HE I. AME ET WÎ I
pas proprement dire qu'elle soiL en quelqu'une de ses parties à l'exclusion des autres, à cause qu'il est un, et en quelque façon indivisible, à raison de la disposition de ses organes, qui se rapportent tellement l'un à l'autre que, lorsque quelqu'un d'eux est ôté, cela rend tout le corps défectueux ; et à cause qu'elle est d'une nature qui n'a aucun rapport à l'étendue ni aux dimensions ou autres propriétés de la matière dont le corps est composé, mais seulement à tout l'assemblage de ses organes, comme il paraît de ce qu'on ne saurait aucunement concevoir la moitié ou le tiers d'une âme, ni quelle étendue elle occupe, et qu'elle ne devient pas plus petite de ce qu'on retranche quelque partie du corps, mais qu'elle s'en sépare entièrement lorsqu'on dissout l'assemblage de ses organes. *
Bossuet abonde dans le même sens, je veux dire dans la même doctrine, nu traité De la connaissance de Dieu et de soi-même :
« L'âme donc, qui se sert du bras et de la main comme il lui plaît, qui se sert de tout le corps qu'elle transporte où elle trouve bon, qui l'expose k tels périls qu'il lui plaît et à sa ruine certaine, est sans doute d'une nature de beaucoup supérieure à ce corps, qu'elle fait servir en tant de manières et si impérieusement à ses desseins.
o Ainsi, on ne se trompe pas quand on dit que le corps est comme l'instrument de l'âme. Et il ne faut pas s'étonner si, le corps étant mal disposé, l'âme en fait moins bien ses fonctions. La meilleure main du monde, avec une mauvaise plume, écrira mal. Si vous filez à un ouvrier ses instruments, son adresse naturelle ou acquise ne lui servira de rien.
t II y a pourtant une extrême différence entre les instruments ordinaires et le corps humain. Qu'on brise le pinceau d'un peintre ou le ciseau d'un sculpteur, il ne sent point les coups dont ils ont été frappés ; mais l'âme sent tous ceux qui blessent le corps, et au contraire elle a du plaisir quand on lui donne ce qu'il faut pour l'entretenir.
* * Le corps n'est donc pas un simple instrument appliqué par le dehors, ni un vaisseau que l'âme gouverne à la manière d'un pilote. Il en serait ainsi si elle n'était simplement qu'intellectuelle ; mais, parce qu'elle est sensitive, elle est forcée de s'intéresser d'une façon plus particulière à ce qui le touche, et de le gouverner non comme une chose étrangère, mais comme une chose naturelle et intimement unie.
« En un mot, l'âme et le corps ne font ensemble qu'un tout naturel, et il y a entre les parties une parfaite et nécessaire communication. »
Plus loin :
« Le corps, h le regarder comme organique, est un par la proportion et la correspondance de ses parties, de sorte qu'on peut l'appeler un même organe, de même et à plus forte raison qu'un luth ou un orgue est appelé un seul instrument. D'où il résulte que l'âme lui doit être unie en son tout, parce qu'elle lui est unie comme à un seul organe parfait dans sa totalité. »
EnJin :
« Vmo Proposition. — Quoique le sentiment soit principalement uni à l'ébranlement du nerfau-dedans du cerveau, l'âme, qui est présente à tout le corps , rapporte le sentiment qu'elle reçoit à l'extrémité où l'objet frappe. »
Ajouterais-je, en terminant ces trop longues considérations , que la doctrine qui , suivant une autre expression de Bossuet, met l'âme « toute dans le tout, et toute dans chaque partie, » semble destinée à s'établir définitivement dans la science contemporaine? L'animisme corrigé (c'est-à-dire ramené à sa forme antique), en reconnaissant sous l'âme consciente qui préside à la pensée et aux facultés , une âme inconsciente qui préside à la vie et aux fonctions ; les écoles physiologiques, en attribuant aux centres nerveux secondaires et aux actions réflexes un rôle plus considérable, en accordant la vie et même une certaine autonomie aux cellules constitutives de l'organisme , en distinguant des petites consciences partout répandues, tandis que la grande réside au centre des centres ; mille autres nouveautés qui , avec plus ou moins de vraisemblance , semblent devoir renouveler de fond en comble la science de l'homme ; tout ce mouvement enfin, si divers qu'il soit, me paraît accuser nettement une tendance uniforme à mêler l'âme avec le corps , grâce à une perpétuelle et universelle pénétration de celui-ci par celle-là. Ce spiritualisme nouveau qui, né autrefois dans une école de métaphysique, semble trouver des confirmations inattendues dans nos écoles expérimentales, pourrait bien être le spiritualisme de l'avenir.