‹ La philosophie de Victor Hugo...: philosophie générale, théorie du progrès, applications socialesChapitre 3 sur 37 · I) III · texte numérisé non relu

I) III

du recueil des Contemplations que Ton comprend qu'il est en possession d'une formule de'finitive expliquant e't ramenant à l'unité dogmatique tout ce qui avait été jusque là de sa part expression spontanée de ses tendances intimes, et anticipation d'un système dont les parties diverses n'avaient pas encore eu le temps de se coordonner.

Les Feuilles d'Automne nous montrent que Victor Hugo n'acceptait plus les yeux fermés les solutions religieuses qui lui avaient suffi précédemment. Il doutait, il s'inquiétait devant l'énigme des choses, il voyait que la religion ne s'adaptait pas aux découvertes de la science, aux besoins modernes des individus et des peuples.

« Tout chemine ici -bas vers un but de mystère.

Où va l'esprit dans l'homme? où va l'homme sur terre?

Seigneur ! Seigneur ! où va la terre dans le ciel ?

Le saurons-nous jamais?

Où donc est la science? où donc est l'orig-ine?

Que faire et que penser ? Nier, douter ou croire ? Carrefour ténébreux! triple route! nuit noire! » (i)

Quand il chante Dieu, bien qu'il ne s'agisse plus du Dieu personnel de la Bible et de l'Évangile, ses vers marqués d'un banal optimisme, ne révèlent guère autre chose que les effusions d'une vague religiosité :

« C'est Dieu qui remplit tout. Le monde, c'est son temple. Œuvre vivante où tout l'écoute et le contemple.

(I) XX vn.

Tout lui parle et lui chante. Il est seul, il est un ! Dans sa création tout est joie et sourire.

L'étoile qui reg-arde et la fleur qui respire,

Tout est flamme ou parfum ! » ( i )

Ce n'est qu'au point de vue humain que cet optimisme facile se trouve en défaut; Hugo met . en contraste la Nature et l'Humanité, et autant la première lui paraît proclamer une immense joie, autant l'autre lui semble en proie à la désolation. Par un procédé qui lui deviendra familier, le poète imagine qu'il a une vision sur la montagne et que deux voix s'élèvent vers lui ;

« L'une venait des mers ; chant de gloire ! hymne heureux ! C'était la voix des flots qui se parlaient entre eux. L'autre, qui s'élevait de la terre où nous sommes, Etait triste; c'était le murmure des hommes.... L'une disait. « Nature! et l'autre Humanité! » (2)

Aussi ses opinions politiques sont-elles à ce moment plus nettement définies que ses opinions doctrinales. La pièce célèbre qui termine le recueil renferme une profession de foi qui fait pressentir en son entier sa vie politique : amour de la patrie et de la liberté, haine de l'oppression, mission sacrée du poète en faveur du droit et de la pitié, mise au pilori des rois meurtriers, tout le rôle militant de Victor Hugo est indiqué là ; il n'y a plus qu'à laisser se développer ces traits essentiels.

Dans les productions poétiques qui suivent,

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