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La Fontaine et ses fables

avant lui; et nous allons voir quelles vérités ou lois générales il a, chemin faisant, découvertes en appliquant à la littérature et à l'art, à la psychologie générale, à la politique et à l'histoire la méthode générale que nous avons essayé d'exposer.

Puisque, dans le monde moral comme dans le monde physique, tous les phénomènes sont liés entre eux et s'enchaînent les uns les autres suivant les lois d'une nécessité inflexible, il s'ensuit que nous pouvons considérer toutes les œuvres humaines, arts, religions, philosophies, littératures, et tous les actes humains, faits de l'ordre politique, social ou moral, comme des résultantes de causes plus ou moins lointaines et générales, ou, selon le mot célèbre, comme des « pioduits », dont la science des âmes aura pour fonction de rechercher les facteurs. Appliquons ce principe à l'histoire générale.

Chaque œuvre humaine a évidemment pour cause immédiate et naturelle l'homme qui l'a réalisée. Mais celui-ci, à son tour, n'est pas isolé dans l'ordre des causes : il n'est pas un commencement absolu; il est un produit lui aussi ; il subit la poussée de forces extérieures ou intérieures qui, si l'on pouvait les mesurer toutes avec exactitude, expliqueraient complètement l'œuvre qu'il a accomplie. Ces forces paraissent innombrables, car qui pourrait jamais dire, quand il agit, que c'est telle ou telle influence qui détermine sa conduite? Il est pourtant possible de les ramener à quelques chefs principaux. Du dehors d'abord, trois causes générales agissent sur lui : \arace, c'est-à-dire l'ensemble des conditions physiques et morales qui, de génération en génération, depuis les fondateurs de la vaste famille humaine à laquelle il appartient, lui ont été transmises par l'hérédité et ([u'il apporte avec lui en naissant ; — le ?)ii/icu, c'està-dire les mille circonstances extérieures qui viennent appliquer leur empreinte sur le naturel qui leur est livré (climat, circonstances politiques et sociales, etc.) ; — enfin,

le moment^ c'est-à-diic la vitesse acquise par les deux autres forces au moment précis où elles entrent en jeu pour former l'œuvre étudiée, et « l'œuvre qu'elles ont déjà faite ensemble, car cette œuvre elle-même contribue k produire celle qui suit *. »

Yoiià une première série de causes. Il y en a une autre non moins délicate à déterminer. Les conditions extérieures de la production de l'œuvre humaine étant telles ou telles, il faut pénétrer maintenant dans l'intérieur de l'àme et mesurer l'action des forces internes qui, sous l'action des forces externes, interviennent alors. Ces forces sont multiples elles aussi, mais elles forment, nous l'avons vu, un système lié: et il suffit de recueillir le résultat de l'enquête précédente et de vérifier si la formule à laquelle on arrive n'est pas précisément celle de la faculté maîtresse qui commande tout le système et qui, par son intensité plus ou moins grande et par la nature de sa direction, fait varier suivant une loi fixe les éléments psychiques auxquels elle est liée. En sorte que toutle problème de l'histoire consiste à déterminer avec précision pour chaque individu la faculté maîtresse ou disposition morale dominante qui, par une série d'intermédiaires faciles à retrouver, entraîne l'action particulière qu'il s'agit d'expliquer. C'est dire que l'histoire se ramène àla psychologie, ou, si l'on veut, à un problème de mécanique mentale.

Ceci est le cas le plus simple, car nous n'avons jusqu'ici considéré que l'individu. Mais ce qui est vrai de l'œuvre individuelle, est vrai aussi de l'œuvre collective à laquelle travaillent les divers groupes humains. Les différentes parties d'une civilisation forment entre elles des systèmes liés comme les différentes facultés de l'âme : si l'art d'une époque est revêtu de tels caractères, la religion, la philosophie el la science, le gouvernement, la famille et les industries nous apparaîtront revêtus de caractères analogues ou correspondants. En sorte qu'on peut considérer toute l'histoire générale d'une civilisation comme la réalisation concrète et

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