‹ La philosophie de TaineChapitre 9 sur 37 · Litt. angl., t. V, p · texte numérisé non relu

Litt. angl., t. V, p

métaphysique ainsi conçue qui « toucherait la source » de l'être, sans empiéter sur les sciences positives et sans en gêner le libre développement '.

A cette conception nouvelle de la métaphysique, correspond une nouvelle conception du monde. Stuart Mill avait conçu l'univers « comme un monceau de faits », associés par le hasard, et dont l'induction nous permet seule de découvrir les relations accidentelles ^ : dans ces conditions l'induction demeurait l'unique méthode scientifique, et la métaphysique était ou inutile ou impossible. Pour M. Taine, au contraire, le monde est un véritable organisme, dont toutes les parties sont reliées entre elles par une sorte de géométrie implacable : « les tenailles d'acier de la nécessité s'enfoncent au cœur de toute chose vivante ■' », et pour quelqu'un qui connaîtrait le théorème initial dont tous les phénomènes sont des corollaires, il n'aurait qu'à déduire de la formule créatrice l'infinie variété des êtres et des choses * Dès lors, la métaphysique est possible et réelle, et la méthode déductive devient le type idéal de toute méthode scientifique.

Cette conception du monde est grandiose : depuis Spinoza et depuis lïegel dont elle est d'ailleurs inspirée, il n'y en a pas eu de plus hardie et de plus imposante. L'idée de nécessité installée au cœur delà métaphysique, comme elle l'est au cœur de la nature ; le monde réduit à l'unité d'un système de lois qui, de proche en proche, se dérivent dune loi suprême ; le problème de la science ramené à un problème de « géométrie vivante », voilà certes qui est original et audacieux. Et l'on s'explique les effusions lyriques qu'une pareille idée peut exciter chez ses adeptes. En sa qualité de « poète-logicien » ^, M. Taine a eu les siennes, et la « religion de la science » n'a pas d'hymne plus enthousiaste que

Page 1