‹ La philosophie de Victor Hugo...: philosophie générale, théorie du progrès, applications socialesChapitre 2 sur 37 · CHAPITRE PREMIER Evolution des idées philosophiques de Victor Hugo · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER Evolution des idées philosophiques de Victor Hugo

Résumé historique. — La crise religieuse. — Victor Hugfo a voulu une philosophie pour régler son activité comme homme et comme citoyen. — Union intime de la théorie et de la pratique. — Importance essentielle que présentait pour lui la croyance philosophique.

Les œuvres de Victor Hugo contiennent peu de renseignements sur l'évolution de ses idées et sur la crise morale qui marqua la perte de ses convictions religieuses et leur remplacement par un système philosophique.

L'évolution de ses opinions politiques et celle de ses opinions religieuses ont suivi une marche sensiblement parallèle, et leurs états successifs se manifestent aux mêmes endroits de son œuvre. Le lien commun de toutes ses idées, du commencement à la fin de sa vie, fut la passion de la liberté; alors qu'il était encore royaliste et catholique, il provoquait déjà la révolution romantique qui était, dans l'art, le triomphe de la liberté contre la contrainte résultant des vieilles formules.

La période réactionnaire de la vie de Victor Hugo

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eM d'a.'ll::urB assez courte eî peu ini partante : c'est ccljt dt sa ^ra^'idt jeunesse. A^-ant l'âge de ';o ans, il etLÎî. en p:»l:tijue. in: bu de principes libéraux, et eu instjere rel.«:ic*i:sc. en proie au doute. Le passé ne pouvait retenir jonariemps cet esprit puissant, avide d'action, aspirant à réaliser les réformes généreuses qui constitusient comrae le proerramme des temps nouveaux.

Il professa des le de'r>ut que le poète et le penseur ont charge d'âmes, qu'ils doivent mettre leur activité au ser\ice des masses; il eut toujours le souci d'émanciper l'intelligence humaine, d'améliorer le sort matériel et moral de ses semblables, et si, après avoir cru atteindre ce but par le trône et par l'autel, suivant l'expression consacrée, il s'adressa ensuite à la démocratie et à la pure raison, son objectif n'a jamais varié. Dans le Dernier jour d'un condamne', dans Claude Gueux il parle de réformes humanitaires dont il poursuivra Texécution jusqu'à la fin de son existence.

Les Feuilles d'automne sont le premier recueil qui renferme l'expression nette de sa conversion au libéralisme politique et de ses doutes religieux. La préface décrit en traits précis l'état matériel, intellectuel et moral de l'Europe en général, de la France eu particulier, h ce moment du siècle. Hugo comprend bien l'évolution qui s'accomplit dans les institutions, les manirs, les croyances, il cherche à en iU^>;ager le sens intime et se montre de plus en plus disptisc, d abord à marcher avec son siècle, puis, quand il crut avoir pénétré le but et la nature

de cei mouvement, à le guider dans les voies nouvelles qui s'ouvraient devant rtiumanité. Soyez de votre temps, disait-il aux rois :

« C'est le peuple qui vient ! C'est la haute marée

Qui monte incessamment par son astre attirée...

Rois, hâtez-vous ! rentrez dans le siècle où nous sommes,

Quittez l'ancien rivage ! » ( i )

Quant à lui, son parti était pris de se tourner vers la liberté, vers le peuple, mais il lui fallait posséder un principe supérieur qui fût comme la source génératrice de ses opinions et de ses actes. Pendant quelque temps la religion lui parut devoir fournir cette règle suprême d'action, mais la ligne de conduite de plus en plus hostile au mouvement libéral adoptée par TÉglise romaine ne tarda pas à opérer en lui une conversion semblable à celle de Lamennais, et une fois la rupture avec l'Église consommée au point de vue social et politique, l'émancipation philosophique de sa pensée ne pouvait manquer de s'accomplir. A ce sujet, la comparaison entre Victor Hugo et Lamennais s'impose, prouvant que les mêmes causes ont agi pour produire des effets identiques sur des hommes ayant le même fonds d'aspirations généreuses; sous d'autres rapports encore, on noterait une communauté d'idées remarquable entre ces deux grands esprits.

Après les Feuilles d'automne (1831), les pièces où notre poète manifeste la destruction de ses croyances religieuses se multiplient, mais ce n'est qu'à dater

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