CHAPITRE III
Galien ayant entrepris de réfuter la théorie stoïcienne d'une faculté unique, et de confirmer la théorie platonicienne d'une faculté triple , devait suivre Ghrysippe et Platon sur le terrain bien voisin du siège des facultés. Ces philosophes, en effet, conformément aux habitudes de toute l'antiquité, avaient pris à tâche de déterminer le domicile de l'âme dans les organes , et ils s'étaient montrés l'un et l'autre parfaitement conséquents. Ghrysippe , réduisant l'âme à une seule faculté , la raison , l'avait logée dans un seul organe, le cœur; et Platon, divisant l'âme en trois facultés différentes, l'appétit, la colère et la raison , lui avait attribué trois demeures différentes , le foie , le cœur et le cerveau. Cette môme marche, cette môme logique s'imposaient à Galien. Il devait, ici encore, se déclarer l'adversaire de Chrysippe et combattre la doctrine qui concentre l'âme dans le cœur ; il devait, ici encore, se déclarer le partisan de Platon et approuver la doctrine qui partage l'âme entre nos trois principaux viscères. Il n'y a pas manqué. Ce double travail remplit nombre de pages, et non les moins intéressantes, des deux traités Des dogmes (IHîppocrate et de
Platon et De V usage des parties: du premier, parce que la question des facultés n'y pouvait guère se séparer de celle de leur siège ; du second, parce que l'auteur ayant pour objet de montrer l'appropriation des organes aux fonctions , devait nécessairement montrer te foie , le cœur et le cerveau appropriés à l'appétit , à la colère et à la raison.
Chrysippe avait consacré toute la seconde moitié du 1er livre de son traité De l'âme (1) à démontrer que l'âme , ou la faculté directrice , ou la raison , réside dans le cœur. Or , on voit à l'inspection de ses preuves, que l'objet du débat pour les stoïciens n'est point d'établir que l'âme n'a qu'un siège, mais quel est ce siège. C'est que la théorie d'un siège unique n'était plus contestée depuis Aristote. On était généralement d'accord sur ce point : l'âme n'habite qu'un organe. Mais on était, à ce qu'il semble, divisé sur cet autre point : quel est cet organe? Si plusieurs philosophes antérieurs à Socrate avaient répondu : c'est le cœur, d'autres philosophes, ou peut-être des médecins, avaient répondu : c'est le diaphragme. L'auteur du traité De la maladie sacrée, Hippocrate, ou tout au moins l'un de ses disciples les plus immédiats, après avoir réfuté les deux opinions précédentes, avait répondu, à son tour : c'est le cerveau (2). Et cette dernière opinion, à laquelle Platon semble faire allusion dans un passage du Phédon, et qu'Aristote, qui tient pour le cœur, combat évidemment dans
(1) Voir , à la fin de cet ouvrage , le chapitre intitulé : Galien historien de la philosophie , où l'on a tenté une analyse et une restitution de ce traité perdu.
(2) Voir ci-dessus, Physique Jiyppocratique, p. 66-69.
son traité Des parties des animaux (1), était proposée de nouveau et défendue par les médecins Alexandrins (2) qui l'appuyaient sur des considérations physiologiques d'une valeur incontestable* comme il est facile de s'en convaincre par ces quelques lignes de Chrysippe, conservées par Galien : « Je demanderai si, en accordant que les nerfs ont leur origine dans la tête, il s'ensuit nécessairement que là aussi réside le principe de l'âme? Si Ton admet que, la voix partant de la poitrine et traversant le pharynx, l'origine du mouvement peut cependant être dans la tête, n'avons-nous pas, par la même raison , le droit de dire que le principe de l'âme peut résider dans le cœur, quoique le mouvement parte de la tête (3)? » Ainsi Chrysippe avait affaire à de nombreux adversaires, singulièrement à des médecins, et il devait, se plaçant sur le terraiu de la physiologie, démontrer que ce n'est pas le cerveau, ou tel autre organe, mais le cœur, qui est véritablement le siège de l'âme.
Gomment le démontre-t-il ?
D'abord, par le sens commun. Chrysippe cite des multitudes de vers d'Homère, d'Hésiode, d'Euripide, de Tyrtée, d'Empédocle, de Stésichore, d'Orphée, etc. , en faisant remarquer que tous ces poètes s'accordent à mettre dans le cœur tous les sentiments des personnages qu'ils font parler. 11 atteste ensuite les locutions communes : « boire les injures », — « ces paroles me serrent le cœur » , — « sans cœur * , etc. 11 s'autorise enfin du mot y.apSta, qui, venant de
(1) L. II, ch. x; 1. III, ch. iv.
(2) Voir ci- dessus, introduction.
(3) Des Dogm. cTHipp. et de Plat., II, v.
xpaTfa, marque le lieu où l'âme a établi sa domination ; et du mot èfà qui , commençant par un s, et prononcé comme nous le prononçons, ne permet pas de douter que l'âme réside dans le cœur.
Ensuite , pai^ un argument moitié psychologique , moitié physiologique, tiré de l'origine de la voix. La voix ne diffère pas du discours. Le discours vient de la raison, qui ne diffère pas de l'âme. Or, la voix vient évidemment de la poitrine et du cœur. Donc le cœur est le siège de l'âme.
Enfin , par un argument purement physiologique. Quel est l'immédiat instrument de l'âme, par lequel s'opèrent le mouvement et la sensation? Les nerfs. Et où les nerfs ont-ils leur origine? Au cœur. Donc le cœur est le siège de l'âme (1).
Galien attaque tous ces arguments avec une grande force, et même un peu de mauvaise humeur. Les vers des poètes ne montrent que l'opinion des poètes, qui ont fort bien pu se tromper. Et, d'ailleurs, qu'expriment ces vers? Que le cœur est le siège des passions, et non pas qu'il est le siège de l'âme tout entière. Il en faut dire autant des locutions vulgaires, qui déclarent l'opinion vulgaire, laquelle peut être fausse comme elle peut être vraie, et qui se rapportent toutes à la passion exclusivement, pas du tout à la raison, pas du tout à l'âme humaine en général. Est-il bien certain que *apB(a dérive de xpa-ua? Et s'il en dérive, que suit-il de là, sinon que l'inventeur du mot a cru que le cœur est le siège de l'âme, sans que rien prouve qu'il ait eu raison de le croire? Qu'importe que le pronom personnel i^é commence par un e, puisque
(1) Des Dogm. d'Hipp. et de Plat., II, i, et III, passim.
le pronom èxcfvoç commence par la même lettre ; et n'est-il pas absurde d'attacher une valeur démonstrative aux gestes dont nous accompagnons la. prononciation de ce mot ? Aussi bien , ne faut-il pas s'exagérer l'autorité du sens commun. Cette autorité n'est pas universelle et n'est pas absolue. Sans doute, l'opinion générale mérite d'être prise en considération dans les questions très-simples, dont tous les hommes sont juges ; elle est insignifiante et de nul poids , dès qu'il s'agit de ces difficiles problèmes qui demandent , pour être résolus , des intelligences d'élite, et une culture spéciale. Dans les sujets où il est à sa place, le sens commun est bien moins une démonstration sans réplique qu'une utile confirmation. Il met le sceau de l'unanimité sur les vérités déjà établies par les procédés scientifiques , sans suffire à en établir aucune.
Rien de moins solide que le raisonnement par lequel Ghrysippe prétend démontrer que l'organe qui est le point de départ de la voix, est nécessairement le siège de la raison , partant de l'âme. C'est un pur sophisme , bâti sur une équivoque. La voix, dit-il, étant identique au discours, vient de la raison ; mais elle vient aussi de la poitrine : donc la raison, c'est-à-dire l'âme, est dans la poitrine, c'est-à-dire dans le cœur. — Pas du tout. Vous ne concluez pas rigoureusement, parce que dans les prémisses vous jouez sur l'expression vient de , prise tour à tour en deux sens très-différents. La voix vient de la raison , en ce qu'elle exprime ce que celle-ci pense , et de la poitrine , en ce qu'elle en sort : que suit-il de là , relativement au siège de la raison? Rien. La raison peut fort bien penser dans le cerveau, et la voix
BU SUSOB bE LAME LT I
FACULTÉà.
partir île la poitrine. Cela ne paraîtra pas seulement possible , mais certain , si l'on sait remonter jusqu'à l'origine première de la voix, qui n'est pas moins que le cerveau même. Oui, le cerveau. Pour qu'il y ait émission vocale, ne l'aut-il pas que certains muscles mettent en mouvement le thorax et le larynx? Pour que ces muscles impriment ce mouvement, ne faut-il pas que certains nerfs agissent sur eux? Et ces nerfs , comme tous les nerfs, n'ont-ils pas leurs racines au cerveau ï
C'est, en effet, une insoutenable erreur de faire naître les nerfs du cœur. Tous ceux qui ne sont pas étrangers à l'art si essentiel do la dissection savent fort bien que le cœur est uniquement le principe des artères. Si Chrysippe professe une autre opinion, c'est que, n'ayant jamais disséqué, il copie en aveugle la théorie d'Aristote. Mais Aristote, s'il pouvait revivre, se corrigerait sans doute lui-même ; il ne confondrait pas les nerfs avec les ligaments et les tendons ; il ne croirait pas les trouver en si grand nomhre dans le cœur ; il ne ferait pas de ce dernier organe le centre de tout le système nerveux. Ce centre, il le placerait dons le cerveau. Or, si le cerveau est le centre du système nerveux , le dernier argument de Chrysippe tourne contre Chrysippe. L'âme, dit-il, réside au centre du système nerveux. — Fort bien I mais ce centre, c'est le cerveau. Donc l'âme réside dans le cerveau (1).
Voilà donc Chrysippe battu sur tous les points. L'âme n'habite pas le cœur, ou du moins ne l'habite
(1) Des do'jm. tt'llipp. e! de P!iL, II e
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'ACL'LTÉS.
pas tout entière. Comme elle se divise en trois facultés essentiellement différentes, elle réside dans trois organes distincts, indépendants. Chrysippe qui croit à une seule faculté dans une seule âme, et conséquerament à un seul siège, a doublement tort, et Platon qui croit à trois facultés qui sont trois urnes, et conséquemment à trois sièges, a doublement raison.
Galien accepte donc comme 1'esacte expression de la vérité la théorie d'un triple siège. Mais Platon l'a exposée en poète, il va l'exposer en médecin et eu philosophe ; Platon n'a voulu que la rendre vraisemblable, il se propose de la rendre scientifiquement certaine.
Commençant par où Platon finit, il examine successivement l'appétit, la colère, la raison, et, par des considérations anatomiques et physiologiques, établit que la première de ces facultés s'exerce par le foie, la seconde par le cœur, la troisième par le cerveau.
L'appétit est la faculté que l'animal a de se nourrir, et qui lui est commune avec la plante. La nutrition a lieu au moyen de l'aliment transformé en sang, et distribué à toutes les parties du corps par les veines. La question : quel est le siège de l'appétit? peut donc se traduire ainsi : quel est l'organe d'où rayonnent toutes les veines, comme d'un centre, où se forme le sang, comme en un laboratoire?
D'abord, c'est le Toio qui est le principe et le point de départ des veines, bien qu'Aristote et, après lui, beaucoup de philosophes, et même de médecins, en aient placé l'origine dans le cœur. Pour se convaincre de cette vérité, il suffit de disséquer, et de disséquer avec soin. On voit alors deux veines partir du foie
I)U SIEfiE DE LAME ET. HE SES KAGULTO.
veine-porte se rend au ventre : elle est à l'animal ce que les racines sont à la plante; la veine-cave, en se divisant et se subdivisant, sillonne en tous sens le corps entier : elle correspond au Ironc de la plante, à ses branches et à ses rameaux. Il est, du reste, facile de la suivre dans toutes ses ramifications, depuis le point peu éloigné du foie où elle se partage en deux autres veines, dont l'une plus volumineuse descend dans les parties inférieures, et l'autre d'un moindre diamètre s'élève vers les parties supérieures, jusqu'aux dernières extrémités de l'organisation où elle vient en quelque sorte mourir en imperceptibles filets. Celle démonstration tout expérimentale, et qui parle à l'œil, ne soulfre aucune réplique et ne permet aucun doute. En sorte que l'origine des veines n'est pas moins certaine que celle des artères et des nerfs, encore bien qu'elles ne se prêtent pas au même genre d'expérimenlalion que les artères et les nerfs (1).
C'est encore le foie qui élabore les aliments, et, par une vertu particulière, en exlrail ce liquide nutritif qui est le sang. Procédons par éliminalion. D'abord, ce n'est pas l'estomac. Si l'on veut comparer le corps humain à une cité, l'eslomac n'en est que le grenier. Il reçoit les aliments introduits par la bouche et l'œsophage, et, s'il n'en est pas passivement le réservoir, il ne leur fait subir qu'une première élaboration, très-grossière et trés-insulllsante (2). Ce n'est pas la membrane extérieure placée sur le foie (3) ;
0) Des Dogm. d Hipp. et de Plat., VI, IV, su.
(2) De l'un, d.'s pari , IV, i, ir. in.
(3) Ibid., ».
!. De. l'usage de" pari.,
SES FACULTÉS
car elle n'est qu'un prolongement du péritoine, et son unique fonction est d'envelopper et de proléger l'organe (1). Ce ne sont pas les conduits de la bile ; car ils naissent de la vésicule biliaire, sont de même nature qu'elle, et ne contiennent point de sang (2). Ce n'est pas le nerf, conducteur de la sensibilité; ce n'est pas l'artère, véhicule de la chaleur vitale. Donc c'est le foie, sa chair et sa substance (3).
En voici la preuve. Il y a nécessairement identité de nature entre la chose transformée et la chose qui transforme. Or, cette identité existe entre le sang et la substance du foie. C'est la môme couleur et le même aspect. Épaississez le sang, et observez le résultat : vous le trouverez tout à fait semblable à la chair du foie. Donc c'est bien cette chair, c'est bien le foie qui opère la métamorphose de l'aliment, et produit le sang (4).
Ceci explique pourquoi les veines de l'estomac et de tous les intestins, formées do la chair du foie, ont la môme vertu, en une certaine mesure, et pourquoi le chyme, parti de l'estomac, est déjà modifié avant d'arriver au foie, où s'achève l'hématose (5).
Quelques-uns veulent que le foie ait seulement pour fonction de préparer les matériaux du sang et do les transmettre au cœur, qui les transformerait définitivement. Mais les faits sont contre eux. La dissection monlre que le foie envoie directement
(Il De Fil», despar!., x.
(2) Aid.,xn.
(3) Ibid. - Des Dogm. d'Hipp. et de Plat., VI
(4) Ibid.-lbid.
(5) DeVus. de*p«>-t.,lV, xn.
du sang à tous les organes situés au-dessous du diaphragme (1).
Remarquez, d'ailleurs, l'admirable disposition du l'oie, et avec quel art il est approprié à la transformation des aliments et à la production du sang. Ce n'est pas seulement une vaste capacité sanguine, avec une veine ouvrant entre elle et l'estomac une communication directe, et une autre veine se rendant par le chemin le plus droit dans toutes les parties de l'organisation. S'il en était ainsi, les aliments à l'état de chyme arriveraient d'abord de l'estomac dans le foie, et, n'y rencontrant aucun obstacle, le traverseraient comme un courant rapide, pour aller arroser tout le corps. Ne séjournant pas dans le foie, ils ne s'y transformeraient pas, ou ne s'y transformeraient qu'incomplètement. L'hématose serait imparfaite, et l'animal périrait ou languirait. La nature a merveilleusement pourvu à cela, en pliant et repliant les veines à la porte du foie et dans le foie môme en un plexus très-compliqué. Le suc alimentaire, retardé dans sa marche, forcé de parcourir les milles détours de ce labyrinthe, dans un contact prolongé avec la chair de l'organe, en reçoit la forme, et devient un sang pariait. Nous verrons la nature employer toujours ce môme procédé dans les mômes circonsfances (2).
On sait quel est le rôle de l'estomac dans le travail complexe de la nutrition. 11 faut ajouter qu'il est, surtout à son orifice, le siège de l'instinct, ou du besoin. C'est là que nous sentons la faim, et c'est là que nous (levions la sentir.
(1) Des Do/jm. d'Bipp. e
(2) De fus. des part., IV
de Plat., VI, IV.
333 DU SIÈ(iE DE LAME ET DE SES FACULTES.
Mais d'abord pourquoi cotte sensation, qui n'exisie pas dans la plante, exïste-t-elle dans l'animal ?
Les plantes ont sans doute besoin de se nourrir comme les animaux , mais il n'était ni nécessaire ni utile qu'elles sentissent ce besoin comme eui Immobiles et fixées par leurs racines dans la terre elles y trouvent sans cesse, comme en un réservoir inépuisable, l'aliment qu'elles s'assimilent sans cesse La nutrition se fait d'elle-même , constamment i sans interruption. Elles n'avaient donc pas besoin d'être averties de réparer leurs pertes. Or, il n'e est pas ainsi des animaux. Sans rapport par leur substance avec la substance terrestre, où ils sauraient trouver leur nourriture ; capables de ! mouvoir, c'est-à-dire de se déplacer ; chargés du so de chercher l'aliment qui convient à leur nature, de le prendre en temps opportun , il fallait que 1 besoin, en se faisant sentir, le leur marquât, et pour ainsi dire leur sonnât l'heure. Voilà la raison de 11 faim.
Pourquoi réside-t-elle'à l'orifice de l'estomac plutô qu'ailleurs 7 Parce que c'est l'estomac qui doild'abon fonctionner. Les différentes parties du corps puisen leur nourriture dans les veines issues de la veine cave, la veine-cave dans les veines du foie, les veine du foie dans la veine-porte , la veine-porte dan l'estomac. Mais l'estomac, où puise-l-il la sienne Nulle part. C'est à lui de se remplir des premier matériaux ; c'est donc à lui d'avoir faim.
C'est l'estomac qui sent la Tairn, mais il ne la sei pas par lui-même. Cette propriété lui vient commun principe des sensations, à travers certain conduits, qui ne sont autres que les nerfs. En disse
quant , on voit ces nerfs descendre à l'estomac , s'y diviser , enlacer d'abord l'orifice du viscère , et se ramifier ensuite sur toute sa surface. Voilà comment et par où il est sensible (1).
Le foie a bien reçu aussi un nerf qui lui est propre, et il a bien une certaine sensibilité ; mais ce nerf est très-petit et très-grêle, et cette sensibilité très-obtuse et très-faible. Elle n'est que la faculté de percevoir les lésions qui peuvent survenir dans l'organe. Il faut distinguer trois sortes de nerfs : ceux du mouvement, ceux de la perception proprement dite, ceux du sentiment interne des lésions organiques. C'est à cette dernière catégorie qu'appartient le nerf du foie. Le foie , en effet, est à peine sensible, et seulement dans les affections morbides (2). Mais cette quasi-insensibilité le rapproche encore de la plante totalement impassible, et prouve une fois de plus qu'il est bien le principe de la nature nutritive , ou de l'âme nutritive (3).
La Colère est cette énergie naturelle, ce feu intérieur, qui nous rend forts et capables d'action. C'est la vitalité même. Elle a lieu par l'air transformé en souffle vital , et distribué dans toutes les parties du corps par les artères. La question : Quel est le siège c3e la colère? peut donc se traduire ainsi : Quel est 1 'organe où les artères ont leur commune origine ,
ù le souffle vital a son foyer ?
La commune origine des artères, c'est le cœur. La
issection, qui nous a montré toutes les veines par-
(1) De Vus. des part., IV, vu.
<2) Ibid., ix, x.
v3) Ibid., xiii.
tant du foie, nous montre également toutes les artères parlant du cœur. C'est d'abord un gros tronc, qui se divise en branches, qui se divisent en rameaux, qui se divisent en ramuscules, qui finissent en filets imperceptibles. Cette preuve expérimentale par le scalpel et la vue pourrait dispenser d'en chercher une autre. Ce n'est cependant pas la seule, ni la plus frappante. Les artères ont un mouvement d'une nature spéciale, celui du pouls ; et c'est même par là qu'on les définit, bien qu'elles diffèrent encore des veines par l'épaisseur et la solidité de leur tissu. Or, ce mouvement , qui leur est commun avec le cœur, montre qu'elles en viennent. En effet, si vous séparez une artère du cœur, soil par une ligature, soit par une vivisection, l'artère cesse de battre, le cœur n'en bat pas moins. Si vous séparez toutes les artères du cœur, toutes les artères cessent de battre; le cœur bat toujours. Donc le cœur est la cause du mouvement du pouls ; donc il est aussi le principe des artères (1).
Il ne faut pas oublier la conformation spéciale du cœur. C'est un organe double, composé de deux cavités, ou ventricules. Tune à droite, l'autre à gauche (2), Ces deux parties sont fort différentes d'aspect et de nature. Celle de droite est mince et molle, son tissu est celui des veines ; celle de gauche est épaisse et résistante , son tissu est celui des artères (3) : c'est qu'elles ont des destinations fort différentes.
(1) Des Dagtn. d'Hipp. et de Plat., II, m ;
[2] Ibid.,\ï, vi.
(3) De Tus. des part., VI, xvi.