‹ La philosophie de VoltaireChapitre 158 sur 196 · DE L'ENVIE · texte numérisé non relu

DE L'ENVIE

Si r homme est créé libre, il doit se gouverner ; Si l'homme a des tyrans, il les doit détrôner. On ne le sait que trop, ces tyrans sont les vices. Le plus cruel de tous dans ses sombres caprices, Le plus lâche à la fois, et le plus acharné, Qui plonge au fond du cœur un trait empoisonné, Ce bourreau de l'esprit, quel est-il ? c'est l'Envie. L'Orgueil lui donna l'être au sein de la Folie ; Rien ne peut l'adoucir, rien ne peut l'éclairer : Quoique enfant de l'Orgueil, il craint de se montrer. Le mérite étranger est un poids qui l'accable ; Semblable à ce géant si connu dans la fable, Triste ennemi des dieux, par les dieux écrasé. Lançant en vain les feux dont il est embrasé ; Il blasphème, il s'agite en sa prison profonde; 11 croit pouvoir donner des secousses au monde ; Il fait trembler l'Etna dont il est oppressé : L'Etna sur lui retombe, il en est terrassé.

.l'ai vu des courtisans, ivres de l\\usso j;loiro, Délester dans Villars l'éclat de la victoire.

Ils haïssaient le bras qui fesait leur appui ; Il combattait pour eux, ils parlaient contre lui. Ce héros eut raison quand, cherchant les batailles, Il disait à Louis : « Je ne crains que Versailles ; « Contre vos ennemis je marche sans effroi : « Défendez-moi des miens; ils sont près de mon roi. » Cœurs jaloux ! à quels maux êtes- vous donc en proie? Vos chagrins sont formés de la publique joie. Convives dégoûtés! l'aliment le plus doux, Aigri par votre bile, est un poison pour vous. 0 vous qui de l'honneur entrez dans la carrière, Cette route à vous seul appartient-elle entière? N'y pouvez-vous souffrir les pas d'un concurrent? Voulez-vous ressembler à ces rois d'Orient, Qui, de l'Asie esclave oppresseurs arbitraires, Pensent ne bien régner qu'en étranglant leurs frères ? Lorsqu'aux jeux du théâtre, écueil de tant d'esprits,

Une affiche nouvelle entraîne tout Paris ;

Quand Dufresne et Gaussin i, d'une voix attendrie,

Font parler Orosmane, Alzire, Zénobie,

Le spectateur content, qu'un beau trait vient saisir,

Laisse couler des pleurs, en fans de son plaisir :

Rufus désespéré, que ce plaisir outrage,

Pleure aussi dans un coin ; mais ses pleurs sont de rage. Hé bien ! pauvre aflligé, si ce fragile honneur,

Si ce bonheur d'nn autre a déchiré ton ocrur.

Mets dii moins à profit le chagrin qui l'anime ;

Mérite un tel succès, compose, ofVace, lime.

Le public applaudit aux vers du Glorieux * ;

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