‹ La philosophie de TaineChapitre 10 sur 37 · P/iil. class., p · texte numérisé non relu

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5. Le mot est de M. Jules Lcmaître, dans un article des Contemporains sur M. Bourget ; il est appliqué A M. Taine.

cette page si souvent admirée *, et qu'il faut citer tout entière :

(( C'est à ce moment que l'on sent naître en soi la notion de la nature. Par cette hiérarchie de nécessités, le monde forme un être unique, indivisible, dont tous les êtres sont les membres. Au suprême sommet des choses, au plus haut de l'éther lumineux et inaccessible, se prononce Paxiome éternel, et le retentissement prolongé de cette formule créatrice compose, par ses ondulations inépuisables, l'immensité de l'univers. Toute forme, tout changement, tout mouvement, toute idée est un de ses actes. Elle subsiste en toutes choses, et elle n'est bornée par aucune chose. La matière et la pensée, la planète et l'homme, les entassements de soleils et les palpitations d'un insecte, la vie et la mort, la douleur et la joie, il n'est rien qui ne l'exprime, et il n'est rien qui l'exprime tout entière. Elle remplit le temps et l'espace, et reste au-dessus du temps et l'espace. Elle n'est point comprise en eux, et ils se dérivent d'elle. Toute vie est un de ses moments, tout être est une de ses formes ; et les séries des choses descendent d'elle, selon des nécessités indestructibles, reliées par les divins anneaux de sa chaîne d'or. L'indifférente, l'immobile, l'éternelle, la toute-puissante, la créatrice aucun nom ne l'épuisé ; et quand se dévoile sa face sereine et sublime, il n'est point d'esprit d'homme qui ne se ploie, consterné d'admiration et d'horreur. Au même instant cet esprit se relève ; il oublie sa mortalité et sa petitesse; il jouit par sympathie de cette infmité qu'il pense, et participe à sa grandeur ^ » — M. Taine a raison de dire que la philosophie est sœur de la poésie ^

Ce n'est pourtant pas là qu'un beau poème. Cette conception de la nature et de la science repose tout entière sur une nouvelle théorie delà cause, également inspirée de Hegel et qui, si l'on en croit M. Taine, est le fondement de

1. Cf. Scherer, Mélanges de critique religieuse : M. Taine ou la crit ique posiliviite, p. 4.53-454.

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