LIVRE I. DE DIEU. gj
dont ils ne sont que très grossièrement susceptibles, c'est eelu, de a musique : nous entendons des accords oii presque tous les animaux n'entendent que des sons ; l'harmonie n est faite que pour nous; et, si les rossignols ont la voix
plus légère , nous l'avons boaucoup plus étendue et plus variée. "
La vue de l'homme est moins perçante que celle de tous es oiseaux de proie, moins pénétrante que celle de tous les insectes, auxquels il est donné de voir un univers en peut qui nous échappe; mais, placés entre l'aigle et la mouche, nous devons être contens de nos yeux; c'est un tact qui se prolonge jusqu'aux étoiles. Nous voyons par un seul trou le quart du ciel; cette propriété est assez avantageuse.
Le goût est aussi un don fait par la nature à tous les êtres vivans. Il est bien difficile de deviner quelle espèce c.t a plus gourmande et a le goût le plus délicat; on dit qu In en faut pas disputer: mais il faut convenir que sans le goût aucun animal ne penserait à se nourrir • rien ne serait insupportable comme de manger et de boire si Uieu n avait attaché à cette action autant de plaisir que'de tesoin. Le plaisir vient manifestement de Dieu. Cette vente est SI palpable, qu'il est impossible de se donner d'imaginer même une sensation agréable, qui ne soi't pas dans les organes que nous possé.lons, et que nous n'ayons pas éprouvée. ^
Enfin rendons grâces à l'Être suprême, qui nous a donne le plaisir. Probablement les astres n'en ont point ; un ciron a cet égard l'emporte sur cette foule de soleils qu. surpassent un million de fois notre soleil en gros-
LE PREMIER ADORATEUR
Mon cher frère, que le ciron et Téléphant, la matière brute, la matière organisée, la matière en mouvement, la matière sensible, rendent d'éternels témoignages au grand Démiourgos, éternellement agissant par sa nature, et de qui tout a toujours été, comme il n'y eut jamais de soleil sans lumière. Vous Tavez remercié de ce don du sentiment que vous tenez de lui, et que vous ne pouvez vous être donné vous-même ; mais vous ne l'avez pas remercié du don de la pensée. L'instinct et le sentiment sont divins sans doute. C'est par instinct que se forment tous nos premiers mouvemens, et que nous sentons tous nos besoins. Mais les choses sont tellement combinées, que, si les autres animaux sont doués d'un instinct qui surpasse le nôtre, nous avons une raison qui surpasse infiniment la leur. En mille occasions fiez-vous à votre chien, et même à votre cheval ; que l'Indien consulte son éléphant : mais en mathématiques consultez Archimède. Dieu a donné à la matière brute la force centripète, la force centrifuge, la résistance et le ressort ; c'est là son instinct, il est incompréhensible : celui des animaux l'est aussi ; mais la pensée est encore plus admirable. La faculté de prédire une éclipse et d'observer la route des comètes semble, si on l'ose dire, tenir quelque chose de la puissante intelligence du grand Être qui les a formées. C'est bien là que nous paraissons n'être qu'une émanation de lui-même.
Toute matière a ses lois invariables de mouvement; toute espèce chez les animaux a son instinct, presque toujours assez uniforme, et qui ne se perfectionne que jusqu'à des bornes fort étroites : mais la raison de l'homme s'élance jusqu'à la Divinité.
Il est très certain que les bêtes sont douées de la faculté