LIVRE I. —DE DIEU. U
que les germes pourrissent pour produire, car ces bêtises ne se disent plus.
(L'assemblée sentit la vérité de ces preuves plus vivement que tout le reste, parce qu'elles étaient plus palpables. Birton disait entre ses dents : Faudra-t-il se soumettre à reconnaître un Dieu ? Nous verrons cela, pardieu ! c'est une affaire à examiner. Jenni rêvait toujours profondément, et était touché, et notre Freind acheva sa phrase :)
ISon, mes amis, nous ne fesons rien ; nous ne pouvons rien faire : il nous est donné d'arranger, d'unir, de désunir, de nombrer, de peser, de mesurer ; mais faire ! quel mot ! il n'y a que l'Être nécessaire, l'Être existant naturellement par lui-même, qui fasse; voilà pourquoi les charlatans qui travaillent à la pierre philosophale sont de si grands imbécilles, ou de si grands fripons. Ils se vantent de créer de l'or, et ils ne pourraient pas créer de la crotte.
Avouons donc, mes amis, qu'il est un Être suprême, nécessaire, incompréhensible, qui nous a faits.
BIRTON.
Et où est-il, cet Être? s'il y en a un, pourquoi se cachet-il? Quelqu'un l'a- L-il jamais vu? doit-on se cacher quand on a fait du bien?
FREIND.
Avez-vous jamais vu Christophe Wren, qni a bâti Saint- Paul de Londres ? Cependant il est démontré que cet édilice est l'ouvrage d'un architecte très habile.
BIRTON,
Tout le monde conçoit aisément que Wren a bâti avec beaucoup d'argent ce vaste édifice, où Burgess nous endort quand il prêche. Nous savons bien pourquoi et comment
nos pères ont élevé ce bâtiment; mais pourquoi et comment un Dieu aurait-il créé de rien cet univers? Vous savez l'ancienne maxime de toute antiquité : Rien ne peut rien créer, rien ne retourne à rien. C'est une vérité dont personne n'a jamais douté. Votre Bible même dit expressément que votre Dieu fit le ciel et la terre, quoique le ciel, c'est-à-dire l'assemblage de tous les astres, soit beaucoup plus supérieur à la terre que cette terre ne l'est au plus petit des grains de sable ; mais votre Bible n'a jamais dit que Dieu fit le ciel et la terre avec rien du tout : elle ne prétend point que le Seigneur ait fait la femme de rien. Le chaos existait, selon la Bible même, avant la terre ; donc la matière était aussi éternelle que votre Dieu.
(Il s'éleva alors un petit murmure dans l'assemblée; on disait : Birton pourrait bien avoir raison ; mais Freind répondit :)
Je vous ai, je pense, prouvé qu'il existe une Intelligence suprême, une Puissance éternelle à qui nous devons une vie passagère : je ne vous ai point promis de vous expliquer le pourquoi et le comment. Dieu m'a donné assez de raison pour comprendre qu'il existe; mais non assez pour savoir au juste si la matière lui a été éternellement soumise, s'il l'a fait naître dans le temps. Que vous importe l'éternité ou la création de la matière, pourvu que vous reconnaissiez un Dieu, un Maître de la matière et de vous? Vous me demandez où Dieu est; je n'en sais rien, et je ne dois pas le savoir. Je sais qu'il est; je sais qu'il est notre maître, qu'il fait tout, que nous devons tout attendre de sa bonté.
BIRTON.
De sa bonté! vous vous moquez de moi. Vous m'avez dit : Servez-vous de vos yeux ; et moi je vous dis : Servez-