XXXVIII INTRODUCTION
sur une pratique chirurgicale; Eudoxe, astronome aussi bien que médecin ; et Ghrysippe (de Cnide), son disciple (1). Tous ces médecins avaient sans doute écrit. On attribue à. Euryphon les Sentences cnidiennes, éditées deux fois, la seconde avec des changements notables (2) ; quel qu'en soit l'auteur, cet ouvrage, cité et critiqué par Hippocrate (3), nous fournirait certainement de précieuses données. On attribue encore à Euryphon, ou tout au moins à son école, le traité Des affections internes, le 2° livre du traité Des maladies, et peut-être le traité Du régime des gens en santé, égarés dans la Collection hippocratique. Dans ces divers ouvrages, et surtout dans les deux premiers, on voit h l'œuvre ce qui paraît avoir été la méthode propre des médecins de Gnide, savoir l'observation pure et simple , l'observation enfermée dans le détail des cas particuliers. On s'arrête, pour ainsi dire, à chaque symptôme, et on compte autant de maladies différentes que de symptômes différents. Le traité Des affections internes nomme et décrit quatre phthisies, quatre maladies des reins, quatre hydropisies, trois hépatites, cinq maladies de la rate, quatre ictères, six espèces de typhe (fièvre inflammatoire?), trois espèces de passion iliaque, quatre espèces de grossissement (du ventre), quatre espèces de sciatique , trois espèces de tétanos, etc. On trouve des énumérations analogues dans le traité Des maladies ; le traité Du régime des gens en santé présente encore le même caractère. Le
(4) HoudarJ, Ibid.; - Sprengel, t. I, p. 276, 286, 365, 447.
(2) Galien cité par Littré, 1. 1, p. 8.
(3) Galien l'avait encore sous les yeux.
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particulier, sans rien de général ; l'observation, qui constate les faits sur les individus, sans le raisonnement qui, éliminant l'accidentel, détermine de véritables espèces morbides. C'est du reste le reproche qu'Hippocrale adresse à la médecine cnidienne, au commencement du traité Du régime dans les maladies aiguës. « Ceux qui ont recueilli les Sentences cnidiennes, dit-il, ont bien décrit les symptômes dans chaque maladie particulière, et sa terminaison ; mais le premier venu, sans être médecin, en ferait autant, en s'informant près des malades de ce qu'ils éprouvent. Il est des choses que le malade ne peut dire, que le médecin doit savoir, et sans lesquelles on ne connaît ni le mal ni le remède qui lui convient. » Voilà de visibles traces d'une lutte dont l'histoire a consacré le souvenir entre Cnide et Gos, et dont la méthode à suivre dans la détermination des maladies et des remèdes aurait été le principal objet. De sorte qu'il y a lieu dépenser que Euryphon et les Cnidiens ont eu leur logique médicale, ce qui est une manière d'avoir une philosophie.
La philosophie médicale, si Ton peut ainsi parler, gagne du terrain avec l'école de Cos, autrement dit avec Hippocrate, qui la représente glorieusement.
Cette école, qui est sans contredit la grande école médicale de l'antiquité, est encore enveloppée d'ombres que ni l'érudition ni la critique ne sont en mesure de dissiper. La famille hippocratique, qui en est le centre et la lumière, est à peu près connue dans ses représentants et leur ordre chronologique. Un historien ancien, y mettant la dernière précision, et par cela même un peu suspect, nous donne la généalogie suivante : « Esculape , père de Podalire,
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père de Sostrato I", père de Dardanus, père de Chrysamis I", père de Théodore I", père de Sostrate II, père de Chrysamis II, père de Théodore II, père de Clomiltadès, père de Soslrate III, père de Nehrus, père de Gnosidicus, père d'Hippocrate I1 père d'Héraclide, père d'Hippocrate le Grand. ■■ Nous avons, d'autre part, les noms des successeurs immédiats d'Hippocrate , savoir Polybe , son gendre, Thessalus et Dracon, ses deux fils. Mais dans l'école do Cos , comme dans les autres écoles asclépiadéeiines, il y avait, outre les Asclépiades de naissance, les Asclépiades par initiation. Or, de ceux-là, on ne cite qu'un seul, Apollonidès. Voilà une singulière lacune. Et puis, les noms propres ne sont pas tout, il y a les doctrines et les œuvres où elles sont consignées. Or il est absolument impossible de partager ce qui subsiste des théories et des écrits de lt médecine de Cos entre les divers membres, soit de l'école, soit de la famille d'Hippocrate. C'est tout au plus si l'on peut attribuera Polybe le traité De la nature humaine. Il est arrivé ceci : Hippocrale a jeté un tel éclat que sa famille a fini par absorber l'école, cl lui sa famille. Il est devenu à lui seul toute la médecine de Cos. On lui a tout rapporté. Les ouvrages de sa famille et de son école sont devenus ses propres ouvrages. Et c'est là la Collection hippoeratiqtte, du moins dans ce qu'elle a de vraiment hippocralique.
A cette distance où nous sommes, l'Hippocrale de la tradition n'est donc pas l'Hippoerate de la réalité. C'est moins un individu qu'une famille, moins une famille qu'une école. C'est un cycle. Et il ne faut oublier qu'en lisant Hippocrate, c'est l'école de Cos
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qu'on lil ; qu'en analysant la philosophie d'Hippocrate, c'est la philosophie de l'école de Gos qu'on analyse.
Or, ainsi compris , Hippocrate allie dans une large mesure la philosophie à la médecine.
Non qu'il se livre, en dehors de la médecine, aux recherches propres aux philosophes. Ce grand médecin sait se montrer grand philosophe sans cesser d'être médecin exclusivement. Sa philosophie , c'est la philosophie de la médecine. Il ne traite pas de la logique en général, mais de la logique du médecin ; ni de la morale en général, mais de la morale du médecin ; ni de la physique en général , mais de la physique du médecin (c'est-à-dire de la physique circonscrite dans les limites de la nature humaine et des choses utiles ou nuisibles à la santé). Il a une logique médicale, une morale médicale, une physique médicale , constituant une philosophie médicale : rien de plus. Il ne sort pas de là. Mais sur ces objets particuliers, nettement définis, il a des vues admirables en des ouvrages profonds.
Dans le traité De V ancienne médecine, il établit la réalité et l'antiquité de la médecine comme art ; son origine, qu'il place dans l'observation des aliments et de leurs effets, soit sur les gens en santé, soit sur les malades; sa méthode, qui consiste toute dans l'expérience, laquelle constate les faits, et le raisonnement, lequel en tire les conséquences ; sa condition, qui est de s'abstenir des recherches générales sur la Nature, à la manière d'Empédocle, et de se borner à l'étude des rapports des objets à la santé.
Dans la Loi, il traite de la dignité de l'art médical, compromis par les mauvais médecins; des disposi-