‹ La philosophie des médecins grecsChapitre 42 sur 83 · INTRODUCTION*. LXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION*. LXVII

pores. Méthode très-simple, comme on le voit, et qui devait naturellement conduire à une thérapeutique non moins simple (1).

Mais, dans cette méthode si simple, il y avait cependant encore une certaine complexité. Asclépiade distinguait, dans les maladies, le flux des molécules, lesquelles peuvent être trop grandes, ou mal conformées, ou trop nombreuses, ou trop rapides, et les conduits par où elles cheminent, lesquels peuvent être infléchis ou bouchés ; il distinguait également, dans les maladies, outre ce qu'elles ont de commun, certains traits particuliers, dont il tenait compte dans le traitement (2). L'originalité de Themison est d'avoir effacé ces distinctions. Sans se préoccuper de la grandeur , de la figure , du nombre, de la rapidité des molécules en circulation, il ramène tout à l'état des pores, dans lesquels on ne peut noter que deux modifications anormales : un trop grand resserrement, ou un trop grand relâchement. Sont-ils trop resserrés, les molécules ne circulent plus, ou avec trop de difficulté et de lenteur ; sont-ils trop relâchés, les molécules circulent trop vite ou s'échappent en trop grande abondance. D'où trois espèces de maladies seulement : les maladies par resserrement, les maladies par relâchement, les maladies mixtes, les pores d'une partie pouvant être dans le même instant trop resserrés, et ceux d'une autre partie trop relâchés. Quant aux caractères individuels des maladies , Themison les négligeait aussi, ne retenant d'autre différence que celle des maladies aiguës et des

(1) Il la réduisait au régime et au mouvement »ou« toutes les forme» (Id.; ibid*).

(2) Voir Raynaud, ch* V*

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maladies chroniques, lesquelles rentrent toutefois dans la classili cation précédente, les maladies aiguës se rapportant au genre resserré, et les chroniques au genre relâche (1).

II arrivait ainsi à la théorie des affections communes, ou communautés (xaiviTirceç) , qui est proprement la méthode du méthodisme. Comme avait dû le faire Asclépiade, mais sans doute avec plus d'insistance, il prenait position entre le dogmatisme et l'empirisme, ou plutôt contre l'un et l'autre à la fois, en opposant au premier, égaré à la recherche des causes cachées , l'évidence des affections communes, et au second, ahtmé dans la multiplicité des maladies particulières, la communauté des affections évidentes. Carie resserrement et le relâchement sont dos affections à la fois communes et évidentes : communes, puisque toutes les autres se ramènent à celles-là; évidentes, puisque le resserrement et le relâchement sont des états qui se révèlent par des signes extérieurs et visibles (2). Or ces affections communes et évidentes, ces communautés évidentes, sont proprement des indications. Biles indiquent naturellement le remède. 11 est trop clair en effet qu'il faut, dans le cas de resserrement, relâcher, et, dans le cas de relâchement, resserrer, sans s'inquiéter jamais de la cause de l'affection, puisque c'est l'affection qui fait la maladie et que, quelle qu'en soit la cause, elle est ce qu'elle est, resserrement ou relâchement. Toute la thérapeutique est là; et quand elle a tenu compte, dans le traitement de l'affection, c'est-à-dire de la

(lj Celse, De re medica, prief., eu6 flng. (2) Galien, lntroducl. ou du «éd., en, ut. Voir en outra les traités de logitnie médicale.

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maladie, des trois moments de celle-ci, l'accroissement, le summum et le déclin,» elle a fait tout ce qu'elle doit (1). Pas plus que la cause, la conformation des organes, le siège du mal, l'état des forces et Tâge du malade, la saison et le climat ne lui importent (2). L'affection et rien que l'affection ; c'est elle et rien qu'elle qu'il faut combattre par les médications contraires.

Voilà dans ses principaux traits la méthode conçue et pratiquée par Themison. Était-il entré dans plus de détails? On voit dans les traités de logique médicale de Galien que les méthodiques, pour déterminer dans chaque cas particulier de resserrement et de relâchement le traitement approprié , introduisaient des communautés secondaires ou additionnelles (3). On y voit également que les méthodiques, toujours pour accommoder le traitement aux variétés et aux variations que présentent les affections commun es , après avoir distingué , comme tous les médecins , les temps de la maladie (4) et les temps du traitement (5) , prétendaient établir entre les uns et les autres un accord invariable et transformer ainsi les premiers en

(1) Celse, ibid.; Gai., ibid.

(2) Je dois toutefois noter ici une contradiction entre Celse et Galien ; tandis que celui-ci affirme partout que les méthodiques ne tenaient compte ni de la saison ni du climat, Celse écrit : o Les méthodiques conviennent qu'il faut avoir égard à la saison et au climat. » Mais c'est évidemment Galien qui est dans le vrai.

(3) De la meill. secte, à Thrasyb., ch. xxxiit.

(4) On appelle ainsi la marche de la cause morbide, ou le progrès de l'affection.

(5) On appelle ainsi les moments opportuns pour appliquer les remèdes.

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