‹ La philosophie de TaineChapitre 19 sur 37 · Essais, p. XXV, XXVI · texte numérisé non relu

Essais, p. XXV, XXVI

4. De cotte conception do la science, il ro.^sort une conception très optimiste de la vie, q'ioi qu'en pense M. Bourget qui, dans son article sur M, ïaine, voudrait en faire l'un des ancêtres du pessimisme contemporain. M. Bourget, comme le lui a très spirituellement reproché Maxime Gaucher dans l'une de ses chroniques (12 décembre 1885) est obsédé par l'idée du pessimisme et veut la trouver partout. En réalité, et en dépit de certaines boutades ou saillies de tristesse échappées à l'écrivain au spectacle des misères et imperfections de l'existence, M. Taine est foncièrement optimiste. H est trop confiant dans la raison humaine et dans l'avenir de la science pour qu'il en soit autrement. Le vrai fond de sa

En attendant, « si nous voulons aujourd'hui nous former quelque idée de nos destinées générales, c'est sur l'examen de ces forces qu'il faut fonder nos prévisions * », Déjà des lois ont été découvertes qui nous permettent d'entrevoir le brillant avenir réservé à l'histoire psychologique. Nous avons déjcà indiqué celles qui fondent la méthode. Il faut y insister davantage, les compléter et leur donner leurs noms. Tout le système repose sur cette remarque profonde que, si l'on veut étudier l'homme du dedans, on trouve à l'origine de toutes ses pensées et de tous ses actes des images, « ou représentations des objets ». Suivant que la représentation est nette ou confuse, suivant qu'elle est accompagnée et comme baignée d'émotion, ou entourée de calme, tout le développement humain s'en ressentira : « la moindre altération dans les facteurs amène des altérations gigantesques dans les produits. » Si variées d'ailleurs que puissent être nos images, elles aboutissent toujours soit à une « conception générale », soit à une « résolution active » : car agir et penser, voilà tout l'homme -. Et pour étudier l'humanité sous ses deux faces, spéculative et pratique, ce sont ces représentations intérieures qu'il faut se figurer avec précision, — M. Taine dirait volontiers : faire renaître en soi à force d'imagination sympathique. Cette loi générale une fois posée et établie par une série d'exemples, il constate que trois causes ou lois différentes contribuent à créer en

pensée relativement au problème du bonheur est exprimé dans les lignes suivantes qui terminent un hymne magnifique à la science {Essais de critique et d'histoire, p. 328 : M. Troplong et M. de Montalemherl) ; « Confinés dans un coin de l'espace et de la durée, éphémères, abrégés demain peut-être par le contre-coup d'une explosion ou par le hasard d'un mélange, nous pouvons cependant découvrir plusieurs de ces lois et concevoir l'ensemble de cette vie. Cela vaut la peine de vivre ; la forlu7ie et la nature nous ont bien traités. » Contre une pareille profession de foi, rien ne saurait prévaloir, pas même ces lignes si tristes, d'une amerlune si sobre et presque découragée, qui terminent l'article sur Franz Wœpke [Nouveaux Essais, p. 394) : « Lorsque me détachant de moi-même, j'essaye de le juger en critique, je viens à penser que personne n'était plus digne que lui d'être aimé, admiré et de vivre. Il n'a été ni aimé, ni admiré comme il devait l'être, et il est mort à trente-sept ans. »

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