‹ La philosophie de William JamesChapitre 8 sur 11 · Rejet du Monisme · texte numérisé non relu

Rejet du Monisme

Représentez-vous maintenant, Messieurs, l'étudiant en médecine ou le jeune professeur de physiologie William James, dans sa soif jamais assouvie de connaître, abordant en ses loisirs le champ de la philosophie pour y chercher la réponse aux énigmes de l'univers.

Il s'y trouve dès l'abord en présence d'une légion de bruyants pontifes, tous parfaitement sûrs d'euxmêmes, chacun prônant son système comme le seul légitime, le seul conforme aux exigences de la raison. Une vraie foire : on ne sait à qui entendre et la tète vous tourne. Cependant, en y regardant de plus près, on découvre entre toutes ces doctrines disparates un certain air de famille, un trait commun, en ce qu'elles tiennent unanimement la réalité qui nous entoure, dans son infinie complexité, pour la manifestation d'un principe unique, d'où tous les

phénomènes particuliers découlent avec une inéluctable nécessité. Ces philosophies, en d'autres termes, sont toutes des monismes déterministes, proclamant à qui mieux mieux que l'Univers entier constitue, suivant l'expression célèbre de d'Alembert, « un seul fait et une grande vérité ». C'est seulement lorsqu'il s'agit de qualifier ce fait unique et cette vérité suprême que l'accord cesse entre les métaphysiciens modernes qui se partagent la grande vogue, pour ne parler que de ceux-là.

Spinoza, leur ancêtre commun, vous dira que la réalité fondamentale est la Substance infinie, cause de soi et existant par soi, dont résultent comme autant de modes particuliers, et avec la même nécessité que les propriétés du triangle résultent de sa nature, tous les détails de notre expérience, y compris nos décisions et actions volontaires, lesquelles ne sont donc pas plus libres, au fond, que les mouvements de la girouette sous le caprice du vent. — Pour son antagoniste Leibniz, le principe suprême est Dieu, qui a créé tous les êtres dans une harmonie préétablie où le développement futur de chacun est réglé à l'avance, sans écart possible» comme la marche d'une pendule bien construite. — Les sectes matérialistes ou naturalistes aux mille nuances, les Bûchner et les Spencer, les Haeckel et les Ostwald, etc., font dériver tout le processus cosmique soit du choc des Atomes, soit de la différenciation de la Matière, soit des transformations de l'Energie, suivant un mécanisme infrangible auquel

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