‹ La philosophie de Victor Hugo...: philosophie générale, théorie du progrès, applications socialesChapitre 26 sur 37 · RÔLE ACTIF DE VICTOR HUGO I · texte numérisé non relu

RÔLE ACTIF DE VICTOR HUGO I

lance brusquement une âme dans l'éternité quand elle est encore chargée du poids de sa faute et sans lui avoir laissé de temps de se purifier par le repentir; il veut l'instruction large pour tous, car elle est le moyen indispensable pour que l'ombre se dissipe dans les cerveaux humains et les dégage des fatalités de la matière. Il n'est pas jusqu'à la chute du second Empire qui ne soit d'accord avec ses théories sur la justice immanente et la solidarité du monde physique et du monde moral; le coup d'État, la capitulation de Sedan, lui paraissent les deux parties d'un syllogisme, la logique et la justice ayant même balance (i).

Aussi appuie-t-il constamment l'expression de ses idées politiques de considérations sur Dieu et la destinée. En quoi il est parfaitement logique, encore que ses contemporains aient été souvent déroutés et même offusqués par cette manière toute spéciale de présenter et de juger les faits.

Notre intention n'est pas d'examiner à fond les opinions de Victor Hugo comme homme politique; cette étude nous entraînerait trop loin. Nous nous contenterons de les indiquer dans les grandes lignes en insistant davantage sur certains points susceptibles de faire ressortir avec plus de netteté les rapports de dépendance étroite qui relient sa politique à sa métaphysique.

On reconnaît généralement que Victor Hugo a été l'interprète des aspirations de son temps, qu'il

(i) Histoire d'un crime, VI. La chuie.

a marché avec le siècle ; mais il est inexact d'ajouter qu'il n'a joué dans cette évolution qu'un rôle passif, qu'il n'a été qu'un écho. Ce rôle passif, Hugo Ta eu sans doute, mais pour un instant seulement, quand lui-même se comparait à une âme de cristal mise au centre de tout comme un écho sonore.

En effet, parti d'opinions politiques et religieuses appartenant aux traditions du passé, il a d'abord été en retard sur le mouvement des idées de son époque; puis il l'a rattrapé, enfm il l'a devance. La période intermédiaire à coïncidé avec les troubles de conscience que nous avons décrits au commencement de ce livre; à ce moment, il se contentait d'obéir aux impulsions libérales et généreuses de sa nature pour suivre les progrès de l'opinion publique et les traduire sans les guider. Son ambition se bornait alors à contenir la somme des idées de son temps.

Mais par la suite cette ambition s'élargit, et, dans la somme des idées de son temps, le poète voulut comprendre non plus seulement les idées formulées, courantes, mais encore celles qui étaient en germe, qui devaient mener les générations futures vers un état social plus parfait. Ayant arrêté définitivement sa philosophie, pourvu d'un idéal supérieur aux contingences de la politique, aux erreurs, aux caprices de la foule, il se considéra de plus en plus comme un voyant et comme un pasteur d'hommes.

Cette évolution a suivi une marche logique, et c'est sous l'impulsion des mêmes idées maîtresses :

Page 1