CHAPITRE XIV
Liberté et Justice.
La vie et le droit. — Pas de progrès sans la liberté. — Affranchissement matériel et moral de l'individu; lutte contre la misère; critique du collectivisme. — l'instruction ; rôle de la science ; nécessité d'un idéal supérieur aux fins terrestres. — Les libertés politiques. — L'État doit tendre au minimum d'action.
L'action politique de Victor Hugo se manifeste sous deux formes; tantôt il déploie toute sa fougueuse éloquence contre les hommes et les institutions hostiles au progrès, ce qu'il nomme les puissances de la nuit, tantôt il s'efforce de tracer le programme de liberté, de justice, d'amour, qui doit préparer le chemin à une humanité meilleure et plus heureuse.
Au fond cette double direction se ramène à l'unité, car suivant une très juste observation de M. Stapfer, « Victor Hugo n'a jamais séparé ni dans sa doctrine, ni dans sa pratique, la puissance de haïr de la puissance d'aimer. Il a bien vu qu'en vérité c'est une seule et même chose... La formule la plus simple est celle-ci :
« L'amour devient haine en présence du mal. » (i)
(l) Anfwc Terrible, Décembre, IV.
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Il est rigoureusement juste de concevoir la haine comme une souffrance de Tamour blessé. » (i)
Dans la Légende des Siècles Hugo définit encore le caractère habituel de ses écrits politiques en déclarant :
« Peuple, il est deux trésors, l'un clarté, l'autre flamme, Qu'il ne faut pas laisser décroître dans notre âme. Et qui sont de nos cœurs chacun une moitié :
C'est la sainte colère et la sainte pitié. » (2)
Suivons donc succinctement, d'après ces indications préliminaires, l'application politique et sociale des idées du poète.
Nous avons montré que pour Victor Hugo la fin de l'homme est d'arriver à réaliser librement son ascension vers Dieu par une ressemblance de plus en plus parfaite avec cet idéal de perfection, de dilater indéfiniment son être par l'union volontaire avec ses semblables et avec toute la nature. La société a pour mission, pour raison d'être, de fournir à chacun les moyens d'accomplir cette fin et de permettre à tous un développement harmonieux de leurs facultés.
Le progrès social comportera donc en fait ce programme : d'une part assurer l'affranchissement des individus dans la société parla réalisation du droit; d'autre part amener leur union en une société de plus en plus extensive et parfaite par le développement de la fraternité.
(i) Victor Hugo et la grande Poésie satirique en France, p. 9 et 12.
(2) Elégie des fléaux.
Tout individu a droit à la vie, et non seulement à la vie matérielle, mais à la vie de Tesprit.
« La vie et le droit, dit avec profondeur Victor Hugo, sont le même phe'nomène. La superposition est étroite. Qu'on jette les yeux sur les êtres créés, la quantité de droit est adéquate à la quantité dévie. De là la grandeur de toutes les questions qui se rattachent à cette notion le droit. » ( i )
Le progrès se mesure dans le monde par la quantité de vie, la puissance d'action que renferment les êtres. La plus haute expression du droit, c'est la liberté, ajoute Hugo^ et il fait remarquer que la formule républicaine indique admirablement la gradation de l'axiome social : « La liberté, c'est le droit, l'égalité, c'est le fait, la fraternité, c'est le devoir. Tout l'homme est là. » (2)
On ne peut donc rester dans le progrès en sortant de la liberté. Non, rien hors de la liberté : « Qui n'est pas libre n'est pas homme. .. Parce que la liberté a des inconvénients et même des périls, vouloir faire de la civilisation sans elle équivaut à faire de la culture sans le soleil » (3J. Et encore : « la liberté, c'est aujourd'hui l'immense soif des consciences... Toute âme veut la liberté comme toute prunelle veut la lumière. » (4)
Comme nous avons eu l'occasion de le faire remarquer précédemment, l'idée de liberté a été dès
(i) A. et P. avant. T. I. Préface.
(2) A. et P. id.
(3) William Shakespeare , p. 241 .
(4) A. et P. pendant. T-II.
le début l'inspiratrice de ses actes et c'est elle qui constitue le lien permanent entre ses opinions primitives et celles de la période démocratique de sa vie. Dans la préface des Odes et Ballades dQ 1828, il écrivait : « Espérons qu'un jour le XIX** siècle, politique et littéraire, pourra être résumé d'un mot : la liberté dans l'ordre, la liberté dans l'art. »
Du reste, a-t-il dit lui-même par la suite, jamais dans tout ce qu'il a écrit, on ne trouvera une ligne contre la liberté. Là est Tunité de sa vie. « Il cherche à faire en tout prévaloir la liberté. La liberté, c'est dans la philosophie, la Raison, dans l'art, l'Inspiration, dans la politique, le Droit. » (i) Partout, il veut l'évolution spontanée de l'homme vers le beau, le vrai et le bien, partout il combat les entraves à la manifestation libre des opinions en tant qu'elles ne lèsent pas la liberté d'autrui.
En ce qui concerne les rapports des individus avec les milieux sociaux, le premier effet du progrès doit être d'assurer leur affranchissement à la fois matériel et spirituel. 11 faut que l'individu ait les moyens de développer sa personnalité avec le minimum de contrainte et qu'il ne soit pas soumis à des conditions d'existence qui le dépriment ou le dépravent et le placent sous la dépendance plus ou moins complète de quelques-uns de ses semblables.
On connaît les campagnes ardentes de Victor Hugo pour l'abolition de l'esclavage; on connaît de même ses luttes pour l'amélioration de la condition
(i) Préface des Actes et Paroles,
économique des masses en même temps que de leur condition civile et politique.
On ne peut oublier avec quelle pitié pénétrante il décrit cette pâle foule humaine qui, 'pareille à un troupeau de brebis, s'enfuit au milieu des rafales, sous les coups des bergers et les morsures des chiens. Elle se serre, frissonnante, effarée, dépouillée de la laine qui la protège; elle va passivement où on la conduit, et sa course se perd dans Tinconnu.
Quelle morne vision offre cette troupe sur qui s'acharne le destin! Elle ne semble pas réelle, tant elle est rapide, tant les individus qui la composent ont une vie chétive et imprécise. C'est une ombre qui passe, un songe qui s'évanouit.
« Nul deuil n'est comparable à l'affreux sort de ceux Qui s'en vont ne laissant que du rêve après eux. » (i)
En effet, la misère est par elle-même une grande cause de déchéance physique et surtout morale :
« Comment peut-il penser, celui qui ne peut vivre? » (2)
et Victor Hugo a lutté pendant toute sa vie contre ce fléau.
Il croyait que si l'on ne peut abolir la souffrance en ce monde, on peut arriver à détruire la misère (3) et à préparer une meilleure distribution des richesses . Il se dit volontiers socialiste, mais dans le sens de
( I ) Le Pape.
(2) Année terrible, Juin XIII.
(3) A. et P. avant. T. II. Discours sur la misère.
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la poursuite des réformes humanitaires en ge'néral, ( i ) et non dans le sens spécial qui est attribué à ce mot par la plupart des partis socialistes, c'est-à-dire de l'abolition de la propriété privée au profit de TÉtat devenu seul maître de la production et le seul répartiteur des fruits du travail commun.
Au nom de la liberté, au nom des droits de l'individu, Victor Hugo repousse ce régime qui suppose un bouleversement chimérique de la nature humaine, veut introduire :
« Une fraternité blafarde et monacale
Entre les froids vivants que rien ne lie entre eux, >
supprime toute initiative personnelle, et assignant à tous leur casier, édicté que :
< Chacun doit à son heure entrer à l'atelier. ^ (2)
C'est le régime des monastères, contraire au progrès (3). Les vrais remèdes à la misère doivent être cherchés dans le développement rationnel de la prévoyance (4), la diffusion de l'instruction et dans les encouragements à l'esprit de libre association (3J.
Si l'affranchissement matériel de l'individu est le but des réformes sociales et politiques, c'est le déve-
(i) A. et P. pendant. T. II. Discours an Congrès delà paix de Lausanne,
(2) Uâne, VIII.
(3) L'âne. Ylll-Discours aux ^associations. Mai, 1848. A. etP. avant. T. I.
(4) Enquête sur la misère. Juin 1849. A., et P. avant. T. II.
(5) Discours aux 5 associations. A. et P. avant. T. I. La liberté du théâtre, 1849. A. et P. avant. T. I.
loppement intellectuel de Thumanité qui doit être ragent essentiel du progrès. Chasser Tignorance et les préjugés, mettre le vraij le beau, à la portée de tous, telle est Tœuvre à laquelle Victor Hugo convie les hommes d*État, les littérateurs, les penseurs, ceux en général qui peuvent- y coopérer dans une mesure quelconque.
Pourquoi Victor Hugo accorde une pareille importance à la diffusion du savoir, nous l'avons expliqué : il croit que la conscience s'élargit avec l'horizon de la pensée et que la science procure à l'homme les moyens d'atténuer au profit de l'âme la tyrannie de la matière. Dès 1830, il avait montré la nécessité d'éclairer le peuple pour le constituer un jour et le rendre apte à jouir de ses droits politiques (1). A cette époque, il avait déjà foi dans la toute puissance de la lecture pour l'éducation artistique et morale du peuple. Ces convictions n'ont cessé de grandir en lui et il les a exprimées avec une infatigable ténacité. « Quel est le grand péril de la situation actuelle, disait-il en novembre 1848? L'ignorance. L'ignorance encore plus que la misère » (2). Dans William ShakespearCy il répète : « la première faim c'est l'ignorance. » (3)
Aussi le droit à bénéficier des acquisitions sociales dans l'ordre intellectuel est-il absolu au profit de chaque être humain :
(i) Littérature et philosophie mêlées. l^Y*. 217, éd. déf. in-i8. (2) A. et P. Avant. T. I. La liberté de la presse, 3) P. 241.
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« Le germe a droit d'éclore, et qui ne pense pas Ne vit pas. » (i)
Les opinions de Victor Hugo en matière d'instruction publique se trouvent exposées dans un discours de janvier 18^0 (2) qui est resté célèbre à juste titre et qui est toujours d'actualité, car il paraît tracer un programme théorique très juste des droits et des devoirs de la société dans ce qui touche à l'organisation de renseignement.
L'idéal à atteindre était, d'après lui, l'instruction gratuite et obligatoire, obligatoire au i**" degré seulement, gratuite à tous les degrés. Il voulait qu'on établît une vaste et grandiose organisation de l'enseignement public allant de l'école du village à l'Institut de France et largement ouverte à tous. A côté de cette magnifique instruction gratuite offerte par l'Etat laïque, il plaçait sans hésiter la liberté d'enseignement pleine et entière.
Sur l'efficacité de l'instruction populaire pour préparer le progrès social, les écrits de Victor Hugo forment une mine inépuisable de citations. Il pensait que :
« L'école est sanctuaire autant que la chapelle. > (3)
et il aimait à se figurer que tout citoyen qui sait lire est perdu pour les préjugés, les utopies, les passions mauvaises. Son enthousiasme à ce sujet
(1) Les Quatre Vents de l'Esprit, I.-XXIV.
(2) A. et ^. Avant. T. II.
(3) Les Quatre Vents de VEsprit, L-XXIV.
lui ouvrait de prochaines perspectives d'une amélioration inouïe de la condition intellectuelle et morale des masses (i). Nous n'ignorons pas qu'il a poussé l'optimisme un peu loin, l'enseignement primaire obligatoire n'ayant encore nulle part produit de résultats approchant de ceux que le poète entrevoyait à travers son imagination.
Cependant l'œuvre reste bonne, et il faut y persévérer à condition de ne pas oublier que l'instruction toute seule ne possède qu'une indirecte vertu moralisatrice. Hugo lui-même l'a reconnu et s'est corrigé par endroits. En parlant de Jean Valjean, il écrit : « Dans de certains cas, l'instruction et la lumière peuvent servir de rallonge au mal. » (2)
L'instruction doit donc s'entendre, non seulement de l'étude des faits positifs, mais encore de la connaissance des vérités morales et des beautés de l'art. La science ne devient réellement bienfaisante que si les conquêtes qu'elle permet de réaliser sur la nature servent à élargir les cœurs et préparent pour l'humanité une ère de bonté et de justice :
< Toute cette raison que l'homme emmag-asine. Qu'est-ce, si tout cela ne vous rend pas meilleurs? .> (3)
Nul n'a mieux que Victor Hugo célébré les prodiges accomplis par la science, mais nul n'a mieux montré également combien la science — au sens restreint du mot — est insuffisante pour
(i) William Shakespeare, p. 79 à 81. p. 246.
(2) Les Misérables, T, I,, p, 122
(3) L'Ane, III.
assurer le progrès humain et dévoiler la réelle signification de l'univers. En face de la science qui n'atteint que le contingent, il pose Tart qui renferme un élément absolu (1), et la conscience qui éclaire l'abîme autour de nous (2). Le poème de rAne est consacré pour la plus grande partie à la démonstration de cette thèse : que le savoir poursuivi pour lui seul ne peut nous renseigner sur le problème de notre destinée et reste moralement inférieur à la foi toute simple qui se contente de regarder la nature, d'adorer et d'aimer :
« Jusqu'au jour Où la science aura pour but rimmense amour, Où partout l'homme aidant la nature asservie Fera de la lumière et fera de la vie....
Les oreilles de l^ne auront raison dans l'ombre. » (3)
La science doit donc respecter les aspirations de l'âme humaine vers l'Idéal pour servir au progrès. Or l'Idéal, c'est Dieu: «idéal, absolu, perfection infini, mots identiques. » (4)
Il n'y a pas, selon Victor Hugo, d'idéal rationnel, partant pas de progrès possible avec les doctrines qui nient Dieu; il ne conçoit pas davantage le progrès sans la persistance de la personnalité après la mort. En politique, le poète déclare que « le matérialisme est Tauxiliaire du despotisme » (5)
(i) William Shakespeare, p. 83 et suivantes.
(2) Histoire d'un crime ^ ch. X-4'" journée. — PostScripium de ma vie, p. 237. — L'Ane.
(3) L'Ane : Tristesse du Philosophe.
(4) Les Misérables, T. 115, p. 297.
(5) A. et P. préface.
parce qu'il supprime tout ce qui peut donner une valeur infinie à la personne et rend absurde l'esprit de sacrifice (i).
Les applications de ces idées sont importantes et nombreuses.
Ainsi, dans son discours de 1830 sur la liberté de l'enseignement, Hugo insistait éloquemment sur l'obligation pour ceux qui instruisent de tourner les âmes vers la vie ultérieure : « plus l'homme grandit, plus il doit croire. » disait-il, et dans la plupart de ses beaux discours prononcés sur des tombes pendant la période d'exil, il a fait ressortir que la certitude de l'immortalité de l'âme devait être, pour les hommes de la démocratie, une des conditions les plus fortes de leur foi dans le progrès (2).
Même les victoires de la Révolution française n'ont de prix à ses yeux qu'autant qu'il les considère comme ayant servi à faciliter l'ascension du genre
humain vers Dieu pendant la vie et après la mort :
< L'écroulement des rois, c'est le sacre de l'homme »
La Révolution triomphante, c'est un pas vers la défaite du mal, vers la délivrance de l'âme, et quand le poète s'aperçoit que le mouvement de la pensée moderne est quelquefois utilisé au profit de la thèse matérialiste, ce résultat lui semble
(i) Posi'Scriptum de ma vie, p. 243-244 et p. 210-21 1. (2) Sur la tombe de Jean Bousquet. A. et P. pendant. T. I. flennett de Kessler. A. et P. pendant. T. II. etc.
contradictoire, monstrueux, en opposition avec l'efiFort superbe qu'ont accompli nos pères (1).
Le succès des diverses conditions économiques, sociales et politiques qui doivent assurer la libre expansion de la personnalité humaine, s'accompagne forcément, pour Hugo, d'une constitution démocratique des sociétés et d'une forme de gouvernement républicaine. Après quelques hésitations (2), tenant ce qu'il donnait le pas aux questions sociales sur les questions politiques, il en vint de plus en plus à se représenter la République comme l'instrument indispensable de l'évolution des peuples, comme un gouvernement de droit naturel contre lequel rien ne saurait prévaloir (3).
Voilà le principe dont il s'est inspiré avec tant d'ardente conviction dans Les Châtiments, les Quatre Vents de l'Esprit, dans l'Année terrible, et qui lui a toujours permis d'opposer le droit aux caprices de la foule. Il n'a jamais admis que le seul intérêt d'une majorité pût constituer un droit contre le droit (4). La raison d'État, non plus, n'existe pas et nul ne peut l'invoquer comme prétexte d'une injustice (s).
Victor Hugo a bien compris la différence que des études sociologiques ont, depuis quelques années,
(i) La Légende des Siècles, France et Ame.
(2) A. et P., préface.
(3) A. et P. préface. Révision de la ConsiUuiion, juillet 185 1. A. et P. avant. T. II.
(4) Année terrible. Prologue. Châtiments, Liv. III. IV.
(5) Histoire d'un crime, ch. X, 4. Journée, — çf, Les Quatre Vents de l'Esprit. I. XIX,
si nettement marquée entre la foule et le peuple, et ses œuvres en portent souvent la preuve (i). Il est maintenant hors de discussion que notre poète n'a jamais été un flatteur de la foule, que s'il a exalté le peuple, c'est toujours au point de vue désintéressé et humanitaire de l'amélioration du sort des masses; loin de se traîner à la remorque des majorités populaires, il s'est efforcé de les guider vers l'idéal qu'il entrevoyait et qui dépassait certainement leur puissance d'esprit actuelle ; il n'a pas hésité, le cas échéant, à préciser les limites deleurs droits. Le prologue de V Année terrible serait à citer en entier : il trace en un magnifique langage les règles de conduite dont tout homme politique, tout penseur, doivent s'inspirer vis-à-vis de la foule (2).
(i) Année terrible : Prologue. — Légende des Siècles ^ T. IV-XLVT-XLIX. etc.
(2) Victor Hugo accordait cependant au peuple, à défaut d'une compréhension toujours exacte de ses devoirs, une certaine aptitude instinctive à se dirig^er dans le sens du progrés. Il n'y a là rien de surprenant si l'on songe que les lois du progrés expriment la tendance naturelle des êtres vers un optimum de vie. Quand cette tendance qui, chez l'homme, monte de l'instinct à la raison, se trouve exaltée sous l'influence d'une émotion d'ordre supérieur (comme lors de la Révolution française), elle est même capable de soulever les masses bien au dessus de leur niveau moral habituel et d'anticiper sur les conquêtes de l'avenir.
Le peuple se trompe souvent et tâtonne quand il s'agit des faits particuliers, parce qu'il n'est ni assez éclairé, ni assez dégagé des liens de la matière pour aller d'une marche régulière vers le bien, mais à la fin, poussé par la force plus ou moins obscure qui grandit au fond de toutes les consciences, il doit rçntrer d^ns la yoiç clroite que lui montrent les
Comme Spencer, Victor Hugo estime que les sociéte's sont appelées à réduire au minimum Faction gouvernementale (i). L'idéal, c'est que la force sociale soit l'expression directe de la coopération volontaire des citoyens parvenus à un degré de moralité suffisant pour que Tordre naisse spontanément du triomphe de la justice et de la fraternité.
penseurs. C'est ce qui expUque la confiance indomptable dans le réveil du peuple que manifestait Hug-o aux heures les plus sombres de l'exil.
(i) (j^annivers. de la Révolution de 1848. — A. et P. pendant. T. I. — Napoléon le Petit. — Conclusions, I-II.