L ACTIVITE MOTRICE
Il n'y a donc d'autre mouvement actif et inné dans les muselés que la contraction. Et voilà nos deux mouvements réduits à un seul (1).
Exprimons cela en disant que les muscles sont contractiles.
Les muscles se meuvent donc et meuvent les membres en vertu de leur contractai té naturelle. Mais cela-môme semble souffrir quelque dilliculté ; car, si la contraclililé est propre au muscle, et si elle rend compte du mouvement volontaire, on ne voit plus quel est le rôle de la volonté, c'est-à-dire de la raison.
Les membres sont bien mus parce que les muscles se contractent; les muscles ont bien le pouvoir de se contracter, et même de se contracter par leur propre vertu , comme on s'en assure en coupant transversalement tel d'entre eux après la mort ; mais, pendant la vie, la volonté ajoute beaucoup à cette puissance contractile et la gouverne (2).
Dans les idées dont on vient de lire l'exacte analyse, il faut faire la part du passé et celle de Galien lui-même. Il est clair que Galien emprunte beaucoup aux philosophes et médecins antérieurs. La théorie des semblables (3), la distinction profonde de l'impression et de la sensation (4), la théorie du souffle animal, lequel se partage lui-même en souffle vaporeux, souffle lumineux et d'autres soiiflles plus par-
11) Du »
lv. des muscles, 1, iv et v
(3) Voir, sur c.riw 1.1 ira ri r' f1! sur celle ilorf cuiitrairns, hh.hi histoire Des théories <.la l'Jùiieiitlement dans l'anthjuitè, p. 31, 3'2.
(4) Voir ibid., p. 204 et auiv.
388 l'activité motrice.
ticuliers (1), etc. : ce ne sont pas là, à coup sûr, des nouveautés. Parmi ces vues anciennes, que Galien s'approprie peut-être un peu légèrement, il en est de vraies, il en est de fausses, et malheureusement plus de fausses que de vraies. 11 est à regretter que la source à laquelle il puise le moins soit précisément la plus pure et la plus abondante, je veux dire la psychologie d'Aristote, à laquelle il ne prend guère çà et là que quelques expressions dont il ne paraît môme pas comprendre toute la portée.
Dans les idées originales de Galien, il y a encore à faire la part de la vérité et celle de Terreur. Cette dernière, je le constate avec satisfaction, est de beaucoup la moins considérable. Je signalerai seulement, comme un frappant exemple des aberrations où peut entraîner l'esprit de système, la très-singulière théorie galénique du sens de l'odorat. Certes, s'il est une chose évidente, et connue de tout le monde, c'est que le nez , avec ses diverses parties constitutives, est le propre organe de l'odorat. C'est cependant ce que Galien nie intrépidement. Et pour prétendre quoi? Que l'organe de l'odorat consiste essentiellement dans les ventricules antérieurs du cerveau ! Ajoutons qua cette incroyable thèse est soutenue par les raisons les plus ingénieusement nulles que Ton puisse imaginer.
Mais en mettant de côté les emprunts de Galien
(1) Les médecins Alexandrins , tels qu'Erasistratc; les philosophes stoïciens, tels que Chrysippe, s'étaient beaucoup occupés du souffle vital et animal. Dans ce dernier, Chrysippe avait distingué un souffle directeur, un souffle acoustique, un souffle optique, un souffle phonétique, un souffle générateur. Voir, Des Dofjm oVHipp., I, vi; V, ni.
1 ACTIVITE MUTIIICE. 380
et ses erreurs personnelles, je trouve beaucoup à louer et à admirer dans la théorie générale de ce qu'il lui convient de nommer la Raison. Pas un philosophe avant lui, pas un seul n'avait soupçonné ni la vraie nature des nerfs, ni leur rôle dans la sensation et la locomotion. Les médecins Alexandrins, qui avaient tant et si bien observé le cerveau , et en général le système nerveux, étaient sans doute beaucoup plus avancés sur ce point; ils avaient des lumières qui avaient totalement manqué aux stoïciens et aux épicuriens, aussi bien qu'à Platon et à Aristote ; mais je doute qu'ils fussent arrivés à la précision et à la netteté supérieure de Galien. Il ue fallait pas moins que le génie de Galien puur séparer ainsi le mouvement volontaire et la sensation, pour assigner aux nerfs leur véritable et légitime fonction dans ces deux phénomènes, et consacrer à tout jamais ce double résultat, scellé de l'inviolable sceau do la vérité.
Galien, notez-le bien, ne s'arrête pas à ces sommités ; il descend dans le fond des détails, Là, il fait une nouvelle découverte, qui devait demeurer inaperçue, ou du moins peu appréciée pendant de longs siècles, jusqu'au moment où des contemporains la référaient sous nos yeux. Je fais allusion, on le devine, à la distinction des nerfs mous, affectés à la sensation, et des nerfs durs, affectés au mouvement. Si les médecins Alexandrins avaient plus ou moins compris le rôle psychique des nerfs, ce que je ne conteste pas, ils n'avaient certainement pas soupçonné que les uns sont exclusivement des instruments de sensation, et les autres exclusivement des instruments de mouvement. On en verra les preuves
300 l'activité motrice.
ci-après, chapitre VII, De la maladie. C'est donc une doctrine toute nouvelle introduite par Galien au sein de l'Aloxandrinisme médical. Et cette doctrine a toute la netteté scientifique. Il y a deux espèces de nerfs absolument différents. Les uns, qui sont mous, sortent de l'encéphale, se rendent dans les organes des sens et les viscères, et y font naître la sensation. Les autres, qui sont durs, sortent du parencéphale et de la moelle épinière, se rendent dans les organes locomoteurs, dans les muscles, et y déterminent le mouvement. Et cette qualité d'être mous ou durs s'accorde parfaitement avec leur différente propriété de sentir ou de mouvoir, ce qui est mou étant plus particulièrement propre à subir une impression, et ce qui est dur à produire une action.
Il y a donc les nerfs de la sensation et les nerfs du mouvement; Galien ne manque pas une occasion de 1'alfirmer. Et il insiste. Ces nerfs ne peuvent échanger leurs propriétés, et ne les échangent jamais. Les nerfs de la sensation sont inhabiles au mouvement; les nerfs du mouvement sont inhabiles à la sensation; et il est tout aussi impossible de mouvoir par les premiers que de sentir par les seconds. A tel point, dit Galien, que si le même organe qui est fait pour sentir doit aussi être mû , il a les deux sortes de nerfs : l'un pour la sensation, qui demeure étranger au mouvement ; l'autre pour le mouvement, qui demeure étranger à la sensation. Et il cite des exemples. Il cite ceux de nos sens dont l'organe est mobile, rœil et la langue, distinguant dans l'œil le nerf moteur du nerf optique, dans la langue le nerf moteur du nerf gustalif. — Je demande comment un physiologiste contemporain pourrait s'y prendre pour dis-