‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 78 sur 181 · Les Philosophes classiques, pp · texte numérisé non relu

Les Philosophes classiques, pp

mettre à leurs dérivées, images ou idées, cette qualité impulsive dont elles sont nanties. Celte force impulsive est une tendance qui affecte toutes les sensations, à des degrés d'intensité très divers : à peu près nulle dans les sensations qu*on pourrait appeler « cognitives pures », très puissante dans les sensations <( impulsives pures ». — Ce sont là les deux éche- Ions extrêmes ; la force impulsive affecte nos sensations à tous les degrés de cette échelle.

Une autre échelle graduée s'établit au même point de vue de la force iinpulsive entre les sensations et leurs dérivées : cette force va en décroissant de la sensation ou perception actuelle, aux simulacres ou images, do ceux-ci aux idées abstraites ou noms généraux, de celles-ci aux idées abstraites pures. Toujours au même point de vue, on remarque que l'élément de nos sensations qui concerne le futur prime l'élément qui concerne le passé, et que le présent prime le futur et le passé.

La force impulsive s'accroît encore du caractère des circonstances dans lesquelles elle naît, c'est-à-dire de l'actualité de nos représentalions, de la probabilité ou de la certitude des événements qu'elles annoncent, de la précision avec laquelle elles apparaissent, de l'attenlion

du sujet, du rapport qui existe entre le sujet el la représentation : lorsque celle-ci sera le fruit d'une expérience personnelle, elle aura évidemment une force impulsive plus déterminante qu'un banal lieu commun ^.

L'attention que le sujet prête à ses représentations peut jouer un rôle important à ce point de vue, et sa concentration sur une tendance impulsive quelconque peut renverser l'ordre établi dans la prédominance objective des tendances. Mais en général, cet ordre se maintient dans ce conflit incessant de tendances qu'est pour tout homme le cours ordinaire de la vie : l'image prédomine sur Tidée abstraite, la sensation prédomine sur l'image, et la tendance prédominante se fixe, tantôt sans conflit, tantôt après conflit ; la fixation de la tendance se traduit par une action immédiate ou éloignée, accidentelle ou continue ; dans ce cas les actions ordonnées en vue de celte fin éloignée, d^ moyens qu'elles étaient, deviennent des buts successifs.

Nous touchons au terme de cette recherche sur la nature de nos déterminations : la tendance fixée et définitive est ce qu'on ap-

1. Beoue Philosophique, Novembre 1900. H. Taine, Noies sur la volonté, pp. 442 à 480. — Nous en donnons ici le résupié.

pelle une volition, une résolution, el la volonté chez l'homme n'est que la possibilité permanente de la fixation des tendances prédominantes.

Dès lors, c est une erreur d'affirmer que l'homme se détermine ; il est déterminé. Tous ses actes sont le résultat des tendances que font naître en lui ses connaissances : la force impulsive que chacune d'elles possède, entre en conflit avec ses voisines : la détermination résulte de l'état d'équilibre momentané que provoque l'intervention d'une tendance prédominante qui se fixe définitivement.

Cette théorie sur la volonté rencontre de front la doctrine spirituahste sur le Libre Arbitre, qui affirmerait, selon Taine, que la volonté est la faculté pure de produire des résolutions.

Voici quelques arguments invoqués par Taine à 'l'appui de son déterminisme. Nous constatons par expérience que <( c'est la force du désir qui fixe Je désir \ » Or, qu'est-ce qui constitue la force du désir, sinon la force impulsive de la sensation ou de l'idée qui le fait naître ? L'homme est une mécanique dont les ressorts ont des poussées antagonistes et sa

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