‹ La philosophie de TaineChapitre 4 sur 37 · Intellig., I, p. 13; H, p. 4G · texte numérisé non relu

Intellig., I, p. 13; H, p. 4G

2. Fortinghthj Hevieic, July 1870. « It diverges from them only iii the Iwo coiicluciint; chaplers, wiiicli, in oiir jiidginent, overleap the boumls oï leally scienlilic iiireivnce, and willioul even the warrant of supposed intuition à priori, claiin absoiute validity liirougli ail space and lime for genoralizitions of liunian tlioni,'ht, wliicli \ve can only admit undor Iho inlieronl limitations ofliuman expérience. » (Stuart Mill.Tainc. De riiitelligence.)

:>. Revue pliilosop/iiquc, 1877, t. 11. Tli. Hiljot, M. Taine et sa psychologie.

4. Expression de M. Bourget (Essais de psychologie, t. I. p. 179) en paiiant de M. Taine.

contrôler à l'aide des faits toutes ses idées à priori ; bien mieux, il a voulu faire sortir toutes ses idées des faits. Et voilà pourquoi, dans toute son œuvre, on ne trouve pas un seul ouvrage de métaphysique pure. Ce puissant métaphysicien, ce philosophe qui semblait népourêtrc l'un des plus fidèles fervents de la pensée abstraite, s'est condamné à l'érudition laborieuse et patiente. Si nous ne le savions pas par ailleurs, il nous suffirait de lire les livres de M. Taine pour le deviner profondément versé dans toutes les sciences de la nature. Il ne s'en est pas tenu là. Il a voulu étudier sur le vif l'àme humaine, cette autre réalité, plus mobile, plus ondoyante, plus difficile à saisir que l'autre. Non content d'enrichir son œuvre de tout ce que l'observation journalière, de tout ce que l'expérience de la vie lui apportait de faits nouveaux et curieux, non content de « feuilleter*» les hommes et les choses, de concevoir en un mot l'existence comme une vaste enquête psychologique, il a cherché dans l'histoii'e générale des littératures et de l'art un nouveau champ d'expériences, encore inexploré : il a étudié de près ces délicates organisations intellectuelles qui sont celles des artistes ; leurs personnages imaginaires, considérés par lui comme de véritables âmes vivantes, lui ont servi à contrôler ses observations ; et en même temps que par une série de monographies il renouvelait la critique et l'histoire delà littérature et de l'art, il rapportait de ces études les matériaux d'une psychologie générale dont il consigna bientôt les résultats dans le livre de r Intelligence. Mais une théorie de la connaissance n'est que la moitié de la psychologie ; et M. Taine nous a promis un livre sur la Volonté. Qui sait si, depuis quelque vingt ans qu'il étudie, dans les Origines de la France contemporaine., l'époque de notre histoire où l'on a le plus agi, renouvelant ainsi l'histoire politique comme il a déjà renouvelé l'histoire littéraire, et cherchant, selon sa propre parole, à se faire des opinions politiques, il ne prépare pas en même temps les matériaux d'une théorie nouvelle de la volonté, modelée sur la réalité et inspirée

1. Le mot est de M. Taine lui-même, appliqué à ses camarades d'Ecole Normale, cité par Sainte-Beuve, Nouv. Lund., t. VIII, appendice, p. 494.

d'elle, comme Tétait déjà celle de rintelligence ? Ainsi se rejoindraient par des travaux de même nature et par l'emploi d'une même méthode les deux parties d'une vie si « noblement usée » par le dévouement à la science et la recherche implacable du vrai.

On le voit, si nous avons bien compris la pensée de M. Taine, ce serait lui faire tort que de considérer ses essais de critique littéraire, d'esthétique et d'histoire, — et jusqu'à ses ouvrages en apparence plus exotériques, ses Voyages et son Graindorge^ — comme des œuvres indépendantes et complètes, ayant en elles-mêmes leur raison d'être et leur objet propre. Non, ce sont les épisodes successifs d'une même pensée qui se développe et s'entoure à chaque fois d'un nouveau cortège de preuves. Ce qui fait l'unité de l'œuvre de M. Taine, c'est l'obligation qu'il s'est imposée d'édifier sur des fondements scientifiques éprouvés une psychologie générale nouvelle . Mais, qu'il l'ait voulu ou non, comme c'est sous l'empire d'une idée métaphysique déterminée, à savoir une conception spéciale de la nature et de la science, qu'il a entrepris cette œuvre, et comme cette psychologie aboutit à certaines conclusions métaphysiques, on peut dire que la métaphysique est au moins l'objet lointain poursuivi par M. Taine, si même elle n'est pas ridée directrice qui préside à ses recherches. Et c'est de sa métaphysique qu'il faut partir pour bien comprendre son œuvre et en bien saisir l'unité.

Bans les temps modernes, la philosophie a tantôt été l'auxiliaire de la religion, tantôt elle s'en est déclarée hautement l'adversaire, tantôt enfin elle a séparé sa cause de la sienne, revendiquant pour elle-même la pleine liberté de SCS méthodes et de son contrôle, en un mot ce que les Anglais appelleraient son self-government. Comme elles répondent toutes deux aux problèmes les plus pressants que se pose la conscience humaine, il n'est pas indilTérent, pour connaître la véritable pensée d'un philosophe aussi libre d'esprit que l'est M. Taine, d'examiner d'abord son altitude

à l'égard de cette métaphysique symbolique et morale qu'est la religion. Aussi bien, sur ce point, sa pensée est si nette, il l'a exprimée une fois avec une si tranchante àpreté qu'il n'y a pas à s'y méprendre : la philosophie et la religion ont deux domaines absolument distincts : l'une s'adresse à la raison, l'autre à la sensibilité ; l'une est affaire de science, l'autre de sentiment. Mêler leurs méthodes aux dépens de l'une et de l'autre, comme l'a fait Jean Reynaud dans Ciel et Terre, c'est « confondre les genres et il n'y a pas de pire confusion ». La philosophie n'a pas à s'accommoder aux besoins poétiques ou même moraux de l'humanité : i ne faut pas « dégrader sa dignité » et « faire d'elle un instrument de mensonge ». « Elle est à mille lieues au-dessus de la pratique et de la vie active : elle est arrivée au but et n'a plus rien à prétendre, dès qu'elle a saisi la vérité *. » Et si on objecte à M. Taine que la disparition de la foi religieuse est l'un des plus grands maux dont souffre l'homme moderne, que jamais, dans notre société inquiète et troublée, nous n'avons eu plus besoin de croire qu'aujourd'hui, il en conviendra. 11 déplorera lui aussi « la maladie du siècle » dont nous sommes tous les victimes désespérées ^ Même, il avouera que les conditions de la civilisation moderne, en développant nos aspirations vers l'au-delà, en nous faisant « des âmes fatiguées et avides ». rendent un grand nombre de ces âmes incapables de trouver dans la science positive la pleine satisfaction « de leurs sentiments et de leurs besoins ». Dès lors, pour le catholicisme en particulier, « comme le progrès des sciences positives et l'assiette du bien-être industriel empêchent l'exaltation nécessaire à l'établissement d'une nouvelle religion, on ne voit pas de terme à sa durée » ; car « jamais un peuple n'a quitté sa religion que pour une religion différente » . La seule crise qu'il ait à redouter, c'est, dans un siècle ou deux, « l'intervention du nouveau protestantisme , celui de Schleiermacher et de Bunsen, adouci, transformé par l'exégèse, accommodé aux besoins de la civilisation et de la

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