LXXIV INTRODUCTION
Théorie logique suivant Chrysippe, Premières syllogistiques de Ckrysippe, Secondes syllo gis tiques de Chrysippe, Que les analyses géométriques l'emportent sur celles des Stoïciens (1). Comme on en peut juger par ce dernier énoncé , et comme il nous l'apprend en toute occasion , nourri aux mathématiques dès son enfance, Galien était arrivé à concevoir comme la vraie méthode universelle la méthode de démonstration des péripatéticiens et des stoïciens, mais mathématiquement corrigée et amendée, et il l'appelait la méthode de démonstration géométrique ou linéaire. Or cette méthode, il l'avait exposée, par morceaux, si je puis ainsi dire, dans une multitude d'écrits : Des choses requises pour la démonstration Des démonstrations équivalentes , Théorie de la démonstration, De Vusage des syllogismes, Des propositions contingentes et des syllogismes contingents, Des syllogismes formés de propositions mêlées (2), etc.; et dans sa totalité et sa suite, ainsi que dans ses applications diverses, et singulièrement à la médecine, dans son magistral traité De la démonstration, en quinze livres (3).
La question des devoirs professionnels du médecin, débattue à. tous les points de vue, et à maintes reprises , dans l'âge hippocratique , agitée encore dans l'âge suivant, on s'en souvient peut-être, peutelle n'avoir pas sollicité la plume si féconde et si
De mes propres écrits, disant ch. xi : a Je n'ai rien écrit sur les dix catégories, » et inscrivant, ch. xv, parmi ses œuvres aristotéliques un commentaire sur les dix catégories en 4 livres.
(1) De mes propres écrits, ch. vi.
(2) Ibid., ch. xi, xn, xv.
(3) Ibid.
INTRODUCTION. LXXY
alerte de Galien? On s'étonnerait à bon droit de ne pas la voir traitée dans une si vaste encyclopédie, par un esprit si universellement curieux ; d'autant plus que les médecins de ce temps-là étaient loin d'être devenus irréprochables. Pline nous peint leur charlatanisme effronté avec une singulière énergie. Galien lui-même s'exprime avec force sur l'ignorance et la mauvaise foi de beaucoup d'entre eux ; sur leur habitude d'en imposer aux simples par leur toilette, leur luxe, leur cortège; sur leurs rivalités, leurs luttes, leurs violences, voire même leurs crimes (1). Gomment n'eût-il pas éprouvé le besoin de les rappeler à la vérité, à la simplicité et à la modération ! J'estime donc que plus d'un , parmi les traités inscrits par Galien sur la liste de ses œuvres morales, est, malgré l'insuffisante clarté du titre, un traité de morale médicale , inspiré par les circonstances. Je lis d'abord ces deux titres presque identiques : Discours contre les sectes et Discours contre les sectes tenus sous Pertinax : qu'ils fussent en effet deux ouvrages , ou le même deux fois cité par mégarde, ces discours contre les sectes, puisqu'ils appartenaient à la morale , ne pouvaient être que des exhortations aux médecins de sectes différentes à se supporter patiemment. Nous savons par Galien lui-même que les sectes avaient vécu et vivaient dans un état d'hostilité perpétuelle. De son temps % et à Rome, on pouvait tout craindre de leurs fureurs (2) ; de tout temps et partout , elles s'étaient injuriées réciproquement. Chiens enragés, imbéciles
(1) De prœcognilionc, ch i, iv.
(2) lbid., ibid.
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enragés, telles étaient les aménités qu'elles se renvoyaient. Hippocratelui-meme n'était pas épargné (1). Il n'était donc pas sans opportunité de leur conseiller le calme et de lour prêcher la paix. Ce devait être l'objet des Discours contre les sectes. Ne clevaitce pas être aussi celui d'un aulre traité intitulé De la concorde? De quelle concorde Galien pouvait-il s'inquiéter, si ce D'est de la concorde entre des médecins si belliqueux ? Et quand il écrivait un traité De ta discussion, un traité De la calomnie, ne songeait-il pas encore à ces médecins toujours prêts à donner à leurs raisons le supplément du mensonge et de l'insulte ? Et quand il écrivait un traité De la compétition de ceux qui fo/U montre de leurs auditeurs, un traité Jusqu'à t/uet point il faut poursuivre l'honneur et la gloire auprès du vulgaire, des Discours contre les flatteurs, ne songeait-il pas encore et toujours à ces mêmes médecins, qui se faisaient suivre par des cortèges de clients et d'admirateurs, qui s'efforçaient de séduire la foule par tous les moyens, môme la flatterie? M'est-il pas fort naturel de supposer que le traité De la pudeur visait les médecins qui profitent des occasions de l'offenser, et le Iraité Des testaments ceux qui ont l'art de s'y ménager une place? La captation était trop en usage à Rome pour que les médecins en fussent tout à fait exempts; et, quant à la réserve à laquelle ils sont "tenus envers les femmes, on ne peut douter qu'ils ne s'en affranchissent souvent : témoin les amours d'Eudême, disciple d'Asclépiade, et de Sivilla, bellefille de Tibère. Je citerai encore le traité Des mœurs,
(1) De l'empirisme, ch. £111.