‹ La philosophie de Victor Hugo...: philosophie générale, théorie du progrès, applications socialesChapitre 19 sur 37 · L*HOMME ET LES ÊTRES CRÉÉS I · texte numérisé non relu

L*HOMME ET LES ÊTRES CRÉÉS I

Dans ces conditions, tous les êtres participant à ce mouvement universel, s'ils laissent derrière eux un passe' sombre, s'ils ne possèdent qu'un pre'sent douloureux, sont cependant susceptibles de se développer et de se transfigurer à la clarté de Dieu.

Aussi le poète rappelle-t-il encore l'homme à son devoir d'éducateur de la nature inférieure :

<'. O dédain de la bête et mépris de la chose, Double faute de l'homme et son double malheur!... Au lieu d'être bourreau, s'il se fût montré frère,... L'homme, en butte à cette heure aux aboiements de l'om- Eût été l'aîné roi de la famille sombre. » (i) [bre,

Dans le même poème Hugo reproche à la religion chrétienne d'isoler l'homme du reste de la création, d'enseigner que l'homme seul possède une âme et que, seul, racheté par la mort du Christ, il peut aspirer à l'ascension vers Dieu et à l'immortalité. Sur ce point il se rencontre avec Schopenhauer qui remarque que la morale chrétienne n'a pas un regard pour les animaux : en effet ils ne descendent pas d'Adam et le Tout-Puissant ne leur a pas insufflé l'intelligence comme à l'argile humaine. Au contraire, dit M. Fouillée, pour la science moderne les barrières s'effacent entre les êtres vivants : sensation, intelligence, volonté existent chez l'animal comme chez l'homme, quoique moindres et en état d'enveloppement. Dès lors il y a une justice envers les animaux et par cela même une charité (2).

(1) Dieu, II- VII.

(2) Science sociale contemporaine, Liv. V, I-II.

Pour clore ce chapitre, nous citerons aussi quelque s extraits du remarquable livre de M. Boutroux : la Contingence des lois de la nature, qui se rapprochent des vues que nous venons d'exposer d'après Victor Hugo.

Si l'homme, écrit M. Boutroux, à mesure que s'accroit son empire sur la nature « est impuissant à créer des forces analogues à celles de la nature, il peut, par une série d'actions mystérieuses dont la possibilité tient sans doute à l'analogie interne des êtres, propager jusqu'à la matière l'aspiration de son âme vers l'idéal, et, en même temps qu'il se concilie les êtres inférieurs à lui, susciter un progrès que la nature n'aurait su produire. » (p. 163, 2* éd.).

« L'intervention des spontanéités supérieures, ou, sans doute, l'influence directe de l'idéal, peut tirer de leur torpeur les créatures les plus imparfaites et exciter leur puissance d'action. Ainsi, d'une part, ily a pour tous les êtres, un idéal, un modèle, parfait dans son genre, que Tentendement compose en transfigurant les essences naturelles à l'aide d'un rayon divin ; d'autre part, il y a chez tous une spontanéité appropriée à la poursuite de cet idéal. » (p. 167)

Cette dernière phrase résume admirablement l'idée maîtresse de la philosophie de Victor Hugo sur l'évolution du monde vers Dieu telle que nous l'avons exposée au chapitre IV et dont nous verrons plus loin l'application au progrès des sociétés humaines.

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