‹ La philosophie des médecins grecsChapitre 70 sur 83 · DU SIÈGE DE L'A · texte numérisé non relu

DU SIÈGE DE L'A

SES FACULTES

Le ventricule droit sert exclusivement à la nutrition du poumon : il reçoit le sang du foie , par un vaisseau, et le transmet au poumon, plus pur et plus léger, par un autre vaisseau (1). Il fallait, en effet, un aliment au poumon , comme à toutes les autres parties du corps. Cet aliment devait être le sang, mais non celui de la veine-cave, qui est épais et lourd. La fonction du ventricule droit est précisément, en épurant ce sang, de l'approprier à la substance du poumon (2). Neconlenant que du sang, il a pu être appelé cavité sanguine. Fait uniquement en vue du poumon, il manque aux animaux dépourvus de poumon (3).

Le véritable cœur, c'est le ventricule gauche. Il se comporte dans sa sphère, comme le l'oie dans la sienne; et par des procédés analogues produit un résultai analogue. Comme le foie va chercher dans L'estomac l'aliment par la veine-porte, il va chercher l'air dans le poumon par l'arlère-veineuse. Comme le foie distribue le sang dans toutes les parties du corps parla veine-cave, il distribue le souille vital dans l'organisation tout entière par l'artère- aorte. Comme le foie élabore le sang, il élabore le souffle vital. Il n donc pu être appelé cavité pneumatique (4). Principe ei source de la vie, il ne manque, sous une forme ou une autre, à aucun être vivanL

Quels sont les principes constitutifs du souffle vital? D'abord l'air qui, aspiré du dehors par le poumon ,

(1) Des Dogm. d'Hipp., VI, vi. De Vus. despart., "VI, vin.

(2) De fus. des part., ibid., x.

(3) Ibid., vn.

[4i Tbid

et du poumon par le cœur, tempère la chaleur innée de ce dernier organe (1) ; ensuite cette chaleur ellemême, sans laquelle la vie n'est pas (2) ; enfin le sang, mais le sang purifié, subtilisé, tel que le ventricule droit l'envoie au poumon. En ce sens, on peut dire que le souffle vital est une exhalation du sang (3).

Du reste , entre le sang et le souffle vital, la sépation n'est jamais complète. Dans le poumon , dans tout le corps, les extrémités des veines s'anastomosent avec celles des artères ; en sorte qu'il y a toujours quelque air dans les veines, et jusque dans le foie, et quelque sang dans les artères, et jusque dans le cœur. Il y a de tout en tout, disait Hippocrate (4).

Il ne faut donc pas croire qu'à l'état normal le cœur soit uniquement rempli par le souffle vital, comme le veut Érasistrate , et encore moins par le souffle animal, comme le prétend Ghrysippe. Il n'y a pas du tout de souffle animal dans le cœur; il n'y a que du sang dans le ventricule droit ; et le ventricule gauche lui-même renferme bien moins du souffle vital qu'un mélange de souffle et de sang (5).

C'est ce mélange, c'est ce sang spirittialisé qui porte partout, à travers les artères, la chaleur, la force et l'activité. Il anime l'être organisé que le sang nourrit, à travers les veines; il en fait un animal (6).

Le poumon, qui est à cette faculté ce que l'estomac est à la précédente, n'est pas, comme ce dernier

(1) De Vu sage des pari., ibid., n

(2) Ibid., vu.

(3. Ibid., xvii.

(4) Ibid.

(5) Des Dogm. d'Hipp., I, vi.

(6) Ibid,, VI, vin.

organe, le siège d'un sentiment spécial, analogue à celui de la faim. Il ne reçoit aucun de ces nerfs que la nature a destinés à la sensation proprement dite. Quant au cœur, la nature a agi à son égard comme à celui du foie. Elle ne lui a accordé qu'un nerf trèsténu qui s'arrête à la surface de l'organe, seulement pour le distinguer de la plante et lui permettre de sentir les lésions organiques qui seraient un danger pour la vie (1).

La Raison est la faculté d'éprouver la sensation, et par suite d'imaginer, de se souvenir, de comprendre et de penser ; c'est aussi la faculté d'imprimerie mouvement volontaire (2). Nous sentons, nous mouvons nos membres au moyen du souffle vital transformé en souffle animal, et distribué à tous les organes par les nerfs. La question : Quel est le siège de la raison? peut donc se traduire ainsi : Quel est l'organe où les nerfs ont leurs racines, où le souffle animal se forme, se conserve et se renouvelle?

C'est encore la dissection qu'il faut d'abord interroger. Elle permet à l'œil de suivre les nerfs depuis l'encéphale, d'où ils partent tous, jusqu'aux extrémités de l'organisation, où ils s'arrêtent tous. On voit premièrement sortir de l'encéphale la moelle rachidienne , semblable au tronc d'un arbre vigoureux. Puis de ce tronc s'échappent de chaque côté un grand nombre de nerfs, semblables à des rameaux, et de ceux-ci de nouveaux nerfs, semblables à des ramuscules. Et ces ramifications, en nombre infini, plus déliées à mesure qu'elles s'éloignent davantage du

(1) De Vus. des part., xvm.

(2) Des Dogm. d'Hipp.f VII, ni.

110 SIÈGE DE 1,'aMK ET PE SES FACULTÉS.

point de départ, pénètrent toutes les parties de l'animal, et l'embrassent en d'imperceptibles liens. Voilà ce que constate clairement l'ubservation, qui montre toujours les petits nerfs sortant des gros, les gros de la moelle opiniere. et celle-ci de la moelle encéphalique (t). C'est par une palpable erreur que Praxagore et Philotime considèrent l'encéphale comme un épanouissement de la moelle épinicre. Ils prennent l'elTeL pour la cause (2).

Cette donnée est d'ailleurs pleinement confirmée par l'expérimentation , qui a prise sur les nerfs comme sur les artères. De même que le pouls décèle l'origine des artères, qui reçoivent le mouvement du cœur, alternativement dilaté et contracté par la diastole et la systole, ainsi la sensation et le mouvement dénoncent celle des nerfs, qui ne sentent et ne meuvent que par la vertu de l'encéphale. Kn elfel, si on tranche, si on ligature un nerf, on ôte tout mouvement ou toute sensation des parties où se rend le nerf tranché ou ligaturé ; si l'on détruit toute communication entre les nerfs et le cerveau, ou si l'on comprime le cerveau fortement, on rend tout l'animal insensible et immobile. Donc les nerfs reçoivent du cerveau la faculté de sentir et de mouvoir ; donc ils y ont leur principe (3).

Le cerveau, voila la vraie origine des nerfs. Mais ceci n'est pas encore assez précis.

Il faut distinguer dans le cerveau et dans les nerfs, d'une part, la substance intérieure , semblable à la

(1) De Fus. des pari., XU,iv.

(2) I6irf.,Vlli, XII.

(3) Des Dogm. d'Ripp-, II, in.

nu siège de l'ame et de ses facultés.

moelle des arbres ; d'autre part, les membranes extérieures, semblables à l'écorce. La substance intérieure, voilà à proprement dire le cerveau, voilà les nerfs, voilà tes instruments de la sensation et du mouvement. Érasistrate, après avoir professé l'opinion contraire, a eu la bonne foi de reconnaître et de rectifier son erreur- Ce qui prouve, du reste, qu'il en est bien ainsi, c'est qu'on peut blesser les membranes soit des nerfs, soit du cerveau, sans notable inconvénient. Au contraire, on ne saurait loucher à la substance qu'elles protègent sans les plus graves désordres (i).

Il faut encore distinguer dans le cerveau môme, outre les, membranes et la moelle , les ventricules, savoir : les ventricules anlérieurs par lesquels a lieu la respiration de l'encéphale ; le moyen , qui est comme leur point de jonction, et le postérieur par lequel ils communiquent avec la moelle épinière, ce second encéphale. Rien n'égale l'importance de ces ventricules. Si vous blessez te cerveau sans atteindre les ventricules, il y a encore quelque sensation, quelque mouvement; il n'y en a plus, si vous blessez les ventricules mêmes , surtout le moyen, et encore plus le postérieur. G'est que les ventricules sont chargés : iD d'élaborer le souille animal ; 2u de lui servir de réservoir (2).

Qu'est-ce que le souille animal? De quels éléments est-il formé, et par quel travail?

Le souille animal vient du» souille vital, comme celui-ci vient de l'air. Apporté par les artères au

(1) Des Dogm. d'IHpp., VII, m.

(2) D<! Vus. des part., VIII, x, xi

cerveau, le souffle vital est tour à tour modifié, c'està-dire cuit et épuré, dans les artères et dans le cerveau ; de sorte qu'il change de forme et devient animal, de vital qu'il était. Mais, pour que cette métamorphose soit complète, il faut que le souffle vital séjourne le plus longtemps possible dans les artères avant de pénétrer dans les ventricules. De là cette complication d'artères qui se remarque à la base du cerveau, et qu'on nomme le plexus réticulé. Le but de cette disposition, dont nous avons déjà trouvé l'analogue dans le voisinage du foie, est de retenir plus longtemps le souffle vital en le forçant à parcourir mille détours, et de le modifier plus parfaitement par une plus lente élaboration. Du plexus, il passe enfin dans les ventricules antérieurs, pour y subir l'action particulière du cerveau, et de là, par le moyen, dans le postérieur. Le corps vermiforme, comme un portier vigilant, ne laisse arriver à cette dernière cavité que la quantité de souffle nécessaire. C'est du ventricule postérieur que le souffle animal se communique à la moelle épinière, et par elle à tous les nerfs, pour rendre ranimai capable de sentir et de mouvoir (1).

Comment l'âme, moyennant le souffle animal, sentelle et meut-elle? Faut-il croire que tous les nerfs sont constamment remplis par le souffle animal, qui s'y formerait comme il se forme dans les ventricules cérébraux, ou bien le souffle animal est-il envoyé par le cerveau aux nert$ qui le lui renverraient à leur tour? Tous les nerfs sont-ils percés d'un conduit

(1) Des Dogm. d'Ripp., VII, ni. De Vus. des part., VIII, x, xi, xii, xiv ; IX, iv.

intérieur comme les nerfs optiques ? Le souffle animal parcourt-il lui-même les différentes parties de l'organisation, en se déplaçant et en se mouvant d'une extrémité à l'autre; ou bien agit-il par une sorte iïinflux, sa substance demeurant au cerveau et sa puissance seule se répandant dans tous les membres? Voilà sans doute des questions fort délicates à résoudre; nous les retrouverons plus loin. Mais, dussent-elles rester sans réponse, il serait toujours vrai que le souffle animal est l'agent de la sensation et du mouvement (1).

On ne saurait donc adopter l'opinion singulière d'Érasistrate. Il compare la composition du cerveau dans l'homme et les divers animaux, et croyant le trouver plus complexe dans le premier, il en conclut un rapport entre la variété de l'encéphale et le degré de l'intelligence. S'il n'eût pas circonscrit ses observations dans un cercle trop étroit, il eût reconnu que certains animaux ont tout ensemble un encéphale très-varié et une intelligence très-bornée. C'est bien moins le cerveau que le souffle qui préside à la pensée, et c'est bien moins l'abondance que l'excellence du souffle qui fait la perfection de la pensée (2).

Nous avons vu ci-dessus que le cerveau envoie des nerfs au cœur, au foie et en général aux viscères qui par là se distinguent des plantes, en même temps qu'ils ont un moyen d'être avertis des altérations auxquelles ils sont sujets. Le cœur et le foie ne sont pas en reste avec le cerveau : ils lui envoient, à leur tour, celui-ci des veines , celui-là des artères. Il fal-

(1) Des Dogm. d'fltpp., VU, iv.

(2) De Vus. des part., VIII, xm.

Tait bien que le cerveau fût nourri, el comment eûtil pu Vôtre sans communication avec le foie '.' Il fallait bien qu'il eût sa part de la chaleur vitale, el comment eût il pu l'avoir sans communication avec le cœur (1)? Notez bien ceci: le cerveau, principe des nerfs, reçoit des artères et des veines ; le cœur, principe des artères, reçoit des nerfs et des veines ; le foie, principe des veines, reçoit des nerfs et des artères. Et comme chacun de ces centres rayonne en tous sens, il s'ensuit que l'organisation est partout traversée parles nerfs, les artères et les veines, qui sont comme des organes communs à tout le corps. De cette manière, chaque organe particulier est en communication avec tous les autres, et participe a leurs propriétés en même temps qu'il les f;tit participer à la sienne. De cette manière, l'organisation entière végète par le foie, vil par le cœur, sent et meut par le cerveau. La plante est animal, l'animal est homme, comme l'homme est animal et l'animal plante, Tout est un, el tout est tout (2).

Je considère d'abord à un point de vue purement hislorique celle très-curieuse théorie du siège des facultés de l'âme, et je remarque qu'elle est comme une synthèse hardie où viennent se coordonner toutes les théories antérieures.

Des phiiosophes anciens, et sans doute des médecins, avaient mis l'âme dans le sang. Cette opinion paraît avoir eu des partisans pendant toute la durée de la période antésocratique. L'un des premiers

fi) De fus. des part., XVI, i et auiv. (1) Ibid., m, xii et passif».

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philosophes de cet âge, Hippon, la combattait déjà, et l'un des derniers, Critias, la défendait' encore. Dans l'intervalle, un puissant esprit, un philosophemédecin, Empédocle, l'exposait dans son poème De la Nature, en des vers qui n'ont pas péri : « L'intelligence humaine trouve son aliment dans les flots bouillonnants du sang; c'est là que réside proprement la raison ; le sang qui environne le cœur, telle est la raison de l'homme. * L'àme est le sang, ou vient du sang, ou réside dans le sang, ou s'exerce par le sang: voilà, dans l'indétermination où il convient de la laisser, une première théorie de la nature et du siège de l'âme.

Diogône d'Appollonie, disciple d'Anaximène, avait tout nalurelloment confondu l'âme avec l'air, avec cette portion d'air qui, introduite par la respiration dans le cœur, parcourt sans cesse le canal des veines, et porte ainsi dans toute l'organisation le mouvement et la pensée. Puis des médecins et des philosophes, partant decelte idée, l'avaient plus ou moins modifiée. Hippocrate, s'il est bien l'auteur des traités Des Airs et De la Maladie sacrée, avait défini l'âme : le souffle, c'est-à-dire l'air approprié à la nature humaine ; et il l'avait l'ait passer d'abord par le cerveau, auquel il laisse, avec sa fleur, la sensibilité et l'intelligence, pour se répandre de là dans les diverses parties du corps, auxquelles il donne la vie. Plus lard, les médecins alexandrins, par exemple Érasistrate, avaient combiné avec la chaleur innée au cœur le souille qui devient dès lors vital, et avaient défini l'àme : le souffle \ilal. De leur côté, les stoïciens, par exemple Ghrysippe, en épurant le souffle de plus en plus, l'avaient rendu animal, et avaient défini l'âme : le souffle

animal. On voit comment, par un progrès naturel, la théorie deDiogène, en passant par les mains cTHippocrate, se partage, parles efforts d'Érasistrate et de Chrysippe, en deux théories analogues à la fois et différentes, dont l'une place l'âme dans le souffle vital qui remplit le cœur, et l'autre dans le souffle animal qui remplit le môme organe.

Voilà donc à une même question : Par où l'âme agit-elle ? trois réponses : par le sang, par le souffle vital, par le souffle animal. Placé en face de ces trois théories, quel parti prend Galien ?

Il les accepte toutes à la fois, et de leur rapprochement compose une théorie nouvelle, qui est la sienne. Et cela est bien simple. Galien, sur la question des facultés de l'âme, s'était déclaré platonicien, c'est-à-dire avait reconnu dans l'âme trois facultés non-seulement distinctes , mais indépendantes et séparées, c'est-à-dire avait divisé l'âme en trois âmes. Il pouvait donc admettre trois définitions , trois théories par conséquent. Il pouvait dire aux partisans du sang : oui, l'âme est le sang, mais l'âme inférieure, l'âme nutritive ; aux partisans du souffle vital : oui, l'âme est le souffle vital, mais l'âme moyenne, l'âme énergique ; et aux partisans du souffle animal: oui, l'âme est le souffle animal, mais l'âme supérieure, l'âme rationnelle ; et à tous ensemble : vos théories sont toutes vraies, mais toutes incomplètes; la mienne, qui les rassemble et les accorde, est la vérité.

La théorie de Galien est-elle en effet la vérité ? Il a été établi que l'âme n'est pas triple , mais une. Une, par conséquent indivisible. Mais de ce que l'âme est indivisible , s'ensuit-il qu'elle ne puisse occuper qu'une seule partie du corps ?

C'est l'opinion commune; mais le raisonnement sur lequel elle se fonde prouverait trop, s'il prouvait. On dit : l'âme ne siège pas dans plusieurs organes à la fois, car elle serait divisible et même divisée. Ne l'est elle donc plus, lorsqu'on l'enferme dans l'encéphale? Si elle habite à la fois le cerveau et le cervelet, ou seulement les deux hémisphères, n'est-elle pas réellement divisée entre ces parties, qui sont comme des organes dans un organe? Et si elle n'habite qu'une partie unique, telle que la glande pinéale, n'est-elle pas encore divisible comme cette glande elle-même? Et ne le sera-t-elle pas toujours, quoi qu'on fasse-, à moins de n'occuper qu'un point mathématique, c'est-à-dire d'être dans l'encéphale sans y être ?

Il faut bien comprendre que l'âme est tout à la fois indivisible en son essence, et divisible par rapport au corps auquel elle se communique. Cette contradiction, plus apparente que réelle, et qui est la loi même de la vie , a été fort bien saisie et développée par l'auteur des Ennéades :

« Si elle n'était indivisible, comment l'âme pourraitelle senlir tout entière dans chaque sensation ? Chaque partie de l'âme serait comme une âme distincte, habitant un organe déterminé, et n'éprouverait que les sensations de cet organe, sans participer en rien à celles des autres. Répondre, comme font les stoïciens, par la continuité des parties de l'âme, et la transmission des impressions des extrémités au centre où réside la partie directrice, c'est accumuler les difficultés.

« Si elle n'était divisible, comment l'âme pourraitelle embrasser le corps entier, et l'animer dans toutes

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ses parties? Supposez-la absolument, une, elle s'enfermera au cenlre de la masse matérielle sans que la vie puisse sortir de ce foyer intérieur pour rayonner vers les extrémités. Pour que tous les organes aient la vie, il faut que tous les organes aient l'âme ; il faut qu'elle se distribue a tous, qu'elle se fasse multiple, qu'elle se divise en quelque manière.

« Mais il n'y a nulle contradiction à admettre en même temps l'indivisibilité et la divisibilité de l'âme. En effet, l'âme est indivisible en son essence; mais elle devient divisible par son union avec le corps, parce que celui-ci, à cause de sa propre divisibilité, ne la peut recevoir d'une manière indivisible. Toutefois, en se divisant dans le corps, elle ne cesse pas d'être une. Elle devient divisible, étant dans toutes les parties du corps ; elle reste indivisible, étant tout entière dans toutes ses parties et tout entière dans les parties de ses parties. Elle est toujours entière , elle est donc indivisible; elle est partout, elle est donc divisible ; elle est partout entière, elle est donc divisible et indivisible: divisible selon le corps, et indivisible en soi. Elle se divise indivisiblement. Quelle merveille, quel divin trésor que l'âme ! Elle n'a point de grandeur, et elle s'unit à la grandeur; elle se divise, sans rien perdre de son inaltérable unité; elle se donne toute à tous les organes, sans sortir d'elle-même (1). »

Mais c'est là la vue a priori d'un métaphysicien. — Qu'importe, si elle est vraie1? D'ailleurs, c'est aussi une donnée de l'expérience.

Rappelez-vous les faits singuliers, vulgaires au-

(l) Enn., IV, n

jourd'liui, par lesquels Arislote prouve expérimentalement l'indivisibilité de l'âme (1}: ils établissent avec l'a môme force qu'elle est en môme temps divisible, c'est-à-dire présente a la fois à toutes les parties du corps.

Voici une plante. Je la divise en plusieurs fragments , qu'arrive-t-il ? Chacun de ces fragments continue de végéter, après comme avant l'opération, et, par un progrès plus ou moins rapide, devient semblable à la plante primitive. Or, je vous le demande, cela ne prouve-t-il pas que la puissance nutritive, l'âme du végétal, au lieu d'être concentrée en un certain point h l'exclusion de tous les autres, est au contraire répandue dans toutes les parties de la plante, partout entière, partout identique à ellemême ?

Ce qui est vrai de certaines plantes, l'est aussi de certains animaux. Prenez un polype, coupez-le en autant départies que vous voudrez, et observez. Vous verrez chacune de ces parties continuer de vivre, de sentir, de se mouvoir, et reformer bientôt, par un accroissement successif et régulier, un nouveau polype, semblable au premier. Donc la puissance nutritive, sensilive et motrice, l'âme de l'animal, est répandue dans toutes ses parties, partout entière, partout identique à elle-même.

Je vais plus loin. Je considère l'homme même. On (2) a établi par d'ingénieuses et patientes expéri-

(1) Voir le chapitre précédent.

(2) M. Hout-uus. Voyez. Recherches expérimentales sur les pro priêtés et les fonctions du système nerveux, cl le rùsumo philosLi phique qu'il a donné de ce livre dans son ouvrage : De la vie e de l'intelligence.

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menlations que la pensée et la volonté s'exercent par le cerveau proprement dit. Or, le cerveau se compose de deux hémisphères, en tout semblables ; et, soit que l'on fasse disparaître l'un ou l'autre, l'homme continue toujours de penser et de vouloir ; en sorte que Ton serait autorisé à dire qu'il pense et qu'il veut par deux cerveaux, comme il voit par deux yeux. Donc la force pensante et voulante, l'âme de l'homme, est à la fois dans les deux hémisphères , et tout entière, identique à elle-même dans chacun des deux hémisphères.

Ce n'est pas tout. La force qui pense et qui veut par le cerveau reçoit aussi les impressions des corps étrangers, et imprime le mouvement volontaire par le cervelet, parla moelle, par les nerfs. Donc elle est à la fois et tout entière dans le cervelet, dans la moelle , dans les nerfs , aussi bien que dans le cerveau. Peut-être ne serait-il pas impossible de prouver, par la môme méthode, que l'âme humaine est ainsi, toujours entière, identique, jusque dans les moindres parties de l'organisation.

Ainsi, soit qu'on la considère dans la plante , ou dans l'animal , ou dans l'homme , l'âme , toujours essentiellement une, se communique, sans se partager, au corps , à ses parties , et aux parties de ses parties. Selon la forte parole de Plotin, elle se divise indi visiblement.

On me demandera si je comprends cette ubiquité d'une âme une et simple. A mon tour, je demanderai si l'on comprend bien tous les phénomènes de la vie et de la pensée avec une âme hermétiquement enfermée dans la glande pinéale , dans le corps calleux, ou dans quelque autre portion de la masse

DU SIEGE DE L'àME ET DE SES FACULTÉS. 349

encéphalique. Mais je veux d'abord répondre directement.

On a jusqu'ici mal conçu le rapport de l'âme au corps, parce qu'on n'a pas su se tenir en garde contre les analogies tirées de la matière. Deux corps sont en rapport, ou parce qu'ils sont juxta-posés, ou parce que l'un est superposé à l'autre, ou parce que l'un est contenu dans l'autre. On a conclu de là que l'âme, ne pouvant être ni juxta-posée ni superposée, devait être enfermée dans le corps. Singulière logique ! Il fallait conclure que l'âme, n'étant pas matérielle, n'a avec le corps aucun de ces rapports, pas plus le dernier que les deux premiers.

Le rapport de l'âme au corps n'est pas celui d'un corps à un autre, mais bien celui d'une force à une substance. Or, il n'est pas absolument impossible de se faire une certaine idée de ce rapport.

Il ne faut pour cela que jeter les yeux sur ce qui se passe autour de nous dans la nature. Là aussi se rencontrent des corps, et des forces unies à ces corps. En quoi consiste cette union ? Les forces sont-elles enfermées dans les corps, qui auraient une cavité pour les recevoir? Siègent-elles en un point unique, à l'exclusion de tous les autres? Non. Nous les trouvons partout présentes, partout actives, à la surface comme à l'intérieur, aux extrémités comme au centre. Elles pénètrent les corps dans toutes leurs molécules, elles les enveloppent dans toute leur étendue. Loin d'en être possédées, elles les possèdent.

Il doit en être à peu près ainsi de l'âme humaine et du corps humain. Certes , je ne confonds pas ce corps avec un corps brut, tel qu'un métal ; ni cette âme avec une force aveugle, telle que l'aimant ; mais

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je dis qu'il y a ici une analogie réelle ; car les corps les plus divers sont toujours des corps, et les forces les plus différentes sont toujours des forces. L'âme est donc présente à tous les organes à la fois, et partout agissante. Elle pénètre le corps intimement, elle l'enveloppe universellement. Et il ne faut pas dire, selon la formule grecque : le corps a l'âme ; mais : l'âme a le corps.

Sans cette pénétration de tout le corps par toute l'âme, que l'on ne peut comparer à rien dans Tordre purement physique, que de faits inexplicables dans la nature humaine, et que les psychologues négligent ou méconnaissent! On a répété jusqu'à satiété que le moi est exclusivement dans l'âme, que le corps nous appartient, sans faire partie de nousmêmes, comme une chose étrangère. N'est-ce pas là l'exagération d'une vérité? A coup sûr, mon corps m'appartient tout autrement que la maison que j'habite; mes organes m'appartiennent tout autrement que les instruments dont je fais usage. Je me sens, je me reconnais dans chacun de ces organes , et ce corps, quoi qu'on en dise, c'est encore moi. En le frappant, ce n'est pas une chose que vous frappez, c'est ma personne. En le blessant , ce n'est pas à ma propriété que vous portez atteinte, c'est à ma dignité. Cherchez dans mon corps la dernière molécule, la plus humble : elle est vivante, elle est animée , elle est moi. Vous me retrouvez partout ; je suis partout (i). Voilà ;ia vérité; et cette vérité n'est que la conséquence la plus immédiate de mon

(1) Voir la môme idée exprimée par M. Alexis Bertrand, dans UAperceplion du corps humiin par la conscience, p. 15, 1G.

système. Au contraire, je défie le plus habile homme de l'expliquer solidement dans le système ordinaire. Si l'âme, confinée dans un coin de l'encéphale, est absente du reste de l'organisation , on ne me fera jamais concevoir comment mon œil est plus à moi que la lunette qui en étend la portée à l'infini, comment mon bras est plus à moi que le levier qui en centuple la puissance. Ces choses ne me touchent pas. Machines admirables, mises à ma disposition par la nature, elles ne sont rien de moi, et je puis dire, les regardant avec indifférence : Que m'importe?

Je vous entends : ce«qui fait que l'âme se rapporte le corps d'une façon toute particulière , c'est qu'elle reçoit le contre-coup sensible de tout ce qui s'y passe. Platon Ta dit : chaque douleur , chaque plaisir a , pour ainsi parler, un clou qui attache l'une à l'autre ces deux parties de notre être. La sensation , voilà leur lien, et la cause de leur intimité. —Examinons.

Généralement on se représente la sensation ainsi : le corps est modifié de telle ou telle façon ; l'âme, à la suite de cette modification , sent le plaisir ou la douleur , mais en elle-même ou tout au plus dans le cerveau, ou dans la partie du cerveau qui lui sert de domicile. Le corps est seulement la cause de la sensation, l'âme en est à la fois le lieu et le sujet.

A la bonne heure ! Mais, s'il en est ainsi , l'âme , en sentant le plaisir ou la douleur, ne s'approprie pas pour cela la partie modifiée , à laquelle elle reste complètement étrangère. Retirée en elle-même , elle jouit ou souffre selon les états du corps, comme elle a chaud ou froid selon la température de l'atmosphère, sans avoir plus de raison de dire : mon corps, qu'elle n'en a de dire : mon atmosphère.

Est-ce à dire que la sensation n'est pour rien dans Fintimité de l'âme et du corps? Nullement. Mais les faits se passent autrement qu'on ne croit , et s'expliquent autrement qu'on ne veut.

C'est l'âme qui sent et c'est le corps qui est modifié, l'âme sent parce que le corps est modifié, tout cela est fort exact ; mais ce qui ne l'est plus, c'est de séparer l'âme d'avec le corps , et la sensation d'avec la modification. L'âme sent dans le corps, et précisément dans la partie du corps modifiée. La sensation n'est pas moins locale que la modification , et elles ont lieu dans le même point, comme dans le même instant. J'approche une fleur de mes narines, et j'éprouve aussitôt une sensation. Où? Dans la membrane modifiée par les particules odorantes. J'appuie ma main sur un corps brûlant, et j'éprouve aussitôt une sensation. Où? Dans ma main modifiée parce corps. Par une cause inconnue, un de mes viscères est lésé et j'éprouve aussitôt une sensation. Où? Dans le viscère modifié. Je sens donc là même où je suis modifié, ou, si l'on aime mieux, mon âme sent là même où mon corps est modifié. Voilà ce qu'atteste l'expérience,

Gomment les psychologues contemporains rendentils compte de ce fait? Ils n'en rendent pas compte, et je ne conçois pas quelle explication ils en pourraient donner. Ils le nient tout simplement. S'il est interdit à l'âme de sortir du cerveau , elle ne peut évidemment sentir que dans le cerveau. La localisation des sensations est donc une illusion. — Singulière illusion, qui rapporte si exactement et si naturellement nos plaisirs et nos douleurs à leurs véritables causes ! Ou bien elle n'est que l'effet d'une association d'idées.

— Étrange association d'idées, qui a lieu on ne sait quand, on ne sait comment, et à laquelle mille faits échappent nécessairement (1) ! Au contraire, si l'âme est à la fois dans le cerveau et dans toutes les parties du corps, nulle difficulté ; car, comme elle est partout présente, il est tout simple que la sensation soit éprouvée dans l'endroit précis où la modification a été reçue. Il est un autre phénomène, fort embarrassant dans la théorie commune, fort naturel dans la mienne, celui de l'action réciproque de l'âme et du corps. Si elle est circonscrite dans l'étroite enceinte du cerveau, comment l'âme met-elle les membres en mouvement? Gomment les organes lui transmettent-ils l'impression des corps étrangers ? On n'a pu répondre à ces questions qu'en imaginant des hypothèses. Les uns font circuler du centre aux extrémités, des extrémités au centre, je ne sais quels esprits dans le canal des nerfs, qui n'ont pas de canal. Les autres assimilent les nerfs à des cordes vibrantes, bien qu'ils n'aient ni la tension ni la liberté d'action nécessaires pour vibrer. D'autres enfin rêvent un fluide spécial dont les filets nerveux sont les conducteurs , supposition plus vraisemblable que les précédentes, non moins gratuite. A quoi bon ces inventions que rien ne justifie? L'âme, préseute au cerveau, veut mouvoir, et, présente aux membres, les meut; l'âme,

(1) Dans un remarquable article {Séances et travaux de V Académie des sciences morales , janvier 1883), M. Janet montre fort bien que la théorie empiristique ne rend compte ni des sensations homogènes, ni de celles que nous éprouvons pour la première fois et que nous localisons immédiatement. — M. Alex. Bertrand prend également parti pour la théorie innéistique. L'Aperception du corps humain, p. 97.

présente aux extrémités, y reçoit elle-même l'impression, et, présente au centre, la perçoit en la rapportant aux organes. Quoi rie plus simple? Par conséquent, quoi de plus vralï

Ainsi tout prouve, rien ne combat l'ubiquité de l'âme. Mais de ce qu'elle est partout, il ne s'ensuit pas qu'elle y soit également, et qu'elle y manifeste indifféremment toutes ses puissances.

L'âme anime toutes les parties du corps, mais avec uneintensiLé plus grande en certains points, dans certains organes, Elle est. plus activement présente dans le système nerveux que dans les divers tissus de l'organisation, dans le cerveau que dans le cervelet, que dans la moelle, que dans les nerfs. Dans certains cas particuliers, elle semble retirer son énergie aux autres parties, qui languissent, pour la concentrer en une seule, dont la vie se trouve momentanément élevée à la plus haute puissance,

Quant à ses facultés, elle les porte partout avec elle, mais sans pouvoir les exercer partout. Comme elles sont différentes , elles exigent des instruments différents. Chacune d'elles ne peut donc se développer que dans un organe spécial, approprié à sa nature. Ainsi, l'âme est tout entière dans chaque organe, mais elle ne s'y manifeste que partiellement.

Voilà, du moins, l'idée que je me fais du rapport de l'âme au corps, Je l'avais déjà indiquée, il y a longtemps de cela, à la fin d'un Mémoire sur le traité de Galien, intitulé : Des dogmes d'fl/ppocrate et de Platon (11 , et l'honorable M. Mallet , en rendant compte de ce travail avec sa bienveillance ordi-

(1) Imprimé, en 1857, dans le compLc-iTinlii de l'Académie de3 is morales et politiques.

1 SES FACULTES

naire, avait pris la peine de la discuter. Je ne sais si, en la développant, j'aurai répondu aux objections qu'il m'avait proposées ; mais je persiste. Malgré les raisons solides sur lesquelles je l'appuie, je me défierais fort, si j'étais seul de mou opinion; mais, Dieu merci! en pensant de la sorte, je pense en bonne compagnie.

J'ai déjà cité Plotin, C'est lui, en effet, qui, le premier, a conçu et exposé la théorie de l'ubiquité de l'àme; et j'ai expliqué ailleurs (1) comment il y fut conduit. Depuis lors, elle a reparu à toutes les époques, sous le patronage des plus grands philosophes : saint Augustin, saint Thomas, Descartes, Bossuet, etc. Nous la verrons, j'espère, triompher avec l'animisme bien entendu.

Voici comment s'exprime Plotin, Enn., IV, m, 20, 21, 22 :

« Comment l'àme est-elle dans le corps?

« Elle n'y est pas comme en un lieu. Le lieu, c'est ce qui comprend un corps : il ne comprend donc pas l'Ame. Le lieu, en lui-même, est incorporel : il ne saurait donc jouer, vis-à-vis de l'âme, le rôle du corps. Le lieu, c'est l'intervalle, c'est-à-dire le vide : il ne peut donc être assimilé au corps, dont il est ia condition.

o Elle n'y est pas comme en un vase. En effet, dans cette hypothèse, ou le corps serait sans vie, ce qui n'est pas ; ou l'àme, recueillie en elle-même, lui communiquerait une partie de sa nature, et se trouverait amoindrie d'autant, ce qui ne peut être.

« Elle n'y est pas comme en un sujet. Ce qui est en

(1) Des Ihcui-'ie* du l'attend, dan* l'uni ii/uHè, p. 480-481.

356 DU SIÈGE DE l'àME ET DE SES FACULTÉS.

un sujet, qu'est-ce ? Une manière d'être, une qualité, comme la couleur ou la figure dans le corps. Or, l'âme est distincte du corps, et peut s'en séparer.

« Elle n'y est pas comme une partie en un tout, car l'âme n'est pas une partie du corps ; ni comme un tout dans ses parties, car l'âme n'est pas la somme des parties du corps.

« Elle n'y est pas comme la forme dans la matière. La forme n'existe pas plus sans la matière que la matière sans la forme. En outre, c'est l'âme qui met la forme dans la matière. Or, si l'âme est le principe de la forme, elle n'est donc pas la forme.

« C'est que, à parler philosophiquement, l'âme n'est en aucune manière dans le corps. Voyant le corps, et comprenant qu'il est animé, puisqu'il se meut et qu'il sent, nous en concluons qu'il a l'âme, et nous disons : ïàme est dans le corps. Nous nous abusons. Si nous pouvions voir et sentir l'âme, si nous pouvions la voir embrassant le corps de toutes parts et lui communiquant la vie, nous comprendrions sans doute que c'est l'accessoire qui est dans le principal, le contenu dans le contenant, ce qui s'écoule dans ce qVii ne s'écoule pas, et nous dirions : le corps est dans rame.

« Disons mieux : l'âme est présente au corps. Mais comment lui est-elle présente ?

« Comme le passager au navire? Oui, en ce sens que l'âme est distincte du corps, comme le passager du navire ; non, en ce sens que le passager n'emplit pas le navire, tandis que l'âme pénètre le corps tout entier. Comme l'artiste aux instruments? À la bonne heure ! Mais il reste à expliquer comment l'âme fait usage de cet instrument naturel que vous lui attri-

buez. La seule comparaison juste est celle-ci : l'âme est présente au corps comme la lumière à l'air. En effet, la lumière s'unit à l'air, sans se mêler à la moindre de ses parcelles, comme l'âme au corps, sans se mêler à la moindre de ses parties. Sans sortir d'elle-même, la lumière illumine l'air, comme l'âme, sans sortir d'elle-même , anime le corps. Enfin, la lumière est bien moins dans l'air que l'air dans la lumière, comme l'âme est bien moins dans le corps que le corps dans l'âme.

« C'est donc par sa présence que l'âme donne la vie au corps, et le rend capable de tousles actes qui s'y rapportent. La diversité de ces actes ne vient pas de l'âme, qui est partout tout entière et partout la même ; mais des organes, c'est-à-dire des instruments, qui sont différents. »

Ainsi pense , ainsi parle Plotin. Saint Augustin pense-t-il, parle- t-il autrement, lui qui écrit au ch. vi de son traité De la Trinité, cette phrase significative : • Anima, in quocumque corpore, et in toto est tota, et in quolibet ejus parte tota est ? » C'est-à-dire : quel que soit le corps qu'elle habite, l'âme l'habite tout entière tout entier, et elle est tout entière dans chacune de ses parties.

N'est-ce pas aussi l'opinion de saint Thomas? Ouvrez la Somme de Théologie, quest. vm, art. 1 et lisez : « Spiritnalia continent ea in quibus sunt, sicut anima continet co?pus. » Les essences spirituelles contiennent les choses dans lesquelles elles semblent contenues, comme l'âme contient le corps.

Et plus loin, même question, art. 2: « Sicut anima est tota in qualibet parte corporis, ita Deus totus est in omnibus et si?igulis. » Comme l'âme est tout en-

358 D0 SIÈGE IlB L'AME KT [IE SES FACCLT]

tière dans chacune des parties du corps, ainsi Dieu est lout entier dans toutes choses et dans chaque chose .

Plus loin encore, question lxxyi, saint Thomas intitule ainsi l'art, S : « Utntm anima sit tota in quaUbet parte corporis ? » et il répond affirmativement, dans les termes suivants :

' Respondeo dicendum quod, si anima uniretitr corpori solmn ut tnptor, posset dici quod non esset m gualibet parte corporis, sed in tma tantum, per quctm alias moveret. — Sed quia anima iinilur corpori itt forma, necesse est quod sit in toto, et in qualibet

parte corporis Cujus signum est quod nulta pan

corporis iiahet proprium opus, anima reccdente.... » Je réponds que si l'Ame était, unie au corps simplement comme un moteur, on pourrait dire qu'elle n'est pas dans toutes ses parties, mais dans une seule, nu moyen de laquelle elle imprimerait le mouvement à. toutes les autres. Mais l'Ame est unie au corps comme In forme à la matière : c'est donc une nécessité qu'elle soit dans le corps tout entier et dans chacune de ses parties. Et ce qui rend cela manifeste, c'est qu"aucune partie du corps n'est capable de fonctionner, dès que l'Ame s'est retirée.

Descaries est connu pour avoir renfermé l'Ame dans la glande pinôale : c'est pourtant Descaries qui a écrit ce passage, dans la première partie du traité Des passions de l'âme :

« Art. 30. Que l'aine est unie à toutes les parties du corps conjointement.

« Mais, pour entendre plus parfaitement toutes ces choses, il est besoin de savoir que l'Ame est véritablement jointe à tout le corps, et qu'on ne peut

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