‹ La philosophie des médecins grecsChapitre 49 sur 83 · LXXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXXVI INTRODUCTION

de la philosophie. Avouons d'abord que ses ouvrages historiques ont tous disparu ; ajoutons qu'un traité mi-partie historique et philosophique (1), quoique tronqué, offre à l'historien des renseignements qu'il ne trouverait nulle part ailleurs sur la morale des stoïciens et leur théorie des passions. On voit , en résumé, ce que peut être aujourd'hui une exposition de la philosophie de Galien : des chapitres, quelquesuns complets et approfondis , alternant avec des desiderata sans espoir ; de grandes et belles études séparées par d'insondables lacunes, et, pour parler le langage de l'antique philosophie, le plein et le vide tour à tour.

Mais de ce que l'histoire de la philosophie médicale en Grèce est condamnée, quoi qu'on fasse, à rester incomplète et fragmentaire, il n'en faudrait pas conclure qu'elle manque d'intérêt. J'ose dire que, même en cet état, elle est intéressante au dernier point. A la considérer en soi, elle a une valeur dont il est impossible de ne pas être frappé; à la considérer par rapport aux systèmes des écoles philosophiques et au milieu dans lequel elle s'est développée, elle fait la lumière sur maints points obscurs et la redouble sur maints points déjà éclairés. La logique d'Hippocrate, telle qu'on peut se la représenter , ne manque, certes, ni de solidité ni d'étendue; et il n'est pas hors de propos de se demander si elle n'a pas contribué en quelque chose , soit à la méthode de Platon, soit à celle d'Aristole. Sa morale est d'une beauté parfaite ; elle prévoit tout , règle tout , avec une sûreté, une pureté, une dignité qui ne laissent

(1) Des dogmes d'Hippocrate et de Platon.

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rien à désirer à nos consciences modernes et chrétiennes ; et naturellement la pensée se tourne vers Socrate, et Ton admire comment ces deux grands contemporains ont pu, sans se connaître , se rencontrer dans la même inspiration morale, la même élévation d'idées et de sentiments. Sa physique a au moins deux grandes parties, celle qui traite des influences extérieures, celle qui traite du siège de l'âme. Il est impossible de noter avec plus de précision , de décrire avec plus d'exactitude la multiple action des agents étrangers sur le corps et l'âme, la santé et la pensée, la vie individuelle et collective ; si bien que Aristote , rencontrant la même question dans la Politique, n'a rien trouvé de mieux à faire que de résumer le traité Des airs, des eaux et des lieux. Il est impossible de mieux établir que l'âme réside au cerveau, de mieux réfuter les systèmes qui la mettent ailleurs ; doctrine non-seulement vraie , mais remarquable, si Ton songe aux opinions environnantes , toutes diversement fausses, les unes qui dispersent l'âme divisée dans plusieurs compartiments , les autres qui, ne la divisant pas , la concentrent indûment dans le cœur. Voilà pour Hippocrate. Galien, malgré tant de ruines, comme il est plus proprement philosophe , est aussi plus instructif à étudier. Ce qu'on entrevoit de sa logique générale nous montre, d'une manière bien inattendue, de singulières analogies avec l'auteur du Discours de la méthode ; sa logique médicale , application de l'autre, nous fait pénétrer jusqu'au plus secret des méthodes empirique et méthodique, et, par une savante et profonde réfutation de ces dernières, établit solidement la vérité , la nécessité de la méthode dogmatique ,

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seule en élat de conférer à la médecine le caractère scientifique. En morale, ses théories sur l'art de discerner et de guérir la passion dominante , de découvrir et d'éviter désormais la faute commise; sur le travail intellectuel, obligatoire sans acception de personnes ni de conditions; sur les exercices corporels, surtout les jeux, et leur rapport a la santé morale aussi bien que physique, nous présentent sous un aspect nouveau l'Antiquité, qu'on se figure généralement peu soucieuse des vertus privées et de la vie intérieure, assez disposée à sacrifier les labeurs de l'esprit à ceux du gouvernement, admiratrice à outrance de la gymnastique et de l'athlétique. En physique, il discute avec autant de sagacité que d'érudition toutes les principales questions psychologiques : la nature de l'âme; ses facultés générales ; leur siège dans les organes ; la raison, laquelle comprend à la fois la sensibilité et la molililé ; la volonté, fatalement déterminée; l'habitude, et ses effets sur la pensée, non moins réels, non moins certains que ses effets sur la vie; le sommeil, et en quoi il diffère de la veille; la maladie, et comment elle modifie l'intelligence, la sensibilité, la molililé. 11 est théologien original, faisant aboutir la description des organes et des fonctions en leurs rapports fi) à la proclamation de l'intelligence qui conçut ces rapports, delà Divinité qui réalisa celte harmonie, et mettant ainsi son empreinte sur cette grande preuve par les causes finales, dont les racines semblent plonger au plus profond de notre âme. En histoire de la philosophie,

(1) Voir à la fin.

) traité De l'usage des pirties ilu commencement

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