‹ La philosophie de VoltaireChapitre 148 sur 196 · LIVRE II. -DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. -DE LA LIBERTÉ

et de très conséquent. Ceci ne renverse en aucune façon la liberté de Dieu : car comme Dieu est la raison même, dire qu 11 se détermine par la raison, c'est dire qu il^ se détermine par sa volonté; ce qui n'est en ce sens qu'un jeu de mots. De plus, Dieu peut prévoir ses propres actions, puisqu'elles sont asservies à l'infini, à l'excellence de ses attributs. Elles portent toujours le caractère de la perfection. Si donc Dieu est lui-même le destin, comment en peut-il être l'esclave? Et si ce Dieu qui, selon M. Clarke, ne peut se tromper, si ce Dieu prévoit les actions des hommes, il faut donc nécessairement qu'elles arrivent. M. Clarke lui-même l'avoue sans s'en aper-

cevoir.

Mon raisonnement se réduit à ce que Dieu étant l'excellence même, il ne peut rien faire que de très excellent; et c'est ce qu'attestent les oeuvres de la nature ; c'est de quoi tous les hommes en général nous sont un témoignage, et de quoi vous vous persuaderiez seul , s'il n'y avait que vous dans l'univers, b Cependant il faut se garder de juger le monde par parties; ce sont les membres d'un tout ,' où l'assortiment est nécessaire. Dire, parce qu'il y a quelques hommes malfcsans, que Dieu a tout mal fait, c'est perdre de vue la totalité, c'est considérer un point dans un ouvrage de miniature, et négliger l'effet de l'ensemble. Comptons que tout ce que nous apercevons dans la nature concourt aux vues du Créateur. Si nos yeux de taupe ne peuvent apercevoir ces vues, ce défaut est dans notre nerf optique, et non pas dans l'objet que nous envisageons.

Voilà tout ce que mon imagination a pu vous fournir sur le roman de la fatalité absolue, et sur la prescience divine. Du reste, je respecte beaucoup Cicéron, protecteur de lu

liberté, qiioiqu'à dire vrai ses Tusculanes sont de tous ses ouvrages celui qui me convient le mieux. |j

Vous ennoblissez le dieu de M. Clarke d'une telle façon que je commence déjà à sentir du respect pour cette divi-

nité.

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