‹ La philosophie des médecins grecsChapitre 7 sur 83 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

substitue le feu à l'air, comme Anaximène avait substitué l'air à l'eau, ce n'est pas qu'il change de méthode. Le feu est à ses yeux le fond même de la vie, et par conséquent le fond de toute existence. En lui et par lui respire tout ce qui vit, tout ce qui est. Il faut même ajouter: tout ce qui pense; car cette atmosphère universelle, essentiellement intelligente, en se communiquant, communique la pensée (1). — Anaxagore s'élève évidemment de l'organisation humaine à la pensée humaine, et de celle-ci à la pensée divine. C'est parce qu'il constate au sein de l'organisation une intelligence particulière qui la meut et la dirige, qu'il conçoit dans le grand corps de l'univers une intelligence universelle, motrice à la fois et ordonnatrice. Il distingue les êtres organisés de ceux qui ne le sont pas, et fait de l'organisation la condition sans laquelle un être ne saurait participer à l'intelligence. Il étudie les sens, mais bien moins en eux-mêmes ou dans leurs objets que dans leurs conditions organiques, et arrive à la théorie des contraires, inventée par lui ou renouvelée d'Heraclite (2). Cette organisation, non moins essentielle à la pensée qu'à la vie, il la considère à l'état morbide, aussi bien qu'à l'état sain, puisque Aristote nous apprend qu'Anaxagore plaçait la cause des maladies aiguës dans la surabondance de la bile (3).

(1) Diog. Lacrce, IX. — Stob., Eclog., II, p. 916; I, p. 500 — Oritf., Cont. Cels., VI, p. 196.-Sext. Emp., Adv. math., VII, 126.

(2) Arist., Met., I, m. — Simpl., Ph\js.y fol. 33, 35. — Stob., Eclog. > I, 790.— Théoph., De sensu, I, 27. —Voir, pour plus de détails, mon histoire Des théories de l'entend, hum. dans l'antiquité, p. 1-53.

(3; De part., animal., IV, 2.

IKÏRODUGTIOX. XIII

— On le voit dontf la philosophie ionienne, cosmologique par son objet et son ambition, est biologique et physiologique par sa méthode, insciemment, mais certainement. Sa parenté avec la médecine est manifeste et saute aux yeux, même en cet éloignement, même en cette disette de documents.''

Sur les côtes de la Grande-Grèce, dans les instituts de Pythagore, mêmes rapports intimes entre la philosophie et la médecine. Nous n'avons plus affaire à des physiciens, mais à des mathématiciens, il est vrai ; mais dans leur préoccupation des nombres et de l'harmonie, ces mathématiciens n'oublient pas la matière dont il s'agit d'expliquer Tordre et les mouvements, et dans l'homme en particulier ils ne tiennent pas moins compte du corps que de l'âme. L'âme est un nombre, mais elle anime le corps, qui vit, d'ailleurs, par la vertu d'un principe différent, le feu, ou la chaleur qui en émane. Cette âme a ses facultés, savoir, l'intelligence et le courage ; cette vie a ses fonctions, savoir, la nutrition et la procréation. Facultés et fonctions ont leurs sièges et leurs instruments dans des organes spéciaux : l'intelligence dans le cerveau, le courage dans le cœur, la nutiition dans le foie et la procréation dans l'organe générateur. C'est là qu'il faut les chercher, si l'on veut les trouver; là qu'il faut les étudier, si Ton veut les connaître. La sensation, cette partie inférieure, mais nécessaire, de l'intelligence, s'explique par la théorie des semblables, chacun des cinq sens correspondant à chacun des cinq éléments. Notez que les pythagoriciens cultivent en outre la médecine, soit pour elle-même, soit dans ses applications à la morale. La théorie médicale des jours critiques,

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