LE NÉO-CARTÉSIANISME ET DESCARTES
sans doute à cet heureux résultat. Ils ne pouvaient pas sans quelque complaisance voir dans cette affaire, dans le débat qui s'ensuivit, et dans le mot qui la termina, la sagesse du siècle illustrer par un grand exemple les maximes fécondes qui leur ont permis de substituer à l'austérité janséniste et gallicane d'autrefois, une morale plus humaine et, pour employer le terme consacré, plus suave : omnia ad majorem Der gloriam, — Si fêcistiy nega. — Si duofaciunt idem, non est idem.
Il était difficile d'absoudre complètement la philosophie. Sans conteste, elle avait manqué de cette prudence qui figure au premier rang de ses vertus*. Mais elle avait agi dans une eniière bonne foi. En face d'un intérêt supérieur, V. Cousin avait traité la pensée d'un élève chéri ni plus ni moins bien qu'il a fait de ses propres ouvrages.
A proprement parler, cet éloquent professeur n'a pas écrit de livres de philosophie. Ses nombreux volumes ne se composent que de cours, de fragments et de préfaces. Eh bien , quand des circonstances assez connues l'amenèrent à réformer du tout au tout le fond de son enseignement, quand à la déification de l'homme et de l'histoire, il substitua le Dieu séparé du monde, le dualisme cartésien des substances créées et la vénérable tradition de la religion naturelle, il ne prit pas la peine de creuser un nouveau fondement pour ce nouvel édifice, il tira le second dogme des mêmes analyses que le premier, avec la même assurance et dans les mêmes ouvrages. Sans prévenir le lecteur du changement qui s'était opéré dans ses idées, il retoucha ses préfaces, qui ont leur date précise, il accoupla dans ses leçons les pensées de 1850 aux applaudissements arrachés par les phrases de 18i7, et c'est ainsi que le spiritualisme fut institué. Il semble qu'on ait voulu dissimuler la révolution accomplie, faire oublier ce qu'avait été l'éclectisme depuis son séjour à Berlin jusqu'à son installation au ministère de l'instruction publique, et prêter à son instabilité l'apparence d'une pensée immuable; comme on avait essayé de faire croire à l'harmonie d'une école où régnait la division. Les deux opérations eurent un succès à peu près pareil. Les documents principaux de l'ancien éclectisme ne sont plus reconnaissables dans les nouvelles éditions. Les phrases que nous en avons extraites pour l'abrégé qui précède ne s'y trouvent plus. Il y en avait pourtant de si belles qu'on n'a pas osé les effacer ou qu'on n'a pas voulu les perdre. Une note avertit alors qu'on en trouvera le vrai sens-
> Voyez Du Vrat\ du Beau et du Bien, p. 377.
expliqué dans quelque autre volume. Par ces procédés, les
contradictions matérielles sur les points les plus saillants sont à peu près voilées pour des lecteurs très-superficiels. Mais le mouvement de la pensée s'interrompt à chaque pas, les conclusions jurent avec les prémisses, et le tout reste forcément inintelligible.
Un autre inconvénient de la manière dont se produisit cette conversion est de laisser régner l'obscurité sur le motif qui Ta suggérée*. La critique dépasserait peut-être son droit en cherchant ce motif dans des convenances extérieures. Nous sommes d'ailleurs entièrement persuadé que l'illustre écrivain n'a pas confessé le spiritualisme éclectique avec une sincérité moins sérieuse que l'éclectisme hégélien. En fait, la situation des affaires rendait le changement fort désirable. Ministre ou non, la responsabilité de l'enseignement universitaire pesait tout entière sur V. Cousin. Les tendances panthéistes en étaient signalées de toutes parts, les réclamations devenaient ardentes et fournissaient au clergé catholique un puissant levier pour déraciner un monopole que le libéralisme de Juillet considérait comme son palladium. Le péril ne pouvait être conjuré que par un remède héroïque : Cousin dit à la Chambre le Credo de la religion naturelle, en déclarant que tel était le programme philosophique de l'Université, et que les professeurs qui s'en écarteraient seraient chassés. La première forme officielle qu'ait revêtue le nouveau programme est probablement une liste des ouvrages désignés aux professeurs de philosophie comme devant faire le fond et régler ï esprit de leur enseignement, par un arrêt du Conseil royal de l'Université, du 12 avril 1842, rendu sur la proposition de Cousin. Ce sont : Bacon (De augmentis et Novum Organum), Descartes, îa Logique de Port-Royal, Bossyxeiy
* Cousin finit par comprendre que sa réforme exciterait toujours de la défiance sans un désaveu du passé. Il l'a fait d'assez mauvaise grâce dans l'Avant-propos de son Introduction à V Histoire de la Philosophie (cours de 1828), nouvelle édition, revue et corrigée. Nous y lisons : « En 1828, j'étais encore trop près de mes souvenirs d'Allemagne pour que les grandes généralisations et les formules un peu altières auxquelles j étais accoutumé ne déteignissent pas un peu, si on me passe celte expression, sur ma pensée et sur mon langage, et il se peut que mes paroles aient quelquefois présenté à des esprits prévenus ou peu familiers avec ces matières délicates i^appareoce d'une doctrine assez favorable au panthéisme; mais certes jamais apparence ne fat plus loin de la réalité, etc.. » Et plus bas : « A mesure que la philosophie allemande s'est plus développée et que nous l'avons mieux connue, nous nous en sommes séparés plus ouvertement. »
On voit que l'auteur se rabat sur son ignorance et sur les ambiguïtés au langage de Hegel, qui sont assez semblables aux siennes propres lorsan'il parlait de la religion. Mais il persiste à soutenir l'identité foncière entre ses doctrines de 1828 et le spiritualisme postérieur. Pour accorder cette prétention, il faudrait croire qu'il ne s'était pas compris lui-même, ce qui ne saurait être vrai qu'en partie.
Parmi ces lecteurs prévenus ou incompétents qui n'ont pas compris sa pensée, il faudrait compter entre autres Schelling et Hamilton, qui Tun et l'autre ont pris la doctrine de 1828 pour du panthéisme pur et simple.
Fénelon Malebranche, Arnauld, Buffier, Locke {Essai sur Tentmdemmt), Le^hntiz {Nouveaux Essais et Théodicie), Clarke,E(iler,
Une manœuvre fort applaudie fut celle où le vaisseau de la pensée en virant de bord, hissa fièrement sur son grand mât le pavillon de la France.
Lorsque « certains patriolismes » accusaient l'éclectisme 183? ""^ importation allemande, il leur répondait mitement en
pas
ou /!♦««« ^u ' "i. — r"" ''"'^« ^-vyjii jaiiiais pane a une seométrie on
iiets'^SrZLrr'if'*" ^' •* philosophie, pa'r la na.ure même dT ses les d is'tinetfnJtT *'' P^«.?ef?^«ctère d'universalité dans lequel toutes les distinctions de nationalité s'évanouissent 'î » 4 c»
En 1845, l'accent n'est pas moins net, mais la note est tout diitrc i
décla^r"érÏÏHknnb/;* l' Préface des /'ra^m^/. cartésiens, noussommes
ritSdTr^^^^^^ (•) ^^^^'«^'^' ^ »^ ««^"*e ca^se delà spi-
ritualite de I âme, de la liberté et de la responsabilité des actions de la distinction fondamentale du bien et du mal S de la ver?u de's ntX'esséé iS' rw ''"'' '' ordonnateur des mondes soutien et re u?d '£ ïï?nn; P'' ^^ '"^^^^ ^"^> ^«"s renoncer à notre propre jugement
tldanîsmr^ r^r'"' !'"*?x""^ prédilections avouées sonf poirTe ca?-
modéré nin- ptf r.!i^-. l."*"' ''* *^. T'^*^^ P^"" ^^" ^sP"t indépendant et HtuaUsm? à L fi?c ^^*'*'?.P'' P^^'^sophique, par ce caractère de spierander^^ L h! ! '^'^ ^\ ""V^ ^"* ^^^* ^«"JO"^^ être le nôtre, par la grandeur et la beauté morale de ses préceptes en tout genre tJmmrce qu elle est essentiellement française et qu'elle a répandu ^mr la naUc^Z gloire immense qu'il n'est pas bon de répudier, car, après la véSé?a gloire n'est-elle pas aussi quelque chose de sacré ? ' ^ '
Le signal était donné, tout suivit. Philosophie française et
cartésianisme devinrent les mots de ralliement. Quant à ces
« profondeurs un peu sombres, » où jadis il avait semblé méri-
oire de s engager, quant à « ces chefs de la philosophie de no-
/fiQQ ru ' ^ "^^ T'"' ^ ^^' "^^'^'^^^ '' auxquels s'adressait en 18ddl hommage d une « admiration si sincère et d'une amitié SI tendre, i> les Souvenirs d'un voyage en Allemagne, datés de 1 ; J "l^'^ imprimés après le changement des affaires, en parlent de bien autre façon. Ces souvenirs contiennent l'abandon le plus explicite et le plus complet de tout l'ancien éclectisme.
* Fragments, préface de la seconde édition, p. xxr Comparez les absolutions générales qui ruissellent dans les leçons de i828.
LE KEO-CARTESIASISME ET DESCARTES.
Seulement celte palinodie se fait entièrement sur le dos des maîtres. Depuis lors l'école a trouvé que le moyen le plus facile et le plus sûr de réfuter ces Allemands était d'en déconseiller la lecture ^
L'Université se fit donc cartésienne, par arrêté du Conseil royal de l'Instruction publique, et pendant quelque temps la philosophie normale s'appela cartésianisme, litre dont le spiritualisme officiel se pare encore quelquefois. Mais en changeant de théologie, l'éclectisme n'avait pas changé de méthode. Cette méthode, c'est la méthode d'observation psychologique, telle que Cousin l'avait tracée, telle que Jouffroi l'avait développée, avec le fameux passage de la psychologie à l'ontologie par Taperception spontanée de la vérité, où se manifeste la raison impersonnelle. Celte raison impersonnelle, qui est la clef de tout, sent bien tant soit peu le panthéisme qu'on avait brûlé, mais l'esprit scientifique en était venu à un point où l'on ne s'embarrasse »pas de si peu. Ce n'est pas pour de pareilles subtilités qu'on va recommencer une philosophie. La raison impersonnelle devint « presque impersonnelle % » et tout fut dit.
Mais la philosophie était cartésienne et la philosophie était définie une science d'observation. Il fallait donc que pour Descartes la philosophie fût une science d'observation ; autrement la légitimité de notre descendance cartésienne serait contestée, on ne se bornerait pas à barrer notre blason, on l'enverrait à mquérir. Faire du cartésianisme une science d'observation, identifier la méthode de Descartes et la méthode de Jouffroi, voilà bien une autre difficulté que la raison impersonnelle. Et cependant c'était de rigueur. Il n'y avait qu'un parti à prendre; c'était de fabriquer un nouveau Descartes pour s'en faire un ancêtre, comme on avait fabriqué un Kant pour forger l'ontologie en frappant dessus. De bons amis y consacrèrent de gros volumes, et pendant quelque temps au moins, il fut de vérité légale en France et en Algérie que René Descartes est l'inventeur de la méthode psychologique, tout comme il était de vérité officielle qu'Emmanuel Kant n'attribue qu'une valeur subjective aux lois de l'entendement humain. Le bachelier qui se fût avisé d'ignorer ces belles choses aurait mal passé son temps. La tentative était encore plus hardie pour Descartes, qui est Français, et dont on lit au moins quelques pages, que pour un philosophe allemand très-réputé, mais connu surtout par ouï-dire. Il fallait aller non-seulement contre l'évidence des faits, mais contre les
* Voyez entre autres les articles de M. Emile Saisset dans la Revue des Deux- Mondes.
« Du Vrai, du Beau et du Bien, édition de 1867, p. 62; Ibtd., 68.
déclaralions multipliées du grand homme, qui, deux siècles d'àvance, avait décliné les honneurs sous lesquels la postérité cherchait a 1 ensevelir, en répétant : que la philosophie est une science des effets par leurs causes ; que sa méthode est relie des mathématiques; que le monde extérieur en est le propre domaine; que le vrai moyen de rendre les hommes plus sages se trouverait dans le perfectionnement de la médecine; que nos lumières naturelles sont très-bornées en ce qui concerne l'esprit, et qu il n'est pas bon de s'y arrêter! Aussi le succès du travestissement entrepris n'a-t-il pas été bien durable. L'école spintualiste elle-même s'aperçoit qu'on l'a compromise. L'un de ses maîtres les plus distingués, M. Janet, ne vient-il pas d'écrire : « Descartes, que nous connaissons si peu, quoique nous en parlions sans cesse*? o M. Janet persiste du bout des lèvres à trouver la méthode psychologique dans le fameux Cogilo ergo sum mais il se moque assez bien de ceux qui résument l'œuvre de Descartes dans celle formule de saint Augustin*. « Il sem- Werail a les entendre, dit M. Janet, que Descartes n'ait fait que se promener en répétant : Je pense, donc je suis... On n'appréciera jamais le génie de Descartes si Ton persiste à séparer en lui le philosophe et le savant. Jamais Descartes n'eût admis ni même compris une telle séparation, » etc.
Que faut-il donc penser des modernes éditeurs du grand philosophe qui terminaient leur publication au point précis où leur auteur commence à s'expliquer sur ce qu'il avait à dire ?
t-n 1826, M. Cousin, qui voulait alors donner à ses écrits un • certain vernis scientifique, rattachait, sans hésiter, à Locke le mouvement qui a introduit dans la philosophie l'esprit d'analyse et d observation et qui y a fait prévaloir l'étude de l'esprit humain. « Le cartésianisme, dit-il, qui dès le second pas abandonne I observation et se perd dans les hypothèses ontologiques et les formules scolastiques, ne pouvait prétendre au titre de philosophie expérimentale. » On parlait alors des fers du cartésianisme. Le nouveau cartésianisme n'était pas encore inventé; on ne se piquait pas de philosophie orthodoxe, l'/nrfea: de 1842 n avait pas paru.
Plus tard on écrivait sérieusement ceci :
^^nS'f^? intuition qui nous découvre l'existence du sujet pensant dans celle de la pensée elle-même, est un fait attesté à tous les hommes par
hll^Zl^iî'n^.fS^:^'''''^''' h ^"'^ P' ^^^' ^^"8 "n a''l»cl« subséquent, dont la paa^lërmrneuKf n'fio" P»^^^"^^^^.*^'^ M. Janet s'est du rest? sépa'ré de Cousin «»rc une neiieieqni ne laisse nen à di^sirer
au débuT de s^mfit'Hh^^t ^^""^S ^''^'^ ^"*'^*^' «* <ï"« Campanella venait de répéter p^imum. «"^l^^Physique. Nos esse, passe, scireet veiie certissimum principium
LE KEO-CARTÉSIAINISME ET DESCARTES.
la conscience et au philosophe par cette seconde conscience plus savante que la première, qu'on appelle la réflexion.
c( L'étude de la pensée à l'aide de la réflexion, c'est, en langage moderne, la psychologie. Ainsi il est incontestable que Descartes a mis au monde la psychologie, et qu'en obtenant par elle et par elle seule le premier principe de sa métaphysique, il l'a par là reconnue H établie comme le point de départ nécessaire de toute saine philosophie. Socrate, sans doute, avait entrevu cette grande vérité, et il l'avait enseignée à Platon, mais Descartes n'en savait rien, et puis, il y a loin du Connais-toi toi-même au Je pense, donc je suis. Descartes est parvenu à la psychologie par des voies absolument nouvelles, et Ta fondée sur des raisons qui l'autorisent à jamais. // en est donc l'inventeur parmi nous, et c'est à ce titre qu'il est le véritable père de la philosophie moderne. La philosophie moderne, en efl*et, date du jour où la réflexion a été son instrument reconnu et la psychologie son fondement. La création de la psychologie est la plus grande gloire de Descartes^ même au-dessus de la gloire de sa méthode*, »
Ceci montre combien on est savant quand on sait qu'on existe. Mais après avoir imposé à Descartes l'invention d'un procédé de découverte métaphysique qu'on n'a jamais rendu clair et dont on a tiré successivement les métaphysiques les plus opposées, l'évidence contraint Cousin d'ajouter que Descartes n'a point su s'en servir.
« Il a, comme à plaisir, gâté son ouvrage, en le revêtant d'une apparence entièrement contraire au génie qui l'avait inspiré... Cédant aux habitudes de l'esprit mathématique, il s'est complu à mettre dans un ordre déductif des vérités que la réflexion (l'observation de soi-même) lui avait successivement fait connaître... A mesure qu'il avance, il retire les procédés naturels de l'esprit humain, pour y substituer des procédés artificiels. De là pour l'historien l'extrême dilficulté de ganier une juste mesure entre une exposition purement logique de la métaphysique cartésienne, qui semble assez conforme au langage même de l'auteur, et une exposition psychologique plus conforme à sa vraie pensée^, »
Ainsi le père de la philosophie moderne ne sait pas ce qu'il fait, et choisit comme à plaisir une forme qui est le contre-pied de sa vraie pensée. Est-on philosophe dans ces termes-là? N'est-il pas plus vraisemblable, au contraire, que Descartes savait ce qu'il faisait, et qu'ayant annoncé d'avance en termes exprès ce qu'il se proposait de faire, puis ayant rempli de son mieux le cadre qu'il s'était tracé, sa vraie pensée est celle qu'il a proclamée? Descaries a voulu s'élever à la connaissance de la cause première, pour tirer de ses attributs l'explication de l'univers par la voie démonstrative. Est-il permis de le refaire pour s'y retrouver soi-même, et l'idée que, suivant au fond la méthode
> Histoire générale de la Philosophie, huitième édition, 1867, p. 395. * Ibid.
*® lA PHUOSOPHIE DE VICTOR COnSIH.
soi-disant psychologique, Descartes affecte constamment de ne pas la suivre, ne trahit-elle pas quelque préoccupalion? Les cr tiques dont nous venons de présenter l'abrégé ne renfermentelles pas 1 aveu que le véritable Descartes n'est pas ce qu'on voudrait en faire; et si, parlant constamment de ce Jrand homme nous 1^ connaissons vraiment si peu, celte ignorance ne liendrait-elle pas au jour oblique sous lequel son illustre éditeur s appliquait incessamment à le produire?
Disons les choses tout simplement ; la psychologie n'est plus chez nous qu un souvenir, et Descartes n'est qu'une enseigne Ce qui plaît en lu,, c'est qu'il est Français d'abord, puis c'es que sans soumettre la philosophie à la religion, il a su rester en bons termes avec l'autorité catholique. Il ne s'agit ni de ses méthodes ni de ses démonstrations ; il s'agit de ses croyances, on nous I a dit Descartes admet l'existence d'un Dieu perl sonnel, distinct du monde, la substantialité distincte de l'esprit et du corps, d ou ses disciples ont tiré l'immortalité de l'âme Sa philosophie n est point là du tout, quoiqu'on prétende', mais .1 faut que le spiritualisme tienne ce langage, parce que tout en repoussant de propos délibéré les charges de la philosophie, il veut en conserver et la place et le nom. Le spiritualisme n est pas une philosophie au sens historique du mot, depuis Ihalesjusqua nos jours. Il a renoncé volontairement à l'unité de conception il ne prétend pas donner l'explication des Choses. Il prétend inculquer certaines croyances qu'il envisage comme utiles et comme vraies. C'est une dogmatique élémentaire a l'usage des classes moyennes, enseignant et démontrant plus ou moins bien les principes traditionnels qui sont restés leur croyance. Tâche assurément sérieuse et grande; seulement il ne faudrait pas oublier que ces principes ont une histoire, et que cette histoire se lie étroitement a celle de la philosophie au sens d'autrefois, comme à toute I histoire de 1 esprit humain. Ces dogmes sont les piliers d'un pont sur lequel ont passé les peuples; maintenant les arches qui les unissaient sont écroulées; celui qui les voit sortir isolément des flots serait tenté de les prendre pour un obstacle à la navigation et de les faire sauter. Ceux qui s'appliquent à les préserver, sans en demander l'origine ni l'usage, sont peut-être des gens superstitieux, mais après tout leur œuvre est bonne, et la postérité leur en tiendra compte.
soi œilrVlonL'eMmmLTplîl' '^ ^PV-'/^^lité de Tâme et feiistence de Dieu : là est son œuvre solide et immortelle; là est le cartésianisme . {Histoire de la Philosophie]
LE SPIRITUALISME ET L'hISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE. 59