LIVRE I. -DE DIEU
assassiner; ils recommencent chaque jour ce cercle abominable de brutalités.
Qui retiendra les grands et les rois dans leurs vengeances, dans leur ambition à laquelle ils veulent tout immoler? Un roi athée est plus dangereux qu'un Ravaillac fanatique.
Les athées fourmillaient en Italie au quinzième siècle ; qu'en arriva-t-il ? il fut aussi commun d'empoisoimer que de donner à souper; et d'enfoncer un stylet dans le cœur de son ami que de l'embrasser; il y eut des professeurs du crime, comme il y a aujourd'hui des maîtres de musique et de mathématiques. On choisissait exprès les temples pour y assassiner les princes au pied des autels. Le pape Sixte IV et un archevêque de Florence tirent assassiner ainsi les deux princes les plus accomplis de l'Europe. (Mon cher Sherloc, dites, je vous prie, à Parouba et à ses enfans ce que c'est qu'un pape et un archevêque, et dites leur sur-tout qu'il n'est plus de pareils monstres.) Mais continuons. Un duc de Milan fut assassiné de même au milieu d'une église. On ne connaît que trop les étonnantes horreurs d'Alexandre VI. Si de telles mœurs avaient subsisté, l'Italie aurait été plus déserte que ne l'a été le Pérou après son invasion.
La croyance d'un Dieu rémunérateur des bonnes actions, pnnisseur des méchantes, pardonneur des fautes légères, est donc la croyance la plus utile au genre humain; c'est le seul frein des hommes puissans qui commettent insolemment les crimes publics; c'est le seul frein des hommes qui commettent adroitement les crimes secrets. Je ne vous dis pas, mes amis, de mêler à celte croyance nécessaire des superstitions qui la déshonoreraient, et qui même pourraient la rendre funeste : l'athée est un monstre qui
ne dévorera que pour apaiser sa faim ; le superstitieux est un autre monstre qui déchirera les hommes par devoir. J'ai toujours remarqué qu'on peut guérir un athée; mais on ne guérit jamais le superstitieux radicalement ; Tathéej est un homme d'esprit qui se trompe, mais qui pense par' lui-même ; le superstitieux est un sot brutal qui n'a jamais eu que les idées des autres : l'athée violera Iphigéniel près d'épouser Achille ; mais le fanatique l'égorgera pieu-1 sèment sur l'autel, et croira que Jupiter lui en aura beau-) coup d'obligation ; l'athée dérobera un vase d'or dans une] église, pour donner à souper à des filles de joie; mais le fa-] natique célébrera un auto-da-fé dans cette église, et chan-j tera un cantique juif à plein gosier, en fesant brûler desj Juifs. Oui, mes amis, l'athéisme et le fanatisme sont les deux pôles d'un univers de confusion et d'horreur. La pe-l tite zone de la vertu est entre ces deux pôles ; marchez! d'un pas ferme dans ce sentier ; croyez un Dieu bon, et] soyez bons. C'est tout ce que les grands législateurs LockaJ et Penn demandent à leurs peuples.
Uépondez-moi, monsieur Birton, vous et vos amis Quel mal peut vous faire l'adoration d'un Dieu jointe aui bonheur d'être honnête homme? Nous pouvons tous être] attaqués d'une maladie mortelle au moment où je voiu parle : qui de nous alors ne voudrait pas avoir vécu dans] l'innocence? Voyez comme notre méchant Richard III' meurt dans Shakespeare ; comme les spectres de tous.] ceux qu'il a tués viennent épouvanter son imagination. Voyez comme expire Charles IX de France après sa Saint-' Barthélemi. Son chapelain a beau lui dire qu'il a bien fait, son crime le déchire, son sang jaillit par ses pores, et tout le sang qu'il fit couler crie contre lui. Soyez sûr que , de tous ces monstres il n'en est aucun qui n'ait
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vécu dans les lourmens des remords et qui n'ait fini dans la rage du désespoir.
Birton et ses amis ne purent tenir davantage ; ils se jetèrent au genoux deFreind. Oui, dit Birton, je crois en Dieu et en vous.
DIALOGUES D'ÉVÉMÈKE.
SJiCO>D DIALOGUIS.