Essais de critique et d'histoire, p. XIX
découverte par' induction, toutes les facultés d'un esprit, d'un peuple, d'une race, tous les traits d'une civi lisation, toutes les œuvres d'un écrivain ou d'une école. Même quand on le croit engagé dans la psychologie la plus positive, soudain il nous ouvre un vaste horizon sur la science générale ou sur la nature. Dans son Traité de rinlellifjence, il croit n'avoir guère consacré que « cinq ou six pages à la pure spéculation philosophique » ; il croit « s'arrêter au seuil de la métaphysique ' » ; il n'en est rien, il y est entré plus d'une fois, et quand des esprits plus préoccupés de science strictement positive, Stuart Mill * et M. Ribot ^ le lui ont reproché, il semble bien qu'ils aient vu juste et qu'ils aient mis le doigt sur ce qu'ils considéraient sans doute comme une défaillance. — A tousces traits, nous reconnaissons un esprit doué d'une faculté métaphysique si puissante qu'elle l'entraîne toujours hors du domaine de ce qu'on est convenu d'appcîler la réalité. Au fond, toute l'œuvre de « cet audacieux briseur des idoles de la métaphysique officielle^ «a été composée pour illustrer et établir quelques idées métaphysiques que nous aurons à définir.
Mais M. Taine n'a pas été en vain le contemporain de Littré. Il fait partie d'une génération qui s'est éprise plus qu'aucune autre avant elle de faits, de science positive, de réalité concrète et vivante. Il a senti lui-même que, dans les conditions de la pensée moderne, sa faculté métaphysique, en se développant librement, n'aboutirait qu'à des généralisations aussi vagues qu'aventureuses ; peut-être même l'a-t-il estimée dangereuse : en tout cas, il a voulu la discipliner, et la metti'e au service de l'expérience ; il a voulu