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s'il pouvait en un mot onlrcr dans rintimité des âmes individuelles et les voir chacune vivre et penser, alors seulement il saurait les réformes qu'il convient d'accomplir, il pourrait conformer les institutions aux besoins généraux et il ne serait pas exposé à bâtir dans le vide \ C'est là, semble-t-il, une œuvre impossible à réaliser : pourtant, quelques hommes ont eu cette faculté prodigieuse de « démêler les états et les mouvements d'une âme et de beaucoup d'âmes, les motifs efficaces, permanents ou momentanés, qui poussent ou retiennent l'homme en général et lels ou tels hommes en particulier, les ressorts sur lesquels on peut appyer, l'espèce et le degré de pression qu'il faut appliquer - ». Nul en cela n'a surpassé Napoléon, et de là seulement vient sa supériorité et sa fortune politiques. Or, ce qui chez lui était affaire de génie instinctif et de rencontre, nous pouvons, dans une certaine mesure, y suppléer à l'aide de la science ; et quelle science nous en donnera mieux les moyens que la psychologie appliquée à l'histoire? Par elle, en effet, nous pénétrons dans l'intérieur des âmes et nous résumons en une formule abstraite la multitude des cas observés, je veux dire les dispositions morales de tout un groupe d'individus, de plusieurs groupes, d'un peuple tout entier. Il y a plus. Par elle encore nous retrouvons tout le passé de ce peuple, nous pouvons calculer ses instincts héréditaires, les exigences de son tempérament physique et de son caractère moral, l'action des circonstances historiques de toute sorte qui ont déposé sur lui leur empreinte: par le passé nous comprenons le présent, et de ces expériences accumulées nous tii'ons toutes les leçons nécessaires j>our régler et préparer l'avenir. Grâce à cette méthode, nous ne risquons pas d'aller trop vite, de reconstruire \ù société sur un plan rationnel peut-être, mais pratiquement absurde, comme l'a fait le XYIIP siècle, et nous adaptons progressivement et à coup sûr l'édifice social aux besoins réels et légitimes de ceux qui doivent l'habiter \
t. Cf. Uu suffrage universel et de la manière de voter, p. 5.