CHAPITRE IX
Religion.
Rapports de l'homme avec Dieu. — Religions et Religion. — Solidarité du monde moral et du monde matériel. — Identification de la relig-ion et de la science dans l'idée de Nature. — La Providence : Dieu n'agit pas par interventions particulières. — La Justice immanente. — La Prière.
Ainsi que nous l'avons établi au début de cette étude, Hugo n'admet pas que Dieu puisse être connu et défini autrement que d'une façon très générale. 11 est l'Être universel, source de toute vie, la Lumière qui éclaiifè les âmes, l'Amour qui baigne et pénètre toutes les créatures, l'Idéal qui les attire à lui. En l'homme son reflet est la conscience, ce guide infaillible des justes. Le démontrer, l'apercevoir autrement que par une sorte d'intuition dépasse les forces humaines. Aussi prétendre lui donner un nom, une forme, lui attribuer des passions, le faire parler pour signifier avec quels rites il veut être adoré, tout cela est ridicule; les religions ne sont que de l'anthropomorphisme, des essais impuissants pour se figurer une image de Dieu.
Or Dieu n'a point d'image. Il est à la fois le grand réel et le grand inconnu; on ne peut ni le
peindre ni l'enfermer dans un dogme. Victor Hugo s'est bien souvent prononce' sur ces questions qu'il a spécialement développe'es dans le poème Religions et Religion^ et dans l'œuvre posthume : Post- Scriptiim de ma vie.
L'idée dont s'inspire Hugo est celle-ci : une religion est une traduction (i). Toute religion s'efforce de traduire le mystère universel qui préoccupe les consciences à toutes les époques, mais si le fond reste le même sous les interprétations diverses, les traductions doivent varier selon les personnes, les temps, les milieux. Les croyances religieuses suivent les progrès de l'esprit humain et évoluent depuis les formes les plus barbares jusqu'aux formes les plus hautes.
« Tel siècle, telle erreur. Telle société, tel mensonge. La chimère est proportionnelle à l'ignorance. De mauvaise foi, point. Nous parlons des fondateurs de religions, et non des exploiteurs....
Les religions sont des à peu près de l'absolu. Une religion est un masque. Mais que prouve le masque?
Le visage Une religion est une traduction mesurée
à la quantité d'âme qui est en vous. » (2)
Dans ces conditions, on peut dire que toutes les religions sont bonnes et que toutes sont mauvaises. Elles sont bonnes précisément par leur intention de traduire l'infini, de satisfaire le besoin invincible de l'âme humaine vers l'idéal. Si, au point de vue
(i) Post-Scriptutn de ma vie y p. 197.
(2) Post-Scripium de ma vie, p. 1-99-200.
philosophique elles sont plus ou moins sujettes à la critique, en fait, elles ont accompli une chose utile : « rapetisser Dieu jusqu'à l'homme, » et en somme elles l'ont mis à la porte'e des intelligences en leur fournissant toute la quantité d'infini qu'elles peuvent contenir à un moment donné (i).
Les religions sont mauvaises en ce sens qu'elles prétendent traduire exactement, définir la réalité divine une fois pour toutes, et s'imposer impérativement à la conduite des hommes :
« Pas de relig'ion qui ne blasphème un peu »
Pas de religion qui n'outrage par un côté la vérité suprême :
<' Toute relig'ion est un avortement Du rêve humain devant Têtre et le firmament.... Tous les cultes ne sont, à Memphis comme à Rome, Que des réductions de l'Éternel sur l'homme. » (2)
et le poète s'élève contre ceux qui s'imaginent avoir de la sorte représenté le mystère infini :
<' Le prêtre par l'abîme est toujours éconduit. > (3)
A ces religions toutes relatives et temporaires, « la philosophie réplique par une chose nécessaire : grandir l'homme jusqu'à Dieu. La vraie philosophie détourne des religions et pousse à la religion » (4).
(i) Posi-Scripium de ma vie, p. 200.
(2) Religions et Religion, I Philosophie,
(3) Religions et Religion, I Philosophie,
(4) Post-Scripium de ma vie, p. 200.
Le temps est venu d'e'manciper Fintelligence, de lui ouvrir un champ illimité au lieu de l'emprisonner dans les limites étroites des dogmes.
Les religions, ajoute Victor Hugo, sont encore en bas âge : « Qu'on ne s'y trompe pas, croire est une science en même temps qu'une soii. On croit d'instinct, puis on croit de logique.... Dans les religions, ce qui fait défaut, c'est l'essence même de la foi, c'est le sentiment de l'infini.... La foi, c'est l'indéfini dans l'infini. » (i)
Les religions actuelles, en circonscrivant la notion de Dieu et celle du monde, les défigurent. Elles facilitent la foi, mais aux dépens de l'idéal. En un mot, elles sont exclusives du progrès, puisque leur ensemble dogmatique est immuable et ne comporte, sous peine de sacrilège, aucune tentative de perfectionnement. Il n'y a de religion que celle qui cherche à se rapprocher de Dieu par le développement du savoir et de l'amour, par la marche libre vers la perfection morale, sans jamais tenter d'accaparer à son profit la personne divine et d'imposer en son nom une forme de culte.
« Faire un dog-me et Ty mettre ! ô rêve ! inventer Dieu ! II est ! contentez-vous du monde, cet aveu. » (2)
Cette religion fondée sur la notion de l'infini est seule indéfiniment progressive, et les religions n'en sont que des ébauches plus ou moins réussies.
(i) Post-ScripUim de ma vie, p. 239.
(2) Religions et Religion^ V, conclusion.
Mais chaque âge avance, construit son temple plus près de Dieu,
« Et le plus haut fronton se dissout dans Taurore. » (i)
Pourquoi d'ailleurs ajouter les mystères factices des dogmes aux vrais mystères de la nature? Pourquoi ces ce'rémonies devant les choses éternelles? Ne vous suffit-il pas d'ouvrir les yeux, de contempler la réalité?
< La mort créant la vie et transformant la tombe
En crèche où fait son nid l'âme, cette colombe,
Le miracle des g^az, des forces, des aimants
L'infini ténébreux plein d'éblouissements,
L'ombre ayant des soleils plus que la mer n'a d'ondes. > (2)
Au surplus, d'après Hugo, il ne faut pas séparer ces deux mots : science et religion. Ils sont identiques, « ils expriment les deux versants du même fait qui est l'infini. La Religion-Science, c'est l'a^venir de l'âme humaine ». (3)
Il y a là chez le poète-philosophe une idée très haute qui résulte de ses opinions sur l'unité fondamentale des phénomènes physiques et des phénomènes moraux dans l'univers, sur ce que doit être la science en son intégralité, sur le rôle de l'intuition dans la connaissance du monde et de ses lois.
Hugo proclame que « l'idée de la Nature résume tout»; qu'on la serre au plus près, qu'on l'aménage
(i) Religions et Religion, IV.
(2) Religions et Religion^ Philosophie^ — Cf. PostScript inm de ma v/>, p. 200.
(3) Post-Scriptum de ma vie, p. 251.
à Tétat concret, on a l'homme; dilatez-la, vous percevez Dieu.
Car il n'y a qu'une loi : « La nature n'est pas une chose et la destinée n'en est pas une autre. Il n'y a pas une loi extérieure et une loi intérieure. Le phénomène universel se réfracte d'un milieu dans l'autre. De là les apparences diverses; de là les différents systèmes de faits, tous concordants dans le relatif, tous identiques dans l'absolu. L'unité d'essence entraîne l'unité de substance, l'unité de substance entraîne l'unité de loi. Voici le vrai nom de l'Être : Tout Un. » (i)
On constate une perpétuelle transfusion de l'abstrait et du concret, tout se mêle dans le monde physique et dans le monde moral, de sorte que « chose inouïe, c'est au dedans de soi qu'il faut regarder le dehors... notre conscience semble apportée dans cette obscurité pour donner l'explication. C'est là ce qu'on nomme l'intuition. » (2)
Humanité, Nature, Surnaturalisme, dit encore Hugo, sont trois aspects divers du même phénomène, et si nous les distinguons, c'est parce que notre compréhension étant successive a besoin de division.
(i) Posi-Scriptum de ma vie, p. 258-260.
Cf. Toute la Lyre, T. I, III-XXXIX:
i Le grand Un, le g^rand Tout, l'être où Thaïes plong-eait,
Entre-croise le monde esprit au monde objet,
Et môle, en l'unité de ses lois inflexibles,
Des orbites moraux aux orbites visibles...
Il n'est qu'un tisserand, qui ne fait qu'une toile. »
2) Post'Scripium de ma i*ie, p. 237.
Qu'est-ce que rHumanité? «c'est la partie de la Nature insérée dans notre organisme. Et qu'est-ce que le Surnaturalisme? c'est la partie de la Nature qui échappe à nos organes. » (i )
En réalité, il n'y a pas de surnaturalisme, il n'y a pas de phénomènes qu'un certain esprit scientifique, aussi étroit que l'esprit des religions, ait le droit d'exclure a priori de notre examen ; par des routes diverses (dont est l'intuition), la connaissance humaine finira malgré tout par entrevoir l'infini dans la Religion identifiée avec la Science (2).
Ces opinions de Victor Hugo sur l'unité radicale du monde physique et du monde moral s'appliquent directement à la manière dont s'exerce selon lui l'action divine pour régler les conséquences des actes bons ou mauvais, en d'autres termes à la façon de concevoir l'action providentielle de Dieu.
Hugo ne croit pas à l'intervention particulière de Dieu dans les choses naturelles ou humaines ; Dieu n'est ni le Hasard, ni cette Providence qu'imaginent les prêtres.
« La destinée, dit-il, est une résultante de la
Nature. Maintenant comment cela se fait-il?
Comment l'événement fuse-t-il à travers, l'élément? Comment l'harmonie universelle peut-elle avoir des contre-coups, et qu'est-ce que ce contre-coup, le sort? Une Providence est visible; elle a pour manifestation la nécessité. Équité et Nécessité; ce
( I ) Posi-Scriptum de 7na vie, p. 238.
(2) Post-Scriptnm de ma vie, p. 237-238-250-251.
sont les deux mystérieux visages de Tinconnu. »(i) La loi est unique, mais si nous pouvons constater dès à présent que de secrètes compensations tendent à ramener l'équilibre dans le monde moral comme dans le monde physique quand il est troublé, ce n'est pas ici-bas que l'explication intégrale de cette loi pourra nous apparaître et que nous saurons
« Comment l'univers lie, en un ordre éternel, L'eng-renage moral au rouage charnel. » (2)
L'action de Dieu sur le monde ne s'exerce donc pas sous forme de miracle, de volontés spéciales ayant pour effet de changer le cours normal des événements. L'homme, par exemple, ne doit pas s'imaginer que le monde existe pour lui seul, que ses gestes, ses cris, ses guerres, troublent l'azur de leurs fracas mesquins et que le ciel soit « guelfe ou gibelin » (3).
11 doit lutter pour le triomphe du bien sans attendre que la Providence agisse pour lui. Certes, dit le poète :
< Certes je suis courbé sous l'infini profond ; Mais le ciel ne fait pas ce que les hommes font : Chacun a son devoir et chacun a sa tâche ; Je sais aussi cela. Quand le destin est lâche, C'est à nous de lui faire obstacle rudement, Sans aller déranger l'éclair au firmament. » (4)
Cela est d'autant plus vrai que généralement on
(1) Fosi-Scriptum de ma vie, p. 259.
(2) Toute la Lyre, T. I, III-XXXIX.
(3) Dieu, II-VII.
(4) Année Terrible, Novembre, VIII.
voudrait accaparer la Providence en faveur de nos petits intérêts et de nos petites passions. Ainsi, le prêtre représente les fléaux, les guerres, Tiriondation, etc., comme des châtiments particuliers envoyés par Dieu, et pourquoi? Parce que, dit-il :
« C'est juste et même salutaire Il faut bien que le ciel punisse enfin la terre. » (i)
Mais Hugo n'a pas de peine à démontrer que ces prétendus châtiments frappent plus les innocents que les coupables et que c'est outrager Dieu que de lui prêter de telles volontés.
Non, si Dieu intervient dans les choses humaines, c'est comme il le fait pour l'univers entier, par sa présence offrant un idéal aux êtres, attirant les cœurs, éclairant les âmes, provoquant indirectement la souffrance chez les auteurs du mal, la joie chez les bons et assurant par là-même la prédominance finale du bien. L'existence seule de Dieu fait, nous l'avons vu, que le mal et le bien se rémunèrent par leurs propres conséquences, car c'est en Dieu que se règle spontanément l'équilibre.
La nature inférieure, la matière et l'ombre, pèsent sur l'homme pour l'incliner vers le mal; par contre, toutes les puissances de l'amour éparses dans le monde sont d'accord avec lui pour le soutenir dans l'ascension vers le bien.
Dans le poème Dieu notarnment, il développe sa pensée en termes admirables. Rectifiant, ou plutôt
(i) Légende des Siècles : Élégie des fléaux.
complétant ce qu'il avait dit d'abord, il ajoute que Dieu regarde incessamment la vie
« Et suit des yeux le choc des bons et des mauvais.
Tout à l'heure, ô vivant terrestre, tu pouvais
Me répondre : — Oui, le ciel est g-ibelin ou guelfe;
L'astre connaît Isis et Phœbus, Thcbe et Delphe,...
Car dans toute querelle est un peu d'équité
Et dans toute lueur un peu de vérité ;
Et si la rose rouge a tort, la rose blanche
A raison ; — et cela suffit pour que Dieu penche.
Le nuage, le jour, la rosée en sueur
La comète traînant sa sinistre lueur.
Tous les êtres profonds qui passent dans l'abîme,
Sont du parti de ceux qu'on foule et qu'on opprime ;
Et, luttant pour le droit et pour la vérité,
Le faible a dans ses reins toute l'immensité. > (l)
On comprend dès lors dans quel sens Hugo peut déclarer que Feffort du juste finira par triompher d'accord avec la force des choses, conformément au mouvement d'ensemble qui pousse en avant toute la création. Ayons foi, s'écrie-t-il dans la pièce cidessus rappelée, Y Elégie desjléaux :
V Esprit humain, nul vent ne te cassera l'aile.
Jamais rien ne pourra troubler le parallèle
Entre Tordre céleste et l'humaine raison....
L'infini conscient que nous appelons Dieu
Soutient tout ce qui penche, entend tout ce qui pleure. »
C'est, en un mot, la doctrine de la justice immanente; elle est liée à celle du progrès que nous examinerons plus loin. La punition du mal, le triomphe du bien, sont conformes à la logique naturelle de l'évolution; c'est pourquoi la raison
(Ij Dieu, II- Vil.
finit toujours par avoir raison. Cette tendance commune des choses et des êtres a pour effet non seulement d'assurer l'équilibre actuel, mais surtout de préparer cette série indéfinie d'équilibres de plus en plus complexes et conscients qui s'appelle le progrès.
La mystérieuse rencontre des lois physiques et morales échappe le plus souvent aux limites étroites que notre impatience d'éphémères et notre ignorance voudraient lui assigner dans le temps et dans l'espace. Elle se réalise partiellement sous nos yeux, parfois à court délai, parfois au bout d'une longue période, mais sa réalisation complète est le but idéal assigné dans l'infini de la durée et à travers l'immensité des mondes aux efforts des êtres créés.
Remarquons-le, du reste, la justice immanente, expression de la tendance générale du monde vers Dieu, aide aux efforts du juste, mais n'y supplée pas. Elle ne dispense pas d'agir, pas plus, par exemple, que la puissance de réparation spontanée que possède tout organisme, ne nous dispense de veiller nous-mêmes à la conservation de notre vie.
La justice, comme le montre avec tant d'insistance Victor Hugo, doit être notre œuvre aussi; nous contribuerons à la réaliser, sinon toujours de suite, du moins plus tard, grâce au retentissement nécessaire de nos actes sur les milieux. Il y a coopération entre l'effort libre de l'homme et la tendance plus ou moins consciente de la nature inférieure vers le bien. La liberté humaine n'est même que l'épanouissement dans le monde visible de cette
aspiration interne de la nature, et à son tour, elle réagit sur la nature pour en accélérer la marche progressive. Nos peines ne peuvent donc être perdues; elles nous donnent une créance sur Tavenir, et Victor Hugo en a la foi, l'avenir s'acquittera. Il ne doute pas à ce sujet de ce que lui dit sa conscience et Ton a souvent cité ces beaux vers où s'affirme sa certitude :
« Je suis le créancier tranquiUe de l'abîme ;
Mon œil ouvert d'avance attend les grands réveils;...
J'ai rempli mon devoir, c'est bien, je souffre heureux,
Car toute la justice est en moi, grain de sable.
Quand on fait ce qu'on peut, on rend Dieu re^onsable,
Et je vais devant moi sachant que rien ne ment.
Sûr de l'honnêteté du profond firmament » (i).
Hugo écarte donc la notion ^ d'une providence particulière : est-ce à dire que l'homme doive rester muet devant Dieu parce qu'il n'en aura point de secours miraculeux à espérer? Nullement. En présence de l'Être éternel, les sentiments humains doivent se manifester par des hymnes d'adoration, par des actes de foi, par des prières enfin. Nous empruntons à Renouvier quelques extraits de l'exposé très complet qu'il a fait de cette question dans son livre Victor Hugo le philosophe,
« L'idée de la prière, dit Renouvier, qui ne se présente qu'avec une forme banale dans ses premiers recueils lyriques, est, on peut dire, définie, dans les Contemplations, d'une manière aussi profonde que poétique, et nous ne pensons pas qu'on puisse
(I) Année Terrible, Juillet, XII.
rendre plus fidèlement que par la me'taphore du pont sur rinfini le double sentiment de faiblesse extrême et de confiance inexplicable qui nous porte à lever les mains au ciel, à certains moments d'e'motion, indépendamment de toute croyance positive. » (i)
Renouvier cite la pièce si belle de forme et d*inspiration que tout le monde connaît (2) et il ajoute :
« La même pensée est exprimée en prose dans un passage où Tâme et Dieu sont présentés comme deux infinis doués d'intelligence et de volonté, deux moi et la prière allant de Fun à l'autre : « Mettre par la pensée l'infini d'en bas en contact avec l'infini d'en haut, cela s'appelle prier.... Certaines facultés de l'homme sont dirigées vers l'Inconnu : la pensée, la rêverie, la prière... ce sont là de grands rayonnements mystérieux. Respectons-les. » (3)
Renouvier termine ses citations par un passage des Travailleurs de la mer où l'élément d'impuissance et d'obscurité inhérent à l'émotion de la prière spontanée est particulièrement rendu {4).
« En présence de nos deux grandes cécités, la destinée et la nature, c'est dans son impuissance que l'homme a trouvé le point d'appui : la prière.... La prière s'adresse à la magnanimitié des ténèbres ; la prière regarde le mystère avec les yeux mêmes de l'Ombre, et, devant la fixité puissante de ce
(2) Contemplations, VI-I.
(3) Les Misérables, T. III, p. 294.
(4) Victor Hugo le Philosophe, p. 199.
regard suppliant, on sent le désarmement possible de rinconnu. »
La prière est œuvre sublime en même temps qu'œuvre utile, mais il faut qu'elle soit intelligente :
« Toute la question est dans la quantité de pensée qui se mêle à la prière.... Nous sommes pour la religion contre les religions. Nous sommes de ceux qui croient à la misère des oraisons et à la sublimité de la prière. » (i)
(i) Les Misérables, T, III, p. 301,