‹ La philosophie des médecins grecsChapitre 29 sur 83 · INTRODUCTION . XLVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION . XLVII

entrée dans cette voie, la médecine n'en pouvait guère sortir, et de fait elle y est toujours restée (1). Une indication de Galien (2) recueillie par Sprengel (3) nous apprend qu'un de ces médecins, Mantias, avait écrit un traité Des devoirs du médecin, et rien ne prouve qu'il ait été le seul.

Dans le champ de la physique, et je dirais volontiers dans le champ médical de la physique, il ne se peut pas que les dogmatiques n'aient pas rencontré et plus ou moins discuté plusieurs questions philosophiques. Ils avaient fondé Tanatomie, Tanatomie directe, qui observe l'homme sur l'homme, par la dissection de cadavres humains (4). Ils avaient étudié spécialement le système nerveux et y avaient fait de précieuses découvertes. Gela les menait tout droit à la philosophie ou, comme nous disons aujourd'hui, à la psychologie ; car, entre le système nerveux et l'âme, les rapports sont trop étroits, ou même trop intimes, pour qu'on puisse s'occuper beaucoup du premier, sans s'occuper en quelque mesure de la seconde. Et, en etfet, les rares documents que nous pouvons consulter nous montrent tous ces médecins soucieux de déterminer le siège de l'âme, l'agent de la sensibilité et du mouvement. Hérophile ouvre la marche, ici comme ailleurs. Il avait reconnu le rôle psychique du système nerveux, et constaté que c'est par lui que nous imprimons le mouvement et rece-

(1) On écrit encore aujourd'hui des traités de morale médicale, témoin le livre récent : Le Médecin; Devoirs privés et publics, de M. Dechambre.

(2) Commentaire de l'off. du médecin.

(3) Hist. de la méd., t. I, p. 453.

(4) Celse, Dj re medica, sub initio.

vons la sensation (1). Il avait môme suivi la sensation de nerf en nerf jusque clans le cerveau, et plus précisément jusqu'à la partie postérieure de la voûte à trois piliers, où la sensibilité aurait son siège et son foyer (2). — Erasislrate avait pris le môme chemin. Il avait aussi rapporté la sensibilité et le mouvement aux nerfs, comme à leurs instruments, au cerveau, comme à leur centre- Il s'était même d'abord trompé, puis corrigé, sur ce point particulier. Il avait cru, étant jeune, que les membranes qui enveloppent les nerfs et le cerveau en sont la partie essentielle ; mais, devenu vieux, et plus libre de disséquer et d'observer, il avait rendu à la substance intérieure du nerf et du cerveau sa juste importance, et reconnu que c'est par elle qu'ont lieu les actions psychiques (3). Est-ce lui qui avait d'abord fait résider l'âme dans les méninges (4), ce qui semble assez conforme à sa première opinion ; et l'a-t-il ensuite fait résider dans le cerveau même, ce qui semble conforme à la seconde? Celte dernière supposition ne paraîtra pas douteuse, si l'on songe à cette vue d'Erasistrate, rapportée par Galien: il avait semblé à ce grand anatomisle-psychologue qu'il existe un rapport naturel entre les circonvolutions cérébrales et l'intelligence (5) , et que, si l'intelligence humaine a des facultés plus hautes, c'est que le cerveau humain a un développement plus

(1| Rufus, De apellat. part., c. li. 1. II. (2| Galien, De l'tiKugn des parties, 1. VIII. (3) lu., Des dogm. d'Hipp. et de Plat., 1. MU, cli. : (4> Id., De l'ut, des pari., 1. I, ch. vm. I5j On ne s'attendait pas Ci trouver si loin dans premier unti'ivileul d>' lu phrénologie.

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