INTRODUCTION. LXI
en se rencontrant, qui se résolvent en une multitude de fragments, lesquels se meuvent à leur tour et par leurs combinaisons forment les choses sensibles , ce ne sont plus les atomes d'Epicure, ni même des atomes quelconques. Des corpuscules qui se divisent ne sont pas des éléments indivisibles. Et Ton est amené à se demander si ce n'est pas par inadvertance que Cœlius Aurelianus emploie ici le mot atome, si parfaitement impropre. Galien, dans le traité De lusaqe des parties, emploie constamment le mot Svxot (molécules) pour désigner les éléments d'Asclépiade, et ailleurs il lui arrive d'écrire oioiyda. avapjjta (les éléments inharmoniques). Ces expressions sont aussi justes que celle de Cœlius Aurelianus Test peu. Je dois toutefois mentionner une conjecture de M. le Dr Raynaud(l) : les i^zi seraient les fragments résultant du choc des corpuscules , les orot/eta avap^a seraient les corpuscules eux-mômes, et enfin ces derniers supposeraient avant eux les atomes , dont ils seraient les premières et imparfaites combinaisons. Mais les textes ne se prêtent pas à cette interprétation. Ce sont proprement les corpuscules que Cœlius Aurelianus désigne par le mot atomes , et dans la langue de Galien les 87x01 et les axoi/eia âvapjxa sont dans le système d'Asclépiade ce que sont les atomes dans celui d'Épicure. Il reste donc qu'Asclôpiadc a modifié sur ce point capital la doctrine du maître, sans qu'on sache ni pourquoi ni comment. Pour dissiper cette obscurité , qui enveloppe comme un nuage le point de départ de la doctrine de notre
faciant sensibilia, autp?,r magnitudinem sui, aut per multiludinem, aut per schéma, aut per ordinem. » (4) Ch. iv.
LXH INTRODUCTION
médecin philosophe, il faudrait pouvoir lire son Jlepi GTOi)£e£u)v (1).
Pour Asclépiade comme pour Épicure, la nature n'est que l'ensemble des corpuscules, molécules ou atomes et de leurs combinaisons, les éléments des corps et les corps, les principes de l'univers et l'univers. Elle n'est pas une force intelligente, car les corpuscules, les molécules ou les atomes se meuvent, s'agrègent, se désagrègent au hasard; et elle n'est pas même une force aveugle, car il n'y a rien autre chose dans les corpuscules, les molécules, comme dans les atomes, que la forme et le mouvement. Tous ces points sont communs au maître et au disciple. Mais, sur le dernier, il paraît qu'Asclépiade était plus explicite, plus exclusif qu'Épicure. Épicure, sans admettre la force ou les forces naturelles, admettait cependant les faits qui semblent en dénoncer l'existence, sauf à les expliquer selon ses principes. Il admettait, par exemple, que le fer est attiré par l'aimant, que la paille est attirée par l'ambre. De cette double attraction , il rendait compte à sa manière, par des rapports de configuration entre les atomes du fer et de l'aimant, entre les atomes de la paille et de l'ambre. Asclépiade était plus radical : il niait les faits, si évidents qu'ils fussent, au nom de la doctrine. Il niait l'attraction, il niait toute propriété, il niait toute force, parce que sa doctrine ne lui paraissait comporter ni attraction, ni propriété, ni force. Et Galien, qui nous a conservé ces renseignements (2), conclut un peu témérairement et sans
(1) Ou bien le traité perdu de Galien, en 8 livres, Des dogmes d1 Asclépiade.
(2) Lire, Des facult, nat., 1. I, tout le chapitre iv.