‹ La philosophie de Victor Hugo...: philosophie générale, théorie du progrès, applications socialesChapitre 12 sur 37 · I - - — — I- I II · texte numérisé non relu

I - - — — I- I II

(i) William Shakespeare, Liv. III.

[2) L'âne, X.

l'homme 99

respérance de pénétrer la nature exacte des principes se trouvant à l'origine des diverses branches qui sont de son domaine? La force, le mouvement, la vie, la pensée, autant de mystères devant lesquels les savants doivent s'arrêter.

C'est pourquoi Victor Hugo se croit autorisé à poser cette question : qui connaît les choses ?

« Quelqu'un voit-il le point extrême du tunnel ? Avons-nous seulement pénétré la nature?

Qu'est-ce-que la lumière et qu'est-ce que l'aimant ? Qu'est le cerveau ? de quoi se fait le mouvement ? »

Tu ne peux répondre, dit le poète à son interlocuteur supposé :

« Eh bien, sois économe D'eixiomes sur Dieu, de sentences sur l'homme. Et ne prononce pas d'arrêts dans l'infini. * (i)

Si nos moyens de connaissance théorique ne nous permettent pas d'arracher ses secrets à la réalité, nos sens ne sont pas moins défectueux. Nous ne pouvons entrer en rapports avec le monde que par leur intermédiaire et il est probable qu'avec d'autres facultés du corps aussi bien que de l'esprit, nous arriverions à découvrir des modes d'existence et des lois que nous ne soupçonnons pas. La science n'est donc pas fondée à nier d'office ce dont elle n'a pas et n'aura jamais par ses méthodes les moyens de démontrer l'inexistence.

« De votre infirmité, ditHugo, vous faites le vide;

(i) Année terrible, février y V.

lOO LA PHILOSOPHIE DE VICTOR HUGO

VOUS prenez votre limite pour la limite de la création ; vous appliquez votre brièveté à Tunivers.

Mais cette création invisible, qui vous dit qu'un jour vous ne la verrez pas?

Si vous aviez un autre organisme, est-ce que vous n'auriez pas d'autres perceptions? Si vous aviez seulement un sens de plus, croyez-vous qu'un nouvel aspect de la vie universelle ne vous serait pas révélé? Les organismes inconnus des existences ultérieures vous attendent et pourront vous faire toucher l'impalpable et voir l'incompréhensible. » (i)

Même en nous en tenant à notre organisation actuelle, rien ne prouve que l'expérience directe n'arrivera pas à nous ouvrir des perspectives certaines sur le monde inconnu. Victor Hugo parle par exemple des tables tournantes dont il s'est beaucoup préoccupé et auxquelles on s'adonnait fort dans son entourage. A notre époque, on ajouterait l'hypnotisme et divers phénomènes connexes, tels que la suggestion à distance, la divination de pensées, etc.

Pour toutes ces raisons, il est hors de doute qu'il n'est pas possible d'attribuer à la science expérimentale une compétence exclusive pour trancher les grandes questions philosophiques qui agitent l'esprit humain ; elle doit avouer elle-même son impuissance et Victor Hugo maintient contre les matérialistes, qui affectent de parler en son nom , les postulats du sentiment et de la conscience morale :

« Nul ne voit l'autre aspect du destin, le trépas; Nul ne sait rien. Alors j'ai le choix, n'est-ce-pas?...

. (c) P-os^-Scripium de ma vie, p. 189.

tf

l'homme ioi

Je veux être ici -bas libre, ailleurs responsable... Mourir n'est pas finir, c'est le matin suprême. Non! je ne donne pas la mort à ceux que j'aime! L'amour en nous, passants qu'un rayon lointain dore Est le commencement auguste de l'aurore; Mon cœur, s'il n'a ce jour divin, se sent banni. Et pour avoir le temps d'aimer veut l'infini. » (i)

En définitive, « dans la question de Timmortalite' de Tâme on voit le pourquoi, on ne voit pas le comment ». (2)

Parce que par les méthodes habituelles d'investigation sensible le comment nous échappe, le matérialiste nie l'immortalité; mais le spiritualiste s'en tient fermement à la démonstration du pourquoi et réserve le comment dans les possibilités indéfinies de la réalité , en partie inaccessibl es à la science quoique certaines. Si la science veut devenir plus complète dans les limites de notre pouvoir humain, il faut d'abord qu'elle fasse appel à l'observation interne et à l'intuition, puis qu'elle cesse de nier a priori tout un ordre de faits improprement qualifiés de surnaturels^ rien, selon Hugo, n'étant en dehors de la nature.

(1) Légende des Siècles, T. IV-LV.

(2) Posi-ScripUtm de ma vie, p. 163.

Page 1