‹ La philosophie de VoltaireChapitre 159 sur 196 · LIVRE m. — DE LA MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE m. — DE LA MORALE

Est-ce un affront pour toi? courage, écris, fais mieux ; Mais garde-toi surtout, si tu crains les critiques, D'envoyer à Paris tes aïeux chimériques ^ : Ne fais plus grimacer tes odieux portraits Sous des crayons grossiers pillés chez Rabelais.

Tôt ou tard on condamne un rimeur satirique Dont la moderne muse emprunte un air gothique, Et, dans un vers forcé que surcharge un vieux mot. Couvre son peu d'esprit des phrases de Marol ''. Ce jargon dans un conte est encor supportable ; Mais le vrai veut un air, un ton plus respectable. Si tu veux, faut dévot, séduire un sot lecteur, Au miel d'un froid sermon mêle un peu moins d'aigreur; Que ton jaloux orgueil parle un plus doux langage ; Singe de la vertu, masque mieux ton visage. La gloire d'un rival s'obstine à t'outrager ; C'est en le surpassant que tu dois t'en venger ; Érige un monument plus haut que son trophée ; Mais pour siffler Rameau, l'on doit être un Orphée. Qu'un petit monstre noir, peint de rouge et de blanc, Se garde de railler ou Vénus ou Rohan ; On ne s'embellit point en blâmant sa rivale.

Qu'a servi contre Bayle une infâme cabale? Par le fougueux Jurieu ^ Baylé persécuté Sera des bons esprits à jamais respecté ; Et le nom de Jurieu, son rival fanatique, N'est aujourd'hui connu que par l'horreur pul)liquo.

Souvent dans ses chagrins un misérable auteur Descend au rule affreux de calomniateur:

Au lever de Séjan, chez Nestor, chez Narcisse, Il distille à longs traits son absurde malice. Pour lui tout est scandale, et tourimpiété; Assurer que ce globe, en sa course emporté. S'élève à l'équateur, en tournant sur lui-même. C'est un raffinement d'erreur et de blasphème. Malbranche est spinosiste, et Locke en ses écrits Du poison d'Épicure infecte les esprits ; Pope est un scélérat, de qui la plume impie Ose vanter de Dieu la clémence infinie, Qui prétend follement, ô le mauvais chrétien ! Que Dieu nous aime tous, et qu'ici tout est bien^.

Cent fois plus malheureux et plus infâme encore Est ce fripier d'écrits*^ que l'intérêt dévore, Qui vend au plus offrant son encre et ses fureurs ; Méprisable en son goût, détestable en ses mœurs ; Médisant, qui se plaint des brocards qu'il essuie; Satirique ennuyeux, disant que tout l'ennuie ; Criant que le bon goût s'est perdu dans Paris, Et le prouvant très bien, du moins par ses écrits.

On peut à Despréaux pardonner la satire ; Il joignit l'art de plaire au malheur de médire : Le miel que cette abeille avait tiré des Heurs Pouvait de sa piqûre adoucir les douleurs ; Mais pour un lourd frelon méchamment imbécile, Qui vit du mal qu'il fait, et nuit sans être utile, On écrase à plaisir cet insecte orgueilleux, Qui fatigue l'oreille, et qui choque les yeux<

Quelle était votre erreur, A vous, peintres vulgaire<i,

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