nos hallucinations et

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