‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 97 sur 181 · Voyage en Italie, Tome 1, pp. 8 et · texte numérisé non relu

Voyage en Italie, Tome 1, pp. 8 et

sonde qui rencontre enfin une nappe d'eau comprimée, elle fait jaillir une source. On a dit que Mahomet était un plagiaire, compilateur de la Bible et des sectes contemporaines, que Luther répétait avec de gros mots les vieilleries de Jean Huss et de Wiclef . La vérité est qu'ils ont prononcé dans leur temps et dans leur nation la parole unique, non pas des lèvres, mais de tout leur cœur et avec toutes les forces de leur être ; c'est là ce qui a donné de l'ascendant à leurs discours et un prix à leur réforme... ^. »

Le christianisme n'a pas d'autre origine ; si les attaches avec le milieu sont ici moins apparentes que dans les autres religions, c'est que des circonstances extérieures sont venues modifier le cours ordinaire de l'élaboration des religions. « Le christianisme est une religion de seconde poussée, qui contredit l'instinct naturel ». L'état social qui l'a suscité devait, en effet, imprimer en lui ce caractère antinaturel : « il déclare que le monde est mauvais et que l'homme est gâté ; et certes au siècle où il naquit cela était indubitable. Il faut donc, selon lui, que

1. Nouveaux Essais de Critique. Le Bouddhisme, pp. 274-275. — Cf. l'arlicle publié par Taine dans les Débats du 7 février 1869, sur Camille Selden : VEsprit moderne en Allemagne, publié en appendice à l'ouvrage de V. Giraud, op.. cit., pp. 244-246.

l'homme change de voie. La vie présente n'est qu'un exil ; tournons nos regards vers la patrie céleste. Notre fond naturel est vicieux ; réprimons tous nos penchants naturels et mortifions jnotre corps. L'expérience des sens et le raisonnement des savants sont insuffisants et trompeurs ; prenons pour flambeau la foi, la révélation divine. Par la pénitence, le renoncement, la méditation, développons en nous l'homme spirituel, et que notre vie soit une attente passionnée de la délivrance, un abandon continu de notre volonfé, un soupir incessant vers Dieu, une pensée d'amour sublime, parfois récompensée par l'extase et la vision de l'au delà ^ »

Il importe donc de tenir compte, dans l'analyse de la genèse des religions, de tous les éléments qui concourent à leur formation. Il faut avoir égard, en effet, à ce que « quand une graine est plantée, elle se développe ; mais elle se développe par deux sollicitations distinctes : celle des forces intérieures qui la composent, et celle des forces extérieures qui l'entourent. Il y a en elle un arbre qui tend à se produira ; mais il y a en dehors d'elle un sol et une température qui tendent à diriger ou à déformer sa

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