Lilt. angl., p. 397, 398, t. V. Cf. Intellig., II
faits dont l'ensemble constitue la spécialité à une formule générale unique, d'où il sera facile de les d(iduire. Ce n'est que lorsque chaque science aura terminé son œuvre que l'esprit humain, travaillant sur les cinq ou six propositions générales auxquelles on aboutira et qui sont des faits comme le reste, pourra dégager l'élément simple qu'elles impliquent et qui sera l'axiome générateur de l'univers. Dans ces conditions, voici l'obligation qui s'impose à chaque science : réunir tous les groupes naturels de faits qui sont de sa juridiction ; analyser chaque groupe, en extraire par abstraction le fait qui semble dominateur ; le supposer cause et le réduire en formule ; vérifier par déduction logique si les propriétés qu'on tire de la formule correspondent au resté des faits du groupe ; faire la même opération sur un autre groupe, puis sur les deux formules découvertes, c'està-dire sur les deux faits qu'elles représentent, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on arrive à la formule idéale qui ordonne tous les groupes d'une même série. « Abstraction, hypothèse, vérification, voilà les trois pas de la méthode. Il n'en faut pas davantage et il les faut tous '. );
Cette méthode générale est celle qu'emploient toutes les sciences de la nature, mais jamais peut-être elle n'a été aussi nettement formulée. Le grand mérite et la grande originalité de M. Taine est de l'avoir appliffuée, totidem vcrbis^ aux sciences morales. Dans cet ordre d'études qui, avant lui, semblait le domaine privilégié de la contingence, il a introduit la notion de nécessité et les procédés qu'elle impose. 11 applique à la lettre le célèbre axiome de Spinoza : « L'homme n'est pas dans la nature comme un empire dans un empire, mais comme une partie dans un tout. » « La science approche enfin, écrit-il, et approche de l'homme; elle a dépassé le monde visible et palpable des astres, des pierres, des plantes, où dédaigneusement on la confinait ; c'est à l'àme qu'elle se prend, munie des instruments exacts et perçants dont trois cents ans d'expérience ont prouvé la justesse et mesuré la portée '. » Et voici la conséquence.