Essai sur Tite-Live, p
toute sa philosophie et même l'idée directrice de toute son œuvre*. Il faut donc y insister. M. Taine observe que, entre les deux philosophies actuollrmont régnantes en France, en Angleterre et en Allemagne, le spiritualisme et le positivisme, le gros du débat porte sur la notion de cause. Pour les spiritualistes, d'après lui, les causes sont des « êtres distincts, autres que les corps et les qualités sensibles », mais qui produisent les uns et soutiennent les autres, susceptibles d'ailleurs d'être conçues et connues par la raison humaine qui est la faculté de saisir, sinon les « essences » et les « substances », tout au moins les u causes ». Les positivistes, eux, considèrent les causes comme situées hors dos prises de l'intelligence humaine, se refusent de rien dire sur elles et « réduisent la science à la connaissance des lois, c'est-à-dire des faits généraux et simples auxquels on peut ramener les faits complexes et particuliers'». « Si donc l'on prouvait que l'ordre des causes se confond avec l'ordre des faits, on réfuterait à la fois les uns et les autres ; et, les conséquences tombant avec le principe, les positivistes n'auraient plus besoin de mutiler la science, comme les spiritualistes n'auraient plus le droit de doubler l'univers ^)) C'est ce qu'a essayé de faire M, Taine. En analysant cinq ou six cas où s'éveille l'idée de cause*, il a montré contre les spiritualistes que « Thomme ne connaît point les substances, mais des faits », rien que des Aiits, « soit au dedans, soitau dehors » de lui, en un mot « qu'il n'y a point de substances, mais seulement des systèmes de faits », « que la cause des faits est dans les faits eux-mêmes, et que tout l'emploi de la science est de ramener l'amas des faits isolés et accidentels à quelque axiome général et universel. » Contre les positivistes, il a démontré « que les causes se rédui-
1. « Ou vient de voir que cotte philosophie a pour origine une certaine notion des causes. J'ai tâché ici de justifier et d'appliquer cette notion. Je n'ai point cherché autre chose ici, ni ailleurs. » (l'hil. class.. Préface, p. X).
2. Phil. class., p. VI, VII, VllI, IX. 'à. Id., ibid., 2 derniers chapitres.