Litt. angl.,i. V, p
ontologie, est toujours pour lui le but idéal de notre science. Ces sortes de spéculations, quoi qu'on en ait dit, ne sauraient être oiseuses. « Pourquoi vit une nation ou un siècle, sinon pour les former ? On n'est complètement homme que par là. Si quelque habitant d'une autre planète descendait ici pour nous demander où en est notre espèce, il faudrait lui montrer les cinq ou six grandes idées que nous avons sur l'esprit et le monde. Cela seul lui donnerait la mesure de notre intelligence *. » Et pour bien comprendre la portée de l'œuvre de M. Taine, il faut lui demander quelles senties siennes, en d'autres termes, quelle est sa métaphysique.
Tout d'abord, M. Taine avoue que les spéculations métaphysiques sont difficiles et périlleuses, et qu'il est aisé d'y échouer. « Débordé de tous côtés par l'infinité du temps et de l'espace, l'homme tfouve le hasard au terme de toutes ses connaissances comme au commencement de toutes ses données »: la portion infime et fortuite des phénomènes qui constitue notre monde dépend des lois primitives par une série infinie de contre-coups dont la succession nous échappe et ne pourrait être calculée que par une série infinie de déductions. Nous saisissons les premières lois et les dernières conséquences : tout Tentre-deux se dérobe à nos prises, et notre science, sous peine d'imiter l'échec de la métaphysique allemande, doit tenir compte de cette lacune primordiale dans notre faculté représentative. Est-ce à dire que la métaphysique soit impossible ? Non, car tout esprit, si limitée que soit son expérience, par cela seul qu'il pense le général, l'universel et l'absolu, contient des données générales, universelles et absolues, c'est-à-dire valables pour tout phénomène et pour tout objet situé dans l'espace et dans le temps, ou en dehors de l'espace et du temps. Or, cela suffit pour constituer la métaphysique, c'est-à-dire « la recherche des premières causes, mais à la condition que l'on reste à une grande hauteur, que l'on ne descende point dans le détail, que l'on considère seulement les éléments les plus simples de l'être et les tendances les plus générales de la nature ». Et M. Taine esquisse à grands traits le plan d'une